Thyssenkrupp [nickel] : sidérurgiste allemand cherche partenaire dans l'acier

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Sidérurgie de l'acier et du nickel chez ThyssenKrupp dans la Ruhr en Allemagne. ©Alain Jeannin
Le nickel de la Nouvelle-Calédonie a une histoire ancienne avec les usines allemandes de la Ruhr. Le métallurgiste Deutsche Nickel a été fondé par un actionnaire allemand de la SLN en 1880. Le sidérurgiste Thyssenkrupp a importé du nickel de la Nouvelle-Calédonie. 
"Krupp" : un nom qui symbolisa jusqu’en 1945 la toute-puissance de l’industrie et du militarisme allemand. Avant de se diversifier après-guerre. Thyssenkrupp, est aujourd’hui fragilisé par la concurrence des aciers chinois et la crise du coronavirus qui a fait baisser la demande en Europe.


Un groupe fragilisé

Le conglomérat allemand a indiqué lundi soir être à recherche d'un partenaire en vue d'une possible fusion de sa branche acier comprenant l’inox, face à l'impact du coronavirus qui aggrave sa situation financière déjà fragile. Celui qui fut "le géant de la Ruhr", la première région industrielle d’Europe et le cœur historique de l’industrie allemande, est encore un important producteur d’acier inoxydable notamment pour les applications du pétrole, et c’est un fabricant d’alliages de nickel pour l’industrie.

Thyssenkrupp s'attend avec la pandémie à une "augmentation structurelle des surcapacités d’acier en Europe", souligne un communiqué, publié à la suite d'une réunion du conseil de surveillance, à Essen dans la Rhur.

"C'est la raison pour laquelle Thyssenkrupp examine aussi des solutions possibles de consolidation pour l'activité acier et garde toutes les options ouvertes", ajoute le groupe, qui avait déjà tenté une fusion en 2019 avec l'indien Tata, interdite par le gendarme européen de la concurrence.
En crise depuis plusieurs années, l'acier, activité historique du groupe a perdu, sur un an, 372 millions d'euros de résultat d'exploitation au second trimestre 2018/2019, à cause de la pandémie.
 
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Paysage de la Rhur, première région industrielle d'Europe. ©Alain Jeannin
 

Des pourparlers et des restructurations

Thyssenkrupp a ainsi partiellement confirmé des informations du quotidien économique allemand Handelsblatt, selon lequel le conglomérat industriel mène des pourparlers avec certains de ses concurrents dans l'acier, dont le chinois Baosteel, le suédois SSAB, mais aussi une nouvelle fois Tata.
Plus globalement, le groupe compte "accélérer" ses projets de restructuration, et s'apprête à réduire la voilure pour survivre. Thyssenkrupp confirme ainsi être à la recherche "d'options de consolidations" pour sa filiale Marine Systems Business, spécialisée dans les chantiers navals.

"Des options nationales et européennes sont possibles", estime Thyssenkrupp. Une annonce faite quelques jours après que l'italien Ficantieri a confirmé l'existence de discussions avec le groupe allemand. Le fleuron industriel germanique, cherche enfin à nouer "un partenariat ou une vente" de sa division de construction d'usines, Plant Technology, et "examine les options de vente ou d'une fermeture de sites" pour ses divisions "Infrastructure", "Heavy Plate" et "Battery solution".
 
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Usine d'acier inoxydable ThyssenKrupp dans la Ruhr allemande ©Alain Jeannin

Thyssenkrupp a besoin de cash

Déjà confronté en 2019 à de grandes difficultés du fait de la crise de l'acier européen, le groupe est désormais frappé de plein fouet par la pandémie de coronavirus, et cherche des liquidités. Une réalité décrite par le producteur russe Nornickel dans son analyse des conséquences de la pandémie de coronavirus dans le secteur de l’industrie de l’acier inoxydable.

Thyssenkrupp comptait sur la vente de sa lucrative activité ascenseurs, pour 17,2 milliards d'euros, conclue en février dernier, pour se donner un nouveau départ. Mais cela ne suffira pas. Face au coronavirus, "il est aujourd'hui clair que nos marges de manœuvres financières vont être clairement limitées", a récemment commenté Martina Merz, la présidente du groupe.
 

Une histoiredu nickel calédonien en Allemagne

Dans la Ruhr, à l’ouest de l’Allemagne, les fantômes ont tous une histoire. Celle du métallurgiste Théodore Fleitmann s’est écrite dans la seconde moitié du XIXème siècle avec la Nouvelle-Calédonie. Cet ingénieur chimiste, maître de forge, fut le premier partenaire allemand de la Société Le Nickel. En 1880, Fleitmann a trouvé l’alchimie du minerai calédonien. Sa formule consiste à "ajouter du magnésium pour rendre le nickel malléable et faire de l’acier " résume l’historien Yann Bencivengo.

"Fleitmann a eu un rôle très important, il s'est associé avec la SLN, il a permis à la Nouvelle-Calédonie d’exporter ses minerais en trouvant la formule magique, le meilleur procédé pour que l’acier au nickel ne casse pas dans le laminoir". Le minerai calédonien sera importé dans la Ruhr, dès 1880, car il a "une haute teneur en métal face à ses concurrents" rappelle Yann Bencivengo dans son ouvrage "Nickel : La Naissance de l’industrie calédonienne."
 
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Théodore Fleitmann premier partenaire industriel de la Nouvelle-Calédonie en 1880