Dénommer les voies et les édifices publics, un exercice salutaire

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Rue Emma Sulter
Inauguration de la rue Emma Sulter à Fort-de-France. ©FdeF (FB)

Fort-de-France procède à la dénomination de lieux et d’immeubles en hommage à d’illustres personnalités. Dans le même temps, une commission d’experts publie une liste de 318 citoyennes et citoyens contribuant au rayonnement de la France. Une démarche à généraliser en Martinique ?

Rue Emma Sulter, à Tivoli. Plage de l’Anse Mirette à la Pointe de la Vierge. Écoles aux noms de l’historienne Sabine Andrivon-Milton à Sainte-Thérèse et de l’homme politique Renaud de Grandmaison à Morne Pichevin. Les dénominations d’édifices et d’espaces publics vont bon train à Fort-de-France ces temps-ci.

Des décisions prises en 2019 et 2020 rendues publiques récemment. Le conseil municipal n’a pas encore terminé le cycle consistant à rendre hommage à des personnalités en baptisant des lieux de leur patronyme. Le maire progressiste Didier Laguerre en appelle au consensus et au devoir de mémoire.

Si les quatre derniers actes en la matière concernent des personnages vivants, plusieurs personnages disparus sont concernés par ce mouvement. Les maires de La Trinité, le socialiste Frédéric Buval, et du Prêcheur, l’écologiste Marcellin Nadeau, notamment ont mis en œuvre un processus similaire.

Une liste de 318 noms de citoyens valeureux

 

Coïncidence de calendrier, un rapport a été remis le 13 mars 2021 à la ministre de la Ville par l’historien Pascal Blanchard. Il préside une mission créée à la demande du président Emmanuel Macron, soucieux Il s’agit d'introduire une certaine diversité dans l'odonymie - l’étude des noms propres désignant une voie de communication ou un lieu public. Une décision prise après la mise en cause de personnalités liées à la période esclavagiste. Le déboulonnage des statues de Victor Schoelcher en Martinique et la dégradation de celle de Colbert devant l’Assemblée nationale à Paris l’ont convaincu de tenter un regard neuf sur l’histoire de la France.

La commission a proposé aux collectivités locales et à l’État une série de personnalités ayant honoré la France. Dans la première liste de 318 noms, sont mentionnés ceux de la Martiniquaise Paulette Nardal, la première étudiante noire en Sorbonne, l’une des pionnières de la négritude.

Celui du colonel Louis Delgrès aussi est mentionné. Né à Saint-Pierre en 1766, il a été le commandant de la garnison de Guadeloupe s’étant opposé au rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802. "Le travail va continuer. C’est une première liste, il nous reste de quoi écrire encore 2700 à 2800 biographies" précise Pascal Blanchard.

Pourquoi pas une commission martiniquaise ?

 

Les élus locaux ou nationaux ont toute latitude pour choisir tel ou tel nom pour les attribuer aux rues et édifices. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous inspirer de cette dynamique nouvelle et suggérer à nos communes, à la CTM et à la préfecture d’agir dans le même sens ?

Une commission d’experts pourrait être mandatée pour établir une liste de personnalités actuelles ou passées à honorer. Nous prenons le pari que ces experts auront l’embarras du choix. Héros et héroïnes de la lutte contre l’esclavage, championnes et champions de sports, écrivaines et écrivains, artistes de toutes disciplines, responsables politiques sont à ce point nombreux qu’il y a largement matière.

Cette démarche nous changerait des rues anonymes, des places sans appellation, des édifices publics sans figure tutélaire. Et surtout, elle permettrait d’engager d’utiles et féconds débats sur nos grands personnages, méconnus et oubliés, vivants et présents. Ne serait-ce que pour "avoir la force de regarder demain" dixit Aimé Césaire.