C'est censé être la pierre angulaire de la croissance économique à Mayotte : la Technopole de Dembéni, inaugurée en novembre dernier, porte encore les stigmates du passage du cyclone Chido. Certains faux plafonds ont encore des trous, là où les dalles se sont effondrées. C'est dans ce cadre, symbole de l'état du milieu économique mahorais, que les acteurs ont reçu ce vendredi 14 février le président des Chambres de Commerce et d'Industrie, Alain Di Crescenzo.
"On a perdu nos stocks et on n'arrive plus à se réapprovisionner"
"Il fallait qu'il voie de ses propres yeux les dégâts engendrés par le cyclone, les doléances des entreprises, ce qu'il faut faire remonter à Paris", explique Nadine Haffidou, la vice-présidente de la CCI de Mayotte au sujet de ce déplacement prévu de longue date. Un sondage a été effectué auprès de 3.000 entreprises sur le territoire : 80% des répondants expliquent être sinistrés. "Les entreprises ne travaillent pas du tout, il n'y a pas de rentrée d'argent, de recette", insiste durant les échanges Bibi Chanfi, la vice-présidente du département en charge du développement économique.
"Rien ne va, on a perdu nos stocks et on n'arrive plus à se réapprovisionner", s'alarme Sophiata Souffou, une commerçante de Tsimkoura. Dans son magasin, les produits les plus demandés, les bouteilles d'eau, les conserves de poisson, les laits pour bébé ou encore le poulet surgelé sont régulièrement en rupture. "On ne peut pas compter que sur les paniers alimentaires, ils n'arrivent à destination. S'il n'y a pas les entreprises de proximité, les gens n'ont rien à manger."
Des dispositifs d'aide "comme des pansements"
Ses salariés sont dans les faits en chômage partiel, même si l'indemnisation de l'État dans le cadre de ce dispositif n'a pas encore été versée. "On n'a rien dans les comptes pour payer les salariés", se désole cette professionnelle. "On n'a pas le droit de fermer, on doit se débrouiller car on se sent responsable de nos clients." Elle espère que le président des CCI saura faire remonter ses problèmes, car "il est du monde économique, et il a l'habitude de bosser avec les ministères."
Une aide d'urgence a été mise en place le 15 janvier, permettant aux entreprises d'être indemnisées à hauteur de 20% de leur chiffre d'affaires mensuel moyen de 2022 avec un plafond de 20.000 euros. Plusieurs chefs d'entreprises expliquent ne l'avoir toujours pas reçue. "Les dispositifs mis en place ne suffisent pas face à la situation actuelle, on est en crise chaque année et là, c'est la crise de trop", résume Nadine Haffidou, vice-présidente de la CCI de Mayotte. "Ce sont des pansements, on a besoin de dispositifs forts, qui nous permettent réellement de repartir et rattraper notre retard."
La gravité et l'urgence de la situation
Alain Di Crescenzo s'est engagé à relayer ces difficultés. "Ce qui ressort, c'est la gravité de la situation et l'urgence", explique le président des CCI. "Il faut que nos entreprises puissent résister alors qu'elles plus de revenus, il faut que les commerces de proximité soient approvisionnés." Un compte rendu de cette rencontre sera transmis "au plus haut sommet de l'État", avec également comme sujet les retards de paiement des communes. "Nos entreprises meurent du crédit inter entreprises et collectivité, je les appelle à payer les entreprises", lance Alain Di Crescenzo.