Soupçons de détournements de l'aide alimentaire à Mayotte : la mairie de M'tsangamouji s'explique sur ses distributions

Une livraison d'eau par l'hélicoptère PUMA de l'armée de terre à M'tsamgamouji
Après les suspicions de l'Etat sur des détournements de l'aide l'alimentaire par les communes, les maires ont annoncé quitter la chaîne de distribution. La mairie de M'tsamgamouji a tenu depuis à expliquer sur comment ces deux mois de distributions ont été vécus par la municipalité, dénonçant "l'opacité" de la préfecture.

Le torchon brûle entre les mairies du département et la préfecture. L'association des maires de Mayotte a annoncé ce lundi 17 février arrêter les distributions de l'aide alimentaire venant de la préfecture, après la publication d'un article du Monde relatant les suspicions du préfet et du gouvernement sur des détournements de cette aide dans les communes. "Les agents communaux et les élus sont visés par l’article, non sans fondements, mais sans rentrer dans les détails et en mettant tout le monde dans le même sac", résume la municipalité de M'tsamgamouji dans un communiqué ce mardi.

Des abus et des livraisons tardives

Si la mairie reconnaît que "des abus, il y en a eu, c'est une certitude", elle soulève surtout selon elle "la demande justifiée de transparence, car au sommet de l’Etat, tout a été organisé pour que le système de l’aide alimentaire reste opaque." La commune rappelle avoir distribué juste après le passage du cyclone Chido les packs d'eau des stocks d'urgence, sans attendre les aides de l'Etat. "La première livraison d’eau par l'État est intervenue le 19 décembre avec à peine 200 packs d’eau pour 8 369 habitants", détaille la municipalité qui évoque "des vivres pour bébé arrivés 15 jours après le recensement" des enfants ou "des denrées alimentaires, hors hébergement d'urgence, qui parviennent 17 jours après."

La mairie rappelle également avoir mobilisé ces stocks d'urgence pour alimenter et ravitailler les 70 à 100 bénévoles et agents mobilisés pour déblayer la commune, "des distributions organisées" selon la mairie, "tout comme l’État approvisionne les équipes de la sécurité civile et de l’armée." 

Saïd Maanrifa Ibrahima, maire de M’Tsangamouji, est l’invité de Zakweli ce mardi 18 février

"Du point de vue logistique, tout est opaque", résume la municipalité, qui dénonce des quantités livrées parfois inférieures aux annonces de la cellule logistique de l'État. "Impossible d’avoir des bons de livraison dans les premières semaines. Il est donc impossible de savoir si la quantité livrée est identique à celle sortie de la plateforme logistique." Ces bons arrivent désormais selon la mairie qui explique avoir "refusé de réceptionner sans document, à la suite de rumeurs de détournement de matériel (bâches) dans une autre commune." Le contrôle demeure impossible : le document n'indique que le tonnage de la livraison, la commune n'a pas de balance industrielle pour le vérifier.

Une opacité provoquant "des scènes ubuesques"

Dès le début de ces distributions, les élus ont régulièrement dénoncé l'insuffisance des quantités livrées : 300 tonnes de denrées et 100.000 litres d'eau acheminées quotidiennement, cela représente un kilo de vivre et 30cl d'eau par jour et par habitant. A M'tsamgamouji, les quantités livrées "permettent de couvrir une distribution pour 300 à 400 habitants" sur plus de 8.000. "Il est arrivé à plusieurs reprises que la livraison prévue n’arrive finalement pas sans autre explication", raconte la municipalité. "La majorité du temps, des habitants sont renseignés avant l’administration des livraisons, ce qui provoque des scènes ubuesques avec les agents qui sont accusés de mensonges et de rétention d’information."

Selon la mairie, ce sont les mêmes habitants qui profitent parfois de ces livraisons, "les mieux informés et les plus proches des sites de livraisons", car la cellule logistique de l'État refusait "de livrer l’aide alimentaire dans un quartier différent chaque jour." Ce cas de figure était également dénoncé par la municipalité de Mamoudzou, lors d'une livraison par l'hélicoptère de l'armée de terre à Vahibé. La cellule logistique a changé de méthode mi-janvier, après l'interruption d'une distribution par des habitants en colère "compromettant la sécurité des agents" municipaux.

Une commission d'enquête parlementaire

La mairie le reconnaît, même en essayant de livrer les personnes vulnérables, il est possible que certaines n'aient rien reçu faute de recensement fiable. Dernièrement, la commune a décidé de distribuer les denrées uniquement aux enfants dans les écoles pour "toucher une majorité de foyers." Au-delà de ces explications, la municipalité a toujours des interrogations sur le fonctionnement de ces distributions, comme "pourquoi la situation n'est pas revenue à la normale concernant l'eau et les vivres, deux mois après le passage du cyclone Chido ?"

La mairie appelle à la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur la gestion de cette crise, comme réclamée par le sénateur Said Omar Oili. Cette demande n'avait pas été vraiment été soutenue, notamment par le groupe RDPI, poussant le sénateur à quitter la majorité. "Si le ministre et le préfet s’interrogent, que les députés et sénateurs auditionnent les acteurs. Ne restons pas dans des suspicions", affirme la mairie. Contactée à nouveau, la préfecture n'a pas répondu à nos sollicitations.