Jour d'élection au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, ce qu’on peut retenir après le renouvellement des instances

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Rélection Congrès, public
Côté public de cette séance réservée aux invités protocolaires. ©Sheïma Riahi / NC la 1ère
Pas de grande surprise ni de quoi bouleverser les équilibres institutionnels déjà en place : le renouvellement des instances au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, mardi 30 août, a vu le président sortant être reconduit dans son fauteuil. Et chaque bloc faire le plein de ses voix. Côté indépendantiste, avec 29 suffrages pour Roch Wamytan. Mais aussi côté loyaliste, avec l'ensemble des 25 suffrages envisagés pour le candidat unique Gil Brial.

Un rendez-vous très institutionnel qui n'en est pas moins important, politiquement parlant : on vous résume la journée d'élections au Congrès, au soir du mardi 30 août.

Le "perchoir" reste à un indépendantiste

Roch Wamytan, réélu à la présidence du Congrès pour la quatrième fois consécutive, mardi 30 août 2022.
Roch Wamytan, réélu à la présidence du Congrès pour la quatrième fois consécutive, mardi 30 août 2022. ©NC la 1ère

La victoire fut rapide. Roch Wamytan, signataire de l'Accord de Nouméa, personnalité de l'Union calédonienne, grand chef coutumier au Mont-Dore, a été reconduit à la présidence du Congrès, ce mardi 30 août, pour un an et pour la quatrième fois d'affilée depuis 2019. Une élection à la majorité absolue des membres du Congrès, dès le premier tour : il obtient 29 suffrages sur 54 (45 présents et neuf procurations). Ce qui permet aux indépendantistes de conserver le perchoir au sein de l'assemblée législative calédonienne, en plus de la présidence de l'exécutif à travers Louis Mapou qui dirige le gouvernement.
Compte-rendu avec Bernard Lassauce et Claude Lindor :

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Aucune surprise à l'issue du vote

L'issue était attendue. Les voix indépendantistes et nationalistes étaient promises au président sortant, de même que celles des trois élus de l'Eveil océanien dont on sait le rôle charnière pour faire basculer une majorité boulevard Vauban. L'EO a de nouveau choisi de pencher côté indépendantiste, comme officialisé quatre jours plus tôt. Cette fois, à la faveur d'un accord dit de stabilité institutionnelle qui engage jusqu'en 2024 le jeune parti de Milakulo Tukumuli et les groupes indépendantistes au Congrès. Il a réintégré un intergroupe UC-FLNKS et Nationalistes et l'Eveil océanien dont les seize membres ont soutenu Roch Wamytan. De même que les onze élus Uni et les deux élues non inscrites Marie-Line Sakilia, issue du FLNKS Sud, et Kadrile Wright, du Parti travailliste.
Réactions côté majorité, par Bernard Lassauce et Claude Lindor :

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>> Des réactions regroupées dans cet article

Une alliance contestée

Le camp non indépendantiste pourfend le fameux accord de stabilité, "qui repose véritablement sur des postes, des représentations", attaque le groupe Loyalistes suite à la réélection de Roch Wamytan. Evoquant un "coup de force institutionnel", il écrit : "En réalité, le président de l’EO a basculé, volontairement, complètement et définitivement dans le camp de l’indépendance."

Suite à cet accord, le Parti travailliste a par ailleurs exprimé "son étonnement, sa déception et son regret à la lecture du contenu". Sur la forme, le PT qui associe sa voix au vote indépendantiste au Congrès regrette de ne pas avoir été associé. Sur le fond, il estime que l'accord "s'apparente à un gros marchandage".

L'union retrouvée du vote loyaliste

Conférence de presse des groupes loyalistes après la réélection de Roch Wamytan au Congrès.
Conférence de presse des groupes loyalistes après la réélection de Roch Wamytan au Congrès. ©Charlotte Mannevy / NC la 1ère

Face au front gagnant, une autre unité affichée, celle des élus loyalistes du Congrès. Les trois groupes ont apporté leur soutien à Gil Brial, seul autre candidat à s’être déclaré à l’ouverture de la séance comme le veut la tradition. Il obtient 25 voix sur 54. Celles des Loyalistes (douze), de l'Avenir en confiance (sept) et de Calédonie ensemble (six). Alors que l'an dernier, les conseillers non indépendantistes votaient en ordre dispersé et dans une certaine confusion. D'où l'expression, ce mardi, d'une satisfaction dans la défaite. 
Reportage de Bernard Lassauce et Claude Lindor :

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Caroline Machoro-Reignier reste première vice-présidente

Photo officielle après le renouvellement du bureau.
Photo officielle après le renouvellement du bureau. ©Congrès NC

Comme l’a montré la suite de la séance, les élections des membres du bureau comme celles des commissions ont laissé la portion congrue aux loyalistes. Concernant le bureau, l'UC-FLNKS Caroline Machoro-Reignier reste première vice-présidente. Les vice-présidences suivantes vont à :

  • Jean Creugnet (Uni)
  • Naïa Wateou (Loyalistes)
  • Veylma Falaeo (intergroupe UC-FLNKS et Nationalistes et l'Eveil océanien)
  • Ithupane Tieoue (Uni)
  • Nadine Jalabert (AEC)
  • Muriel Malfar-Pauga (Loyalistes)
  • Annie Qaeze (Calédonie ensemble)

Les nouvelles instances en intégralité :

L'hémicycle du Congrès en septembre 2022.
L'hémicycle du boulevard Vauban en septembre 2022. ©Congrès NC

L'Eveil océanien préside toujours la commission permanente

Milakulo Tukumuli, président de l'Eveil océanien, durant le renouvellement des instances 2022 au Congrès.
Milakulo Tukumuli, président de l'Eveil océanien, durant le renouvellement des instances 2022 au Congrès. ©NC la 1ère

Autre élection marquante du jour, celle de la commission permanente, qui fait figure de "mini Congrès" à elle seule. Conformément à l'accord de stabilité, Milakulo Tukumuli, président de l'Eveil océanien, en a conservé la présidence. Sylvain Pabouty, du même intergroupe UC-FLNKS et Nationalistes et EO, devient son vice-président. Avec pour secrétaire Inès Kouathé de l'Uni.

Autoproclamation

Ah si, une petite surprise dans la machine bien huilée du Congrès. On s'attendait à voir le doyen de l'assemblée présider l'élection du président. Mais l'absence d'Aloisio Sako, "retenu à son domicile pour raisons médicales" a été annoncée en ouverture. Or, le vice-doyen du Congrès est… Roch Wamytan, 71 ans. C'est le président sortant qui a supervisé l'élection du président nouveau, et qui s'est autoproclamé !

Un discours qui salue la résilience, l'innovation et la solidarité

Dans la foulée, l'heureux élu a prononcé un discours d'investiture dans lequel il n'a pas cette fois été question de "majorité océanienne". "La mandature qui s’achève a été marquée par un concours d’évènements qui ont lourdement impacté les Calédoniens", a-t-il resitué en évoquant "une crise sanitaire violente", "le maintien de la troisième consultation", "l’intense calendrier électoral présidentiel et législatif" ou encore "la manifestation d’évènements climatiques exceptionnels". De cette période morose, Roch Wamytan retient "la capacité de résilience des Calédoniens, l’innovation dont ont fait preuve tous les acteurs locaux face aux difficultés, et la solidarité des citoyens envers ceux qui sont les plus vulnérables".

Des enjeux "immenses et sans précédent"

Quant à la mandature qui s'ouvre, elle "sera particulière. Parce que les enjeux auxquels nous sommes confrontés sont immenses et sans précédent. En tant que représentants du peuple, notre responsabilité nous oblige à sortir de nos postures politiques au nom de l’intérêt général. Cela devient une nécessité pour sauvegarder la cohésion et la paix en Nouvelle-Calédonie." Et de poursuivre : "Dans cet hémicycle, nous devons tous nous sentir engagés (…), dans une responsabilité collective de réduire les inégalités sociales, de relancer l’économie pour impulser un nouvel élan à la consommation des ménages et en clair, à redonner du pouvoir d’achat à nos concitoyens pour leur redonner confiance et dignité en leur avenir et en celui d’un pays émancipé sorti enfin de la permanence d’une culture de dépendance toxique."

Pour terminer, l'entretien de Roch Wamytan avec Loreleï Aubry au JT...

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…et sa version radio, "l'Invité de la matinale", ce mercredi avec Sheïma Riahi.