Médipôle : le parquet de Paris enquête sur un partenariat douteux avec l’Institut Montsouris

santé
Mission de chirurgie cardiaque de l'Institut Montsouris au Médipôle le 8 juin 2018.
Mission de chirurgie cardiaque de l'Institut Montsouris au Médipôle le 8 juin 2018. ©NC la 1ère
L’Institut mutualiste Montsouris (IMM) de Paris est visé pour soupçons de corruption. Un cardiologue aurait organisé des formations rémunérées en Nouvelle-Calédonie à l’insu du Médipôle et de l’institut parisien. L’enquête ouverte par le parquet de Paris en 2021 se poursuit.

En juin 2018, la première mission de chirurgie cardiaque est déployée en Calédonie entre l'Institut Montsouris et le CHT Gaston-Bourret. Une équipe de chirurgiens et de cardiologues venue de Paris opère vingt-huit patients au Médipôle pour des pontages ou remplacements de valves. Une expérience concluante que le centre hospitalier territorial va renouveler à six reprises jusqu’en janvier 2020.
Ce dispositif financé par la Nouvelle-Calédonie via l’agence sanitaire et sociale avait pour vocation d’éviter les évasans vers l’Hexagone ou l’Australie. Un partenariat bénéfique pour réduire les dépenses de santé, aider à former le personnel calédonien et favoriser le confort des patients, restés auprès de leur proche.

Conflit d’intérêts

Toutefois, un cardiologue est soupçonné d’avoir profité de ces déplacements pour organiser des formations rémunérées par le laboratoire américain Medtronic, l’un des leaders mondiaux des dispositifs cardiaques. Médiapart révèle dans une récente enquête (article réservé aux abonnés) que la justice française poursuit ses investigations au titre de "corruption passive" envers le médecin et l’Institut Montsouris.
L’objet de ces séances était d’apprendre l’implantation de valves aortiques percutanées, une technologie médicale permettant de soigner les pathologies cardiaques sans opération à coeur ouvert. Cependant, ni le Médipôle ni l’Institut n’ont délivré d’autorisation, assure Médiapart.

Si nous avions autorisé des séances de formation officielles d’implantation de valves aortiques par voie percutanée, cela aurait fait obligatoirement l’objet d’une note d’information de la part de la Direction des affaires sanitaires et sociales de Nouvelle-Calédonie, du centre hospitalier territorial et du cabinet en charge de la santé au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie à Médiapart.

Irrégularités

Ce qui interpelle davantage, c’est l’absence de trace d’un consentement des patients et l’existence, en revanche, de fausses fiches d’évaluation. Le médecin, Christophe Caussin, aurait rempli ces documents alors que les participants aux formations n’étaient pas présents sur le Caillou.

C’est tout simplement parce qu’une fois que vous arrivez à Nouméa, rien ne se passe comme prévu : tel médecin n’est pas là, un autre est à sa place. Un patient n’est pas là parce que le chef de tribu a décidé de le soigner avec des plantes. Au final, vous pré-remplissez des fiches avec des patients ou des médecins qui changent en cours de route et, une fois de retour (en Métropole), je ne les ai pas modifiées en envoyant mes notes d’honoraires.

Christophe Caussin à Médiapart.

Il reconnaît avoir touché au total 27 000 euros soit plus de 3 millions de CFP de Medtronic, mais conteste tout fait de corruption. C’est le responsable du service cardiologie de Montsouris qui a découvert ce conflit d’intérêts lors d’une mission en 2020, selon Mediapart. Ce dernier s’est vu licencié par l’IMM de Paris, un acte qualifié par la Défenseure des droits Claire Hédon de "mesure de représailles consécutives à ses alertes."

Le cardiologue et l’Institut Montsouris "nient toujours les irrégularités". Ils demeurent sous enquête préliminaire par le parquet de Paris pour "corruption passive".

À noter que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a autorisé en mars 2022, un nouveau partenariat pour cinq ans, cette fois avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).