Nickel : la Nouvelle-Calédonie dans la stratégie des batteries électriques de l’Union européenne

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Bruno Lemaire, Ministre de l'Economie et des Finances ©AFP

Les dirigeants européens ont affiché en fin de semaine dernière leur détermination à gagner la bataille de la voiture électrique. L'Usine du Sud de la Nouvelle-Calédonie est un atout non négligeable pour l'Europe. Elle produit l'ingrédient principal des batteries, le nickel.

C’est l’une des cinq plus grandes usines hydro métallurgiques au monde. Le nickel de l’Usine du Sud est nécessaire à l’industrie automobile européenne de la transition énergétique. Celle des véhicules électriques. L’Europe veut imposer des normes qui garantissent l’origine éthique et environnementale des métaux. Le nickel calédonien répond à ces exigences. Pas de rejet minier en mer, pas de multiples transformations polluantes du nickel; l’accord conclu en Nouvelle-Calédonie pour la relance du site industriel calédonien en est la parfaite illustration. Il reste à lever les derniers obstacles…

Usine du Sud (nickel et cobalt) Vale Nouvelle-Calédonie
Usine du Sud (nickel et cobalt) Vale Nouvelle-Calédonie

L'Europe dans la bataille des voitures électriques

Face à la domination de la Chine et de l'Asie pour la production des batteries électriques et le contrôle des matières premières qui les composent, "les seules batailles que l'on perd, ce sont les batailles qu'on ne livre pas", a affirmé le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse à Bruxelles, à l'issue de la cinquième réunion de l'Alliance européenne des batteries. La Commission va y investir 2,9 milliards d'euros, qui devraient permettre de débloquer trois fois plus d'investissements privés. Un plan de formation à grande échelle est engagé pour pourvoir les 800.000 emplois de la filière.

Projet industriel phare de l'Union européenne, il réunit 14 Etats membres et 42 entreprises, dont les constructeurs Tesla, BMW et Fiat, le chimiste français Arkema ou encore le spécialiste suédois des batteries Northvolt ainsi que le négociant et industriel suisse Trafigura.

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Deux types de batteries pour les véhicules électriques. ©Nickel Institute Bruxelles

Logiquement, l’Usine que construit Tesla dans la banlieue de Berlin devrait être alimentée par le nickel de qualité batterie produit par l’Usine du Sud de la Nouvelle-Calédonie. Le constructeur américain s’est investi dans le projet. Des contacts auraient été également établis entre la direction de l’usine calédonienne et le constructeur de batteries Northvolt a appris la 1 ère. Northvolt construit actuellement une gigantesque usine dans le centre de la Suède. Elle pourrait utiliser du Nickel Hydroxyde Cake (NHC), le produit intermédiaire destiné aux batteries électriques mis au point par les chimistes calédoniens.

trafigura
Site de construction d'une grande usine de batteries en Finlande pour les voitures électriques ©AFP

L'objectif de cette coopération européenne inédite dans le domaine industriel : rattraper le retard par rapport à la Chine qui domine de manière écrasante le marché de la batterie électrique. L'UE, dont la part ne dépasse pas 3 %, vise 25 % du marché à la fin de la décennie. Et elle compte forcément sur le nickel de la Nouvelle-Calédonie pour y parvenir.

Opportunité fantastique

A moyen terme, l'objectif est que les usines de Nersac en France ou d'Ellwangen en Allemagne soient en mesure d'alimenter 7 millions de véhicules électriques d'ici quatre ans.

Si l'Alliance pour les batteries répond à l'objectif de la Commission européenne d'atteindre la neutralité carbone en 2050, elle pourrait aussi permettre de relever le défi de la destruction massive des emplois automobiles actuels impliquée par la transition verte et numérique.

Alors que les plans sociaux qui se succèdent dans l'industrie automobile ont détruit "entre 60 et 90.000 emplois" en Europe, la filière de la voiture électrique est une "opportunité fantastique" pour les travailleurs européens, s'est enthousiasmé le commissaire européen Thierry Breton.

Mais, "d'ici la fin de la décennie, entre 180 et 200.000 emplois pourraient être créés" dans la fabrication de cellules de batteries. "Pensez à une usine automobile, aux compétences qui étaient requises il y a dix ans, et à celles qui le seront d'ici dix ans, et vous avez la réponse à ce que nous devons faire", a illustré le commissaire au Marché intérieur.

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Thierry Breton Commissaire européen au Marché intérieur pendant la réunion de l'Alliance européenne des batteries le 12 mars à Bruxelles ©AFP

De son côté, Bruno Le Maire a cité l'exemple de la fermeture de l'usine Bosch à Rodez (Aveyron), qui produit des injecteurs pour les moteurs diesel : 750 postes voués à disparaître d'ici 2025, un séisme dans ce bassin d'emplois où l'équipementier allemand est le premier employeur privé.

"C'est une des illustrations de la nécessité d'accompagner le mieux possible les salariés dans de nouvelles qualifications", a dit le ministre. "Je propose une formation au niveau européen pour former et convertir 800.000 salariés sur la chaîne de valeur électrique", a-t-il ajouté.

Autre sujet critique, celui de l'approvisionnement dans les matières premières nécessaires à la fabrication des cellules de batterie, comme le lithium-ion, le graphite et surtout le nickel.

L'exemple de la pénurie de semi-conducteurs, en raison d’une vague de sécheresse à Taïwan, qui paralyse actuellement l'industrie automobile montre que l'Europe doit maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur, des matières premières au recyclage, et pas seulement la production, a fait valoir Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission européenne.

Des batteries durables, du nickel et des composants responsables

Les dirigeants ont également insisté sur la nécessité d’accélérer sur le front réglementaire, "pour que les efforts que nous faisons en Europe pour avoir des batteries durables ne soient pas ruinés par l'importation de batteries moins durables et moins chères", a prévenu Bruno Le Maire, disant souhaiter que le projet de règlement sur les batteries soit "en place dès 2022". Une réglementation concernant l’origine, les conditions de production et l’impact environnemental des métaux ne pourrait que favoriser "les producteurs vertueux comme la Nouvelle-Calédonie et le marché soutient et appliquera la règlementation en ce sens" a déclaré Matthew Chamberlain le président de la Bourse des métaux de Londres (LME).

Le ministre français de l’Economie et les services de Bercy ont été des acteurs essentiels du projet de relance de l’Usine du Sud de la Nouvelle-Calédonie adossée au grand gisement minier de Goro. Le gouvernement français va financer à hauteur de 500 millions d’euros le projet industriel. Il doit fournir du nickel à l’Europe dans des conditions environnementales responsables. Et lui permettre ainsi de gagner la bataille des véhicules électriques.

La Nouvelle-Calédonie redevient encore plus stratégique du fait de l'importance grandissante des minerais et des métaux spécifiques des batteries, au premier rang desquels le nickel de l'Usine du Sud

Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales et spécialiste de la Nouvelle-Calédonie

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Nickel de qualité batterie pour les véhicules électriques (VE) ©Alain Jeannin

 

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