Poignée de main, Accords de Matignon, avenir institutionnel : Jean-François Merle, conseiller de Michel Rocard en 1988, invité de la matinale

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Jean-François Merle
Jean-François Merle, conseiller de Michel Rocard en 1988, invité de la matinale ©La 1ere
Jean-François Merle, conseiller de Michel Rocard en 1988, était l’invité de la matinale radio du lundi 27 juin. Il est revenu pour nous sur cette poignée de main historique entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, à Matignon.

Dimanche 26 juin, la statue immortalisant la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur a été inaugurée, place de la Paix, à Nouméa en présence des familles des deux leaders disparus, de nombreuses personnalités politiques et de plusieurs centaines de personnes. Un évènement empreint d’émotion, 34 ans après la réconciliation historique entre Kanak et Caldoches, qui scellait la paix en Nouvelle-Calédonie. Jean-François Merle s’en souvient comme si c’était hier. Celui qui fut le conseiller de Michel Rocard, en 1988, a suivi la négociation et la mise en œuvre des Accords de Matignon.

 

Des Accords qui scellent la paix

« On avait conscience de vivre un moment important parce qu’il tournait la page de drames et des violences qui avaient été caractérisés par cette quasi guerre civile qu’on a appelé un peu trop pudiquement "Les Evènements". C’est aujourd’hui que l’on peut apprécier la valeur des Accords car ils ont été un moment fondateur pour la Nouvelle-Calédonie », souligne Jean-François Merle qui rappelle le courage « exceptionnel » de Jean-Marie Tjibaou et de Jacques Lafleur, qui ont pensé à « l’intérêt général, à l’intérêt du pays et à l’avenir de leurs enfants ».

Il se rappelle de cette atmosphère de gravité lors des premiers contacts à Matignon, mais aussi de tous ces moments d’humanité. « Tous ceux qui ont participé aux négociations avaient le sentiment de partager un moment fort et en même temps, nous avons parlé du quotidien et de l’avenir des Calédoniens, c’est ce qui a été riche ».

 

Un équilibre fragile

 Les Accords de Matignon furent signés le 26 juin 1988, avec le « sentiment du devoir accompli » pour l’ensemble des conseillers de Michel Rocard. « Chacun était soulagé qu’on s’en soit sorti par le haut car c’était cela le plus important. »

Mais 34 ans après, l’équilibre est plus que jamais fragile, estime Jean-François Merle. « Ce qui me soucie aujourd’hui, c’est que certains aient perdu la mémoire, que ce compromis historique soit remis en cause. Je parle des fondamentaux des Accords de Matignon comme la clé de répartition, le rééquilibrage ou le corps électoral  », et de rappeler que « ce qui a été concédé à Matignon, c’est la reconnaissance pleine et entière de tous ceux qui vivaient en Calédonie en 1988 ».

Avenir institutionnel

Au lendemain de l’inauguration de la statue, Jean-François Merle fait le vœu d’une Nouvelle-Calédonie toujours unie, en rappelant le chemin parcouru et les compromis trouvés pour retrouver le chemin de la paix. « Il faut aujourd’hui que ceux qui sont en responsabilité s’imprègnent de ce message de l’Histoire pour être à la hauteur de ceux qui les ont précédés. Je voudrais que cette statue ne soit pas figée et que cette poignée de main serve dans le discussions qui vont s’ouvrir sur l’avenir institutionnel ».

La Première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé sur Twitter que l’Etat allait rouvrir le dialogue « avec l’ensemble des partenaires dans les prochaines semaines », sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Mais pour Jean-François Merle, avant même de parler d’une solution institutionnelle, il faut préserver les équilibres. « Ce qui a été le plus remarquable, c’est que pendant toute une période qui s’est arrêtée avec le mandat d’Edouard Philippe, comme Premier ministre, il y a eu une grande continuité dans l’action de l’Etat au-delà de tous les changements de gouvernement. Et puis malheureusement, sur les 18 derniers mois, les règles d’impartialité que l’Etat aurait dû se fixer ont été moins observées, donc j’espère que l’Etat va retrouver sa vieille sagesse », a-t-il conclu.

 

Un entretien à retrouver dans son intégralité ici.