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La difficile distribution de l'eau à Poum

eau potable poum
Manque d'eau à Poum, Arama, novembre 2019
Une famille d'Arama, à Poum, confrontée aux problèmes d'eau en novembre 2019. ©Cédrick Wakahugnème / NC la 1ere
Alors que la sécheresse et les feux de brousse sévissent en province Nord, Poum manque cruellement d’eau potable. Chaque jour, la mairie doit couper la distribution par endroits, afin de permettre à certains habitants reculés de s’approvisionner.
Le scénario n’est pas nouveau, pour Aimé Thean-Hiouen. Cet habitant originaire de la tribu d’Arama, à Poum, a toujours fait avec le peu d’eau qui sortait de son robinet. Mais depuis deux ans, le responsable coutumier s’empresse de trouver une solution, lorsque le précieux liquide vient à manquer. Car il n’est plus tout seul à la maison.
 

Un mois sans eau

«Ça va faire un mois, depuis le 12 octobre dernier, que je n’ai plus d’eau», assure le président du district d’Arama. «Je vais chercher l’eau pour la consommation personnelle chez mon père, et on va se baigner chez ma sœur. Aujourd’hui, mon souci est que je vis avec ma petite-fille. Sinon, lorsque je suis tout seul, je fais avec.»
 

Débit trop faible

Dans cette partie de la commune, l’eau arrive au compte-goutte depuis l’arrivée de nouveaux habitants raccordés au réseau. Lorsque l’été approche, difficile, pour ce grand-père, de faire des provisions. Le débit n’est pas suffisant. «Ici, nous avons deux fûts à la maison. Il y a en un de cent litres et un autre, de deux cents litres. Ils étaient à l’écart dans la douche. Et quand il y avait de l’eau, je les remplissais facilement, décrit Aimé Thean-Hiouen. J’ai dû les emmener près du robinet. Au final, il n’y a rien au bout du tuyau. La pression est faible et l’eau n’arrive pas jusqu’à la maison.»
 
Feu de brousse à Arama, novembre 2019
Feu de brousse du côté d'Arama. ©Cédrick Wakahugnème / NC la 1ere
 

Le camion-citerne pris par un feu de brousse

La sécheresse actuelle complique le travail des services municipaux. Le seul camion-citerne de la commune, censé approvisionner les populations les plus reculées, est réquisitionné pour un feu de brousse. D’ordinaire, l’accès à la ressource est contrôlé dans sa distribution, dans le souci d’une meilleure gestion de l'or bleu.
 

«Pas en quantité suffisante»

«Nous avons de l’eau à certains endroits mais pas en quantité suffisante», assure Lorenzo Rossard, le chef du service technique de la mairie. «A titre d’exemple, en temps normal, je débloque quatre à cinq livraisons de camion par jour. Depuis la semaine dernière, nous sommes passés à deux voyages. Pour ce résultat, on est obligé d’attendre toute la nuit pour que le bassin se remplisse.»
 
Vue de Poum, novembre 2019
©Cédrick Wakahugnème / NC la 1ere
 

Problème de qualité

La commune de Poum compte aujourd’hui plusieurs points de ressource en eau ou captages. Mais tous ne donnent pas forcément une eau de qualité et à fort débit. Des réflexions ont été menées lors des dernières assises de l’eau, pour une véritable politique commune. Trop loin des réalités de terrain, selon Jean-Paul Dédane, le deuxième adjoint. «C’est bien bon de faire de la politique de l’eau, aujourd’hui. Il vaut mieux tard que jamais», lance l’élu communal. «C’est encore mieux d’avoir une vision globale du pays. Parce qu’aujourd’hui, une petite commune comme Poum ne peut pas à elle-seule investir dans un grand projet d’adduction en eau potable. On doit s’asseoir autour de la table et réfléchir ensemble.»
 

Sans oublier les îlots

Avec un pied sur la terre et l'autre en mer, la commune de Poum doit aussi régler ces difficultés d’approvisionnement en eau sur ses îlots, en particulier à Baaba et Yenghébane.
 
Vue de la mer à Poum, novembre 2019
©Cédrick Wakahugnème / NC la 1ere
 

Pas la seule

Poum n’est pas la seule commune touchée par des problèmes d’accès à l’eau, en cette saison chaude. L'alerte sécheresse a été déclenchée vendredi dernier dans la zone VKP, Voh-Koné-Pouembout. Et voilà plusieurs semaines que des appels à l'économie d'eau sont lancés par des mairies, dont certaines sont déjà passées à la phase des restrictions, comme Houaïlou, Canala ou Poya. 
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