Affaire Pérès-Martinez : au premier jour de procès, un accusé sûr de lui

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L'accès en salle des assises, au tribunal de Nouméa, le 7 mars 2022. palais de justice
L'accès en salle des assises, au tribunal de Nouméa, le 7 mars 2022. ©Natacha Lassauce-Cognard / NC la 1ère
La cour d'assises de la Nouvelle-Calédonie a débuté le procès très attendu d'Olivier Pérès dans une atmosphère lourde et une salle comble. Le premier jour d'audience a été consacré à la personnalité de l'accusé et l'audition des premiers témoins. D'entrée, le ton a été donné.

L’assassinat d’Eric Martinez relève-t-il de la légitime défense ? Question au cœur du procès d’Olivier Pérès qui s’est ouvert ce lundi 7 mars devant la cour d’assises de Nouméa. Au soir du premier jour, résumé par Natacha Lassauce-Cognard et Laura Schintu :

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NC la 1ère dressera un compte-rendu quotidien et détaillé de ce procès hors norme. Revenons sur la première journée. A 8 heures ce lundi matin, la salle des assises est pleine, au palais de justice de Nouméa. Atmosphère lourde, du côté de la partie civile : la famille de la victime, la femme d’Éric Martinez et son fils. Assis l’un contre l’autre, ils écoutent la lecture de l’ordonnance de mise en examen.

Le détail des faits

Le 13 septembre 2018, au golf de Tina, le chef de service d’orthopédie du Médipôle, Olivier Pérès, prend une voiturette et se rend sur le green à la rencontre d’Eric Martinez, son voisin et ancien amant de sa femme. L’accusé, muni d’un fusil de chasse à canons juxtaposés, tire à trois reprises sur la victime, après avoir rechargé son arme. Deux fois à moins de dix mètres, puis la dernière fois à moins de deux mètres. Il explique au juge d’instruction, lors des premières auditions, avoir agi parce qu'il était assailli d’une terreur absolue face à un couple infernal. Craignant des menaces faites par Eric Martinez à l’égard de sa famille suite à la rupture de sa femme avec son amant.

Pas dans le box

Après qu'il a appelé les forces de l’ordre pour se rendre, l’accusé est interpellé, puis placé en garde à vue. Incarcéré, il fait alors des allers-retours entre le CHS - le centre hospitalier spécialisé - et le Camp-Est. Après une violation de son contrôle judiciaire, il comparaît aujourd’hui libre. Fait surprenant, il n’est pas assis dans le box des accusés mais à côté de son avocat parisien.

Lors de sa prise de parole devant la cour d’assises, Olivier Pérès, 64 ans, revient sur son enfance heureuse passée à Rouen, son internat et son clinicat à Bordeaux, sa vie en Nouvelle-Calédonie, son premier puis son second mariage. Il souligne l’engagement total dont il a fait preuve durant toute sa carrière. Pour lui, son travail était toute sa vie, il exerce encore mais se trouve toujours en attente d’une radiation du conseil de l'ordre des médecins par la chambre disciplinaire.

L'accusé dit "contester la volonté d'homicide"

D’une voix grave, l'homme dit "contester la volonté d’homicide". "Si je n’avais pas tiré la troisième fois, je serais mort". "L’intrusion du couple Martinez dans notre vie nous a détruits." L’avocate de la partie civile, Me Isabelle Mimran, s'enquiert du divorce avec sa première femme, en 2009. L’accusé répond de manière arrogante, voire agressive, s’interrogeant sur l’intérêt des questions. Lorsque l’avocate métropolitaine lui demande s'il aimait sa première femme, il répond : "L’amour ? Et vous, vous savez ce que c’est ? "

Le président n’hésite pas à lui rappeler que Me Mimran ne fait que lire les déclarations faites par son ex-femme et qu’il doit répondre devant la cour. Une tension s’installe, l’accusé et son avocat Me Henriot s’interrogent sur le ton employé par l’avocat de la partie civile. Le deuxième avocat de la partie civile, Me Martin Calmet, s'attarde sur une déclaration d’un témoin qui le caractérise "d’un gros complexe de supériorité". L’accusé répond que c’est à l’inverse de sa personnalité. 

Audition de policier

Peu après midi, le directeur d’enquête de la police nationale commence à être entendu. C'était l'un des brigadiers en charge de la garde à vue. Il est mis en évidence que les versions des faits varient, selon les différentes auditions de l’accusé. Le 13 septembre 2018, Olivier Pérès dit s’être rendu sur le golf de Tina pour avoir des explications avec Éric Martinez. Pour lui reprocher les viols de sa femme et des menaces faites à ses enfants. La victime aurait répondu : "Tu vas crever". Une version qui varie, car dans une autre audition de l’accusé, l'homme aurait rétorqué qu’il n’avait rien à lui dire.

Dans les dernières heures de garde à vue, Olivier Pérès dit avoir tiré une troisième fois sur la victime comme "un coup de grâce". Il justifie alors les faits comme une reconquête du golf, sur lequel il n’allait plus de crainte de croiser Eric Martinez. La veille des faits, il a envoyé à sa femme la photo d’un crâne transpercé par une flèche, en notifiant : "J’ai eu sa peau, les enfants sont en sécurité." À cela, l’accusé répond qu’il s’agissait "d’un trait d’humour sur ce que la famille vivait depuis quinze jours". Quinze jours de menaces et de craintes, selon lui.

Variations dans les versions

Interrogé par l’avocat de la défense, Me Loïc Henriot, le directeur d’enquête de la police nationale dit que le mis en cause a coopéré lors des auditions, a mis de la bonne volonté. Interrogé sur ses différentes versions, le policier met tout de même l’accent sur l’importance des variations. Concernant le fait qu’Olivier Pérès parlait de viols de sa femme de la part d’Éric Martinez, l'enquêteur n’a aucune déclaration de la part de Mme Pérès. Elle a uniquement parlé de harcèlement sexuel et psychologique. Me Henriot parle d’emprise qui conduit la personne à accepter l’inacceptable. Et demande : n’est-ce pas proche du viol ? L’enquêteur dit qu’il comprend les déclarations de Mme Pérès comme le fait qu’elle ait succombé à Eric Martinez car son mari l’avait trompée, laissée de côté et qu’il travaillait trop. 

Premier témoin

Après une suspension d’une heure, le procès reprend à 14h30. Avec la déposition d’un premier témoin, un ostéopathe de formation, connaissance de la famille Martinez. Éric Martinez a été son instructeur au club de tir de Paita et ce témoin organisait des groupes de travail avec Mme Martinez. Selon lui, la victime était très sympathique et avait beaucoup d’humour. Il reconnaît tout de même "s’être fait avoir" par ses mensonges sur son passé militaire : au lieu d’être un ancien officier des forces spéciales, Martinez était simple caporal-chef.

L’épouse de celui-ci, relate-il aussi, avait peur pour son couple, son fils et craignait un scandale, de la violence qui aurait pu éclater entre Pérès et Martinez. Le témoin relève que le policier a mal retranscrit sa déclaration, comme le fait d’avoir dit "caractère sanguin" et non "sanguinaire" pour parler du caractère d’Eric Martinez. Ce qui interroge Me Henriot, l’avocat de la défense. Il soulève la question de sa déclaration concernant la dangerosité de la victime.

Une déclaration questionnée

Pour l’avocat parisien, il n’est pas possible de s’être trompé à ce point-là lors d’une audition. Le témoin assure ne pas avoir relu sa déclaration avant de la signer. Toujours selon ses dires, Mme Martinez avait peur de la réaction de son mari mais elle ne parlait pas de menaces de son époux à l’encontre d’Olivier Pérès.

Entendu à la barre, le policier qui a retranscrit la déclaration du témoin dit que selon celui-ci, "Olivier Peres était un animal apeuré qui allait montrer les crocs". Toujours d’après l’officier de police judiciaire, le témoin a relu son audition avant de la signer. Interrogé par Me Mimran sur le fait de signaler le nombre d’heures d’audition, il est mis en évidence que l’enquêteur ne l’a pas fait. De plus, l’avocate métropolitaine souligne qu’il a effectué une synthèse des déclarations et non du mot à mot, ce qui peut engendrer de graves erreurs. Et d’ajouter que le policier a déjà été mis en cause comme témoin assisté pour faux et usage de faux par une personne dépositaire de l’ordre public. 

Une stratégie de la partie civile pour l’incriminer, estime l’avocat de la défense. Dans sa prise de parole, Me Henriot souhaite rendre toute sa crédibilité à l’OPJ, en relisant la déposition du témoin. Puis un deuxième témoin est entendu à la barre, une ancienne infirmière qui a fait un stage d’acupuncture avec Mme Pérès au Vietnam. Elle décrit une personne "très tendue, soucieuse de son esthétique", qui lui a dit avoir vingt-trois ans de différence avec son mari. 

A suivre mardi après- midi

Au fil de l’après-midi, les témoins s’enchaînent à la barre. Des amis d’Olivier Pérès comme cet homme qui tourne tout en dérision, faisant rire le public. Un manque de respect pour la famille de la victime, sa femme et son fils de seize ans, selon les avocats de la partie civile. Des proches d’Eric Martinez décrivent la victime comme un homme à la fois sanguin de caractère, doté d’humour, dépressif. Tout en étant un père formidable. 

Demain mardi, place à d’autres témoins et des experts métropolitains, de 13 heures à 23 heures. L’enjeu de ce procès repose sur le fait de savoir si l’accusé a été victime d’altération du discernement. Ce qui pourrait être une circonstance atténuante. Pour assassinat, Olivier Pérès encourt la réclusion criminelle à perpétuité.