Affaire David de retour aux assises : les accusés condamnés à des peines allant de 26 à 17 ans de réclusion

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Assises, appel, jour 3 de l'affaire David, 24 juin
©Natacha Lassauce-Cognard / NC la 1ere

Au terme d'un procès en cour d'appel d'assises qui a duré trois jours, deux des mis en cause dans l'affaire David ont vu leur peine alourdie par rapport à la première instance.

Deux peines sur trois ont été alourdies en appel. Jeudi 24 juin, la cour d'assises a condamné à 26 ans de réclusion criminelle celui qui a été décrit comme le principal mis en cause dans l'affaire David, Yann Poulawa, auteur du viol - en première instance l'an dernier, il avait été condamné à 25 ans.

Joseph Calixte Tokotoko va également endurer une peine de prison plus longue : vingt ans, au lieu de dix-huit. En revanche, pas de changement pour Gaspard Poulawa, astreint à dix-sept ans de réclusion. Tous les trois sont assujettis à une période de sûreté équivalant à deux-tiers de la peine.

Jugés depuis mardi

L’affaire David, dont les faits remontent au 4 mai 2018, était jugée depuis mardi en cour d’assises d’appel. Elle passait ce jeudi au stade des plaidoiries et du réquisitoire de l’avocat général.

Christian Pasta a demandé trente ans de réclusion criminelle à l’encontre de Yann Poulawa. Il a par ailleurs requis quinze ans pour Gaspard Poulawa et dix-sept ans pour Joseph Calixte Tokotoko. Avec dans les trois cas cette période de sûreté équivalent aux deux-tiers.

L'alcool au cœur du drame

"David a été obligé de vivre durant trois années ces procédures", a argumenté l’avocat général, qui n'a pas hésité à hausser le ton : "Les accusés avaient-ils l'intention de faire du mal à la victime ? Ma réponse est oui".

Christian Pasta estime n'avoir rien appris de plus qu'en premier instance, il a requis les mêmes peines. En s’attardant sur un élément majeur de ce sordide enchaînement : "Je souhaite soulever la problématique de l’alcool, un problème de santé publique, et il faudrait s’en préoccuper de manière sérieuse sur ce territoire."

Les accusés étaient tous ivres morts.

Christian Pasta, avocat général

 

Partie civile : "des humains, qui ont commis des actes inhumains"

Plus tôt dans la matinée, ce troisième et dernier jour s'ouvrait par une heure de plaidoiries de la partie civile. Maître Martin Calmet a signalé qu'au départ, cinq individus ont été interpellés. Trois ans plus tard, en appel, trois hommes se trouvaient dans le box des accusés.

Des accusés qui ont tous menti, selon lui. "Est-ce que leur enfance difficile et leur vie cabossée expliquent de tels actes ? Non", a martelé l'avocat. "Ce sont des infractions collectives aggravées", a-t-il encore formulé. "Vous avez des humains, qui ont commis des actes inhumains." 

Question spéciale

Son confrère Me Jean-Jacques Deswarte a rappelé la définition de la torture et de la barbarie. Des critères reconnus par le juge de la cour d'assises dans une question spéciale."Ont-ils répété les faits durant huit heures ? Ont-ils humilié la victime ? A ces questions, la réponse est oui", a développé l'avocat de la partie civile en s'adressant aux jurés. "Jugez ces hommes pour ce qu’ils ont réellement fait."

La violence simple n'a rien à voir avec ce dossier. Les accusés ont traité la victime comme un chien.

Me Jean-Jacques Deswarte, partie civile

 

Défense : "Bien juger n’est pas faire acte de vengeance"

En fin de matinée, au tour des avocats de la défense. Pour Me Anne-Laure Dumons, conseil de Gaspard Poulawa, les souffrances vécues par la victime "sont extrêmes", "mais Gaspard n’a pas eu l’intention de faire du mal volontairement". Aux yeux de l’avocate, son client "n’a pas commis d’actes de torture ou de barbarie".

"La justice, ce n’est pas éliminer des personnes", a plaidé Me Julien Marty, avocat de Calixte Tokotoko. "Bien juger, ce n’est pas faire acte de vengeance", va-t-il lancer en pointant : "La partie civile et l’avocat général diabolisent les accusés (…). Cette question spéciale de torture et de barbarie est une stratégie de vengeance."

Troisième avocat de la défense à prendre la parole, celui de Yann Poulawa. "Son enfance a été très difficile", a insisté Me Pierre-Louis Villaume. "Il n’a pas eu de modèle structurant pour s’identifier". 

Ce procès est un hold-up juridique.

Me Julien Marty, avocat de la défense

 

La conclusion des accusés

  • Yann Poulawa : "Je regrette d’avoir commis ces faits et je m’excuse auprès de la victime ainsi que de sa famille."
  • Gaspard Poulawa : "Je demande pardon à la victime. Ça fait trois ans que David souffre, j’accepte la peine qui va être donnée. Je pourrai reprendre ma vie normalement à l’issue de cette affaire mais la victime est marquée à vie." 
  • Calixte Tokotoko : "Je m’excuse pour ce qui s’est passé, j’accepterai la peine. C'est impensable, ce que j’ai fait."

C'est impensable, ce que j’ai fait.

L'un des accusés

 

Délibéré

En début d’après-midi, les jurés se sont rendus en salle des délibérés. Ils en sont ressortis au bout de trois heures et demi. Les avocats de la défense ont cinq jours pour se pourvoir en cassation.  


Le compte-rendu final de Natacha Lassauce-Cognard et Laura Schintu :