Mausolée d'Ataï : une histoire au long cours

patrimoine la foa
Mausolée d'Ataï, première pierre, 25 juin 2021, esquisse
Esquisse du projet de mausolée. ©NC la 1ere

Il y a 143 ans, le chef Ataï portait la grande révolte kanak de 1878, avant d'être tué, dans la région de La Foa. Il y a sept ans, son crâne est revenu en Nouvelle-Calédonie. Le fameux mausolée qui doit l'abriter a trouvé terrain, et l'inhumation de ses restes est prévue le 1er septembre.

Il symbolise un épisode de l'histoire calédonienne dont l'écho résonne fort, aujourd'hui encore. Un siècle et demi après la mort du chef Ataï, étroitement associé à l'insurrection de 1878, le tombeau destiné à conserver ses restes n'est pas encore sorti de terre. Mais après une longue attente, le projet a pris cette année un coup d'accélérateur, la "première pierre" a été dévoilée ce vendredi 25 juin. Coup d'œil dans le rétro.

  • 1878 : la grande révolte kanak

Vingt-cinq ans après la prise de possession de la Calédonie par la France, des clans kanak se soulèvent contre la colonisation, dans le centre-ouest de la Grande terre. Plus exactement contre les spoliations de foncier, dont l'effet est accentué par la sécheresse et la divagation du bétail sur les terres tribales. 

Le chef de Komalé, près de La Foa, est notamment à l'origine du soulèvement. Ataï et plusieurs autres chefferies s'allient contre les Français. A la suite d'une énième altercation au sujet des terres, la famille d'un ancien forçat est assassinée. Des chefs sont incarcérés en représailles. Les "rebelles" ripostent : le 25 juin, quatre gendarmes sont tués, puis de nombreux colons. Les attaques de forts et villages s'enchaînent, la Grande terre est embrasée, la panique gagne Nouméa... 

Fin août, une troupe composée de soldats, bagnards, anciens Communards, kabyles et guerriers de Canala encercle les insurgés. Le 1er septembre, le chef Ataï est tué dans la vallée d'Amboa par un supplétif kanak, et décapité. Ses restes vont demeurer quelques années à Nouméa, avant d'être envoyés à Paris. Ils ne reviendront que 136 ans plus tard. 

Quant à la grande révolte, elle va perdurer plusieurs mois encore. L'état de siège est levé à la mi-1879, un an après le début des hostilités. Bilan humain : 200 morts parmi les colons, un millier chez les Kanak. Cette guerre, et sa répression, marqueront profondément les relations entre les communautés, mais aussi la répartition des populations à travers la Grande terre.

  • 2006 : le retour d'Ataï est demandé

Ataï devient l’un des grands symboles de la lutte indépendantiste. Et en 2006, la revendication prend de nouveau corps pour obtenir la restitution de sa tête, notamment autour du grand chef Bergé Kawa qui se présente comme son descendant.

  • 2011 : le crâne est "retrouvé" à Paris 

Le crâne du chef Ataï est annoncé "retrouvé" en France. Il s'avère qu'il n'a jamais été perdu. La tête était conservée au musée de l'Homme, à Paris.

  • 2013 : un retour annoncé... et attendu

Le 24 septembre 2013, la "première pierre" d'un futur "mausolée" est symboliquement posée à Sarraméa, dans la tribu de Petit Couli. Un message adressé aux autorités afin d'accélérer le retour de la tête. Un retour évoqué deux mois plus tôt par le Premier ministre de l'époque. De passage, Jean-Marc Ayrault déclare que le crâne "a vocation à revenir en Nouvelle-Calédonie". Le chef du gouvernement insiste sur la nécessité de mettre un terme aux différends et aux rivalités coutumières qui entourent ce retour.

  • 2014 : le crâne d'Ataï et de son sorcier reviennent

Le 28 août 2014, lors d'une cérémonie au Museum national d'Histoire naturelle, le crâne d'Ataï et de son sorcier sont officiellement remis à une délégation, par la ministre des Outre-mer, Georges-Pau Langevin. De retour en Calédonie le 2 septembre, les deux petits cercueils en bois qui les contiennent sont déposés à la tribu de Petit Couli, à Sarraméa. Une cérémonie traditionnelle est initiée pour marquer un an de deuil.

  • 2021 : le mausolée se profile

Un terrain de cinq hectares appartenant au domaine de la Nouvelle-Calédonie, à Fonwhary, est cédé à un groupement de droit particulier local pour abriter le tombeau. Le 25 juin, une journée mémorielle est organisée pour lancer symboliquement sa construction. Tout en commémorant les différentes victimes de la grande révolte. L'inhumation des restes d'Ataï et de son sorcier est prévue le 1er septembre.