Vers un sommet des ministres de la défense des pays du Pacifique Sud en 2023, à Nouméa

sécurité
Sébastien Lecornu et son homologue australien Richard Marles à Brest, le 1er septembre 2022.
Sébastien Lecornu et son homologue australien Richard Marles à Brest, le 1er septembre 2022. ©Ministère des Armées
La tournée européenne du ministre australien en charge de la défense l'a mené jeudi dans la Somme et avant cela en Bretagne, auprès de son homologue français. C'est dans ce cadre que Sébastien Lecornu et Richard Marles ont avancé différentes pistes concernant la collaboration entre les deux pays, en la matière. Déploiement militaire, sommet à Nouméa, projection de forces : en voisin immédiat, la Nouvelle-Calédonie est évidemment concernée.

La proposition a été formulée par Sébastien Lecornu dans la nuit de jeudi à vendredi, heure de Calédonie. Depuis le port militaire de Brest, le ministre français des Armées et son homologue australien Richard Marles ont évoqué les jalons d'une collaboration de proximité entre Paris et Canberra. Un an après la rupture fracassante de l'énorme contrat sur les sous-marins, suite au changement d'exécutif chez notre immense voisin, et dans le contexte géopolitique mondial que l'on connaît.

Un sommet "sur la table"

"On a un agenda à avoir sur les partenariats dans les Etats de la zone (…) en matière de formation des élites militaires de demain, de coopération militaire, qui soit beaucoup plus intégrée, a notamment déclaré Sébastien Lecornu. Et plutôt que le faire chacun de notre côté, les Australiens du leur et les Français du leur, (…) comme nous communions sur l'essentiel dans la manière de nous projeter, dans la manière de nous défendre, nous avons donné mandat à nos équipes pour travailler à un agenda Pacifique Sud, qui pourrait d'ailleurs donner lieu à un sommet des ministres de la défense de la zone Pacifique à Nouméa, en 2023. En tout cas, c'est quelque chose que nous mettons sur la table et que nous souhaitons organiser avec le soutien de l'Australie."

Quel "modèle" pour les FANC ?

Le ministre français a évoqué une réflexion "franco-française sur le modèle que nous souhaitons pour les Forces armées de Nouvelle-Calédonie, les forces armées en Polynésie française et dans une autre mesure les Fazsoi, les forces armées dans l'océan Indien. Aujourd'hui, on a un modèle de rattrapage important. Un certain nombre de patrouilleurs sont entrain d'être renouvelés, six en tout", a dit une fois de plus le membre du gouvernement Borne - le patrouilleur Auguste-Benebig ralliera bientôt la pointe Chaleix, à Nouméa, et le Jean-Tranape se profile à l'horizon. "C'est une étape mais ça ne suffit pas. La défense de nos zones économiques exclusives, de nos eaux territoriales, la lutte contre la pêche illégale, la lutte contre les incursions dans nos eaux restent un défi important."

Au moment où nous allons écrire la loi de programmation militaire pour la période à venir, il est clair que je veux un titre dédié à l'Outre-mer (…), nous devons nous poser les bonnes questions sur le gabarit de nos forces prépositionnées en Outre-mer et singulièrement, pour les FANC. Ce gabarit des forces françaises, on le fera aussi en miroir du degré d'intensité de partenariat que nous avons avec l'Australie. 

Sébastien Lecornu, ministre des Armées

Des Rafale tous les deux mois ?

Une quinzaine de jours après le passage en Calédonie de la mission Pégase / Henri-Brown, notamment ses Rafale, il a aussi été question des projections de moyens en provenance de Métropole." Nous allons continuer les opérations de forces projetées", a dit Sébastien Lecornu à Brest. "De plus en plus, depuis l'Hexagone nous envoyons un certain nombre de forces dans le Pacifique [ce] qui permet d'avoir un agenda de protection et de défense, y compris à l'égard des grands compétiteurs que l'on peut rencontrer dans la zone. Nous souhaitons l'intensifier, mais nous souhaitons également le rendre plus fréquent. C'est une chose que d'envoyer quelques avions de chasse une à deux fois par an. C'en est une autre demain, d'envoyer des avions de chasse peut-être tous les deux mois, dans le Pacifique."

Perspectives industrielles

Sujet sensible gardé pour la fin de cette conférence de presse, les enjeux de la relation France-Australie en matière d'industrie militaire. "Il est clair que la base industrielle française est à la disposition du gouvernement australien (…) et nous avons l'humilité de considérer que vous avez aussi des produits qui peuvent intéresser nos armées", dixit Lecornu. "Après ce qu'il s'est passé l'année dernière, a enchaîné Richard Marles, j'aimerais réitérer une chose : l'industrie de défense française a une longue histoire en Australie. Thalès, Airbus, Safran sont implantées et ont joué un rôle majeur dans le renforcement des capacités australiennes. Nous renforçons notre budget et nos capacités militaires et donc nous somme optimistes quant au rôle que peut jouer la France." Et d'évoquer une réunion au niveau officiel le 27 septembre pour faire avancer le sujet.

La France est une puissance de l'Indo-Pacifique. La France est une puissance mondiale. La France est un voisin, un ami, un partenaire. Nos intérêts sont alignés, notamment dans la volonté de bâtir une région et un monde dont nous voulons. 

Richard Marles, Premier ministre adjoint et ministre de la défense australien


Autre sujet glissé, "un certain nombre de sous-agendas" pour protéger la zone Pacifique "en matière de renseignements, de lutte contre la désinformation, de cyber, les Australiens ont des modules intéressants à ce sujet", selon le ministre français.

Pour visionner la conférence de presse :

 

Cette étape bretonne a été suivi d'une séquence plus mémorielle, dans la Somme, où des milliers de soldats australiens sont tombés durant la Première guerre mondiale.