Déconfinement : comment se portent les entreprises de Saint-Pierre et Miquelon ?

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Le bilan post-confinement est mitigé pour les commerçants de l'archipel. ©SPM 1ère
Un mois et demi après le déconfinement, la majorité des commerces et entreprises de l'archipel ont repris leur activité. Et si pour certains, les clients sont au rendez-vous, pour d'autres, la saison estivale risque d'être compliquée. 

Aucune défaillance d'entreprise n'a pour l'instant été enregistrée par la Chambre des métiers et de l'artisanat de Saint-Pierre et Miquelon (Cacima). Plus d'un mois après la fin du confinement lié au coronavirus, beaucoup d'entrepreneurs de l'archipel s'estiment chanceux, malgré les difficultés financières. 

Beaucoup ont vu leurs clients revenir dès la réouverture de leur magasin. "Je pense qu'on est tous débordés avec la reprise" présume Sylvie Hurel, la présidente de l'association de commerçants et d'artisans Vita'ville. "Comme tout le monde reprend le travail, les gens ont envie de sortir, de consommer, d'aller chez le coiffeur. Donc pour l'instant la reprise est très bonne." 

"On espère que le consommateur va rester vigilant et qu'il va continuer à soutenir l'économie locale." - Janick Cormier, directrice de la Cacima


Mais les problèmes de trésorerie ne manquent pas, surtout chez les petits commerçants de l'archipel. Selon eux, les périodes d'inactivités vécues en mars et en avril se ressentent sur leurs livres de comptes, malgré les aides financières exceptionnelles mises en place pendant la crise sanitaire. "Je trouve qu'on a pas été beaucoup aidés. Que ce soit les 1500 euros [du fonds de solidarité octroyé par l'État] ou les 2000 euros [de l'aide complémentaire], il fallait pouvoir remplir les critères" commente ainsi Sylvie Hurel. "Quoi qu'il en soit, ce n'était pas suffisant pour rattraper ce qu'on a perdu."

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Dans cette optique, la Cacima incite les habitants de l'archipel à consommer local. Avec sa  dernière campagne de communication, lancée en partenariat avec la collectivité territoriale et deux acteurs privés, elle souhaite atténuer les effets de la crise liée à la crise sanitaire. "Jeannine a un super pouvoir", peut-on lire sur sa page Facebook"Toute l'année grâce à ses achats dans l'archipel, elle contribue à faire vivre de nombreuses familles." 

Le tourisme, secteur sinistré


Les acteur du tourisme sont les plus touchés par la crise, en raison du nombre réduit de voyageurs prévus cet été. La plateforme de réservations SPM Easy Stay a ainsi choisi de ne pas rouvrir pendant la période estivale, car "le peu d'activité pouvant avoir lieu sur le territoire de Saint-Pierre et Miquelon au niveau touristique [...] ne suffira pas à payer les charges tout au long de l'année"
 
Les hôtels et logements touristiques sont ainsi particulièrement affectés, avec une baisse spectaculaire du nombre de réservations en mai 2020"Tous nos clients viennent de l'extérieur", expliquait le mois dernier Pascal Vigneau, le gérant de l'auberge "Quatre Temps", à Saint-Pierre. "Il n'y a [quasiment] pas d'avions. Et puis il y a la quatorzaine, c'est une bonne chose mais ça ne remplit pas les hôtels."  
 

"Aujourd'hui, on continue dans les entreprises et en particulier dans les hébergements touristiques à enregistrer des annulations, et aucune réservation. On n'a pas de visibilité sur la fin de la crise, puisqu'on ne sait pas quand les frontières vont être réouvertes." - Janick Cormier, directrice de la Cacima


Pour Roger Hélène, le président du MEDEF de Saint-Pierre et Miquelon, le maintien de plusieurs vols Paris-Saint-Pierre et la reprise progressive de certaines lignes aériennes depuis le Canada ne suffira pas à sauver la branche d'activité. "Pour l'hôtellerie, je pense que ça va être cause perdue pour 2020", soupire-t-il. Le préfet Thierry Devimeux estimait fin mai que l'archipel était en mesure d'accueillir "entre 600 et 800 personnes par mois, quelle que soit leur provenance". À l'été 2019, l'archipel avait reçu pas moins de 2 000 visiteurs mensuels.
 

Un "plan Marshall des investissements"

 

"Le tourisme est un secteur qui souffre" conclut Janick Cormier, la directrice de la Cacima. "Sa survie est conditionnée au dispositif d'aides mis en place par l'État et la collectivité territoriale." La mise en place d'un plan de soutien au tourisme a été annoncée par le gouvernement en mai. Au programme : le maintien de l'activité partielle pour les entreprises du secteur, la prolongation du fonds de solidarité jusqu'à la fin de l'année et l'exonération de cotisations sociales pour les petites et moyennes entreprises, entre autres. De son côté, la collectivité territoriale a dévoilé début juin un plan de soutien pour  l'hôtellerie-restauration, ainsi qu'une aide versée aux hôteliers en cas d'annulations. 
 
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Des mesures insuffisantes, pour le Medef. L'organisation patronale demande "un grand plan Marshall des investissements", pour sauver les économies ultra-marines. Roger Hélène souhaite ainsi une annulation totale des charges patronales  "jusqu'à fin décembre 2020". Il prône également une "prise en charge des assurances sur le manque à gagner de l'ensemble des secteurs d'activités les plus impactés".

Reportage de Frédéric Dotte et Adrien Develay.

©saintpierremiquelon


 

 



 
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