Les tensions s’amplifient en Martinique, en marge de la grève contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale

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Tensions / grève / violence
Défilé du 22 novembre 2021 à Fort-de-France, voitures incendiées à Sainte-Thérèse, impactes de balles réelles sur un véhicule de police nationale et blocage des entrées de la zone commerciale de la Lézarde du Lamentin par des camions, mardi 23 novembre à l'aube. ©Martinique 1ère / Fabrice Defrémont / RS
Violences urbaines, tirs à balles réelles sur des agents de la police nationale, blocages des grands axes routiers, village de la transat Vabre perturbé et une intersyndicale qui durcit le ton contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale, telle est la situation dans l’île au 2e jour de grève.

Mardi 23 novembre 2021, après une première journée de mobilisation de l’intersyndicale la veille, en particulier contre la pass sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants, les tensions s’intensifient dans l’île.

Très tôt au lever du jour, plusieurs barrages ont été érigés sur des axes routiers stratégiques empêchant ainsi les automobilistes de converger vers les deux poumons économiques, au Lamentin et à Fort-de-France.

 Carrefour Mahault au Lamentin
Le carrefour Mahault au Lamentin bloqué dès les premières heures de la matinée par des grévistes (mardi 23 novembre 2021). ©Fabrice Defrémont

Auparavant durant la nuit, des jeunes ont incendié des poubelles et des véhicules personnels à Sainte-Thérèse, sur l’avenue Maurice Bishop, un quartier de Fort-de-France où les habitants avaient déjà déploré des violences urbaines le 31 juillet dernier.

Voitures incendiées / Sainte-Thérèse / violences urbaines
Des voitures carbonisées sur l'avenue Maurice Bishop, au quartier Sainte-Thérèse à Fort-de-France, dans la nuit du lundi 22 au mardi 23 novembre 2021. ©Marco Calmo

Encore une fois, des agents de la police nationale ont essuyé des tirs à balles réelles alors qu’ils tentaient de disperser les fauteurs de troubles. Les syndicats sont très en colère.

Il n’y a pas de fonctionnaire blessé pour l’instant, mais cela ira crescendo. Comprenez bien qu’à un moment donné, ceux qui tirent sur la police ils prendront le risque de se faire tirer dessus aussi.

 

Nous ne voulons pas de cela.

Il y a des problèmes que nous vivons au jour le jour, il faut qu’ils soient réglés par des réponses politiques (…).

 

Le chaos ce n’est pas une politique.

(Thierry Baucelin, secrétaire territorial d’Alliance Police sur Martinique 1ère radio)

 

Le syndicaliste a aussi ajouté que les auteurs de ces faits "seront interpellés" tôt ou tard.

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Voiture calcinée sur le boulevard Maurice Bishop à Sainte-Thérèse (Fort-de-France). Impact de balle sur un autre véhicule. ©DR

Une transat internationale perturbée

 

Lundi 22 novembre, en fin de journée, en marge du défilé de l’intersyndicale, la tension était déjà très forte sur le front de mer de Fort-de-France, lorsque plusieurs exposants du village de la transat Jacques Vabre ont décidé plier leurs installations, à la suite de menaces persistantes sur les réseaux sociaux. Un message invitait en effet des motards à venir nombreux sur le site d’accueil avec "glacières, cagoules et gants" pour "péter ça" précisait le WhatsApp "alors qu’il n’y a pas de tour des yoles".   

Toute forme de violence est à condamner, toute forme de violence et de prise en otage (…).

 

Il faut trouver les vraies solutions et les vrais remèdes (…).

 

La Martinique ne peut pas s’enfermer sur elle-même non plus.

(Johnny Hajjar, secrétaire général du Parti Progressiste Martiniquais)

 

L’appel du maire de Fort-de-France

 

C’est dans ce contexte que le maire de Fort-de-France a lancé un "appel au dialogue" dans un communiqué daté du 22 novembre 2021.

Compte tenu de la situation sur notre territoire, et afin de trouver des solutions permettant de garantir une offre de soins pour tous les martiniquais.ses et envisager d’ouvrir des perspectives d’application de l’adaptation des mesures sanitaires en vigueur, tel que préconisé par le Président du Conseil Exécutif de la CTM, le maire a proposé d’étendre au secteur sanitaire, social et médico-social, le report de l’obligation vaccinale décidé par le gouvernement jusqu’au 31 décembre 2021.

(Didier Laguerre)

 

Le PALIMA de son côté, "appelle solennellement le gouvernement français à ouvrir, immédiatement et au plus haut niveau, des négociations avec les forces sociales en Martinique afin d’apporter enfin les réponses politiques concrètes nécessaires au règlement de la crise actuelle". Le porte-parole du parti indépendantiste suggère notamment sur sa page Facebook, une "co-gestion" de la crise.

Une co-gestion de la crise sanitaire entre l’Etat et les autorités martiniquaises, sur la base d’un consensus martiniquais intelligent et responsable, prenant en considération l’ensemble des questions (santé, éducation, culture, sport, économie) concernant la vie de notre population (…).

(Francis Carole)

 

Des rencontres sont prévues entre les autorités (Préfecture et Collectivité Territoriale de Martinique) et l’intersyndicale mobilisée avec en son sein plus de 15 organisations. Le PCE Serge Letchimy doit s’exprimer mercredi 24 novembre 2021, à l’issue de plusieurs entretiens avec les chefs de file des groupes politiques de l’Assemblée de Martinique, ainsi que la représentation syndicale.