Législatives 2022 : sept enjeux du scrutin en Nouvelle-Calédonie

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Au centre socioculturel de La Foa, aux législatives de 2017. ©Natacha Cognard/ NC 1ère
Dix-sept candidats seront en lice, ce dimanche, pour représenter la Calédonie au Palais Bourbon. Nouvelles alliances, avenir institutionnel, relance de l’économie… Les défis sont nombreux, pour les différentes forces en présence. Tour d’horizon.

A trois jours du premier tour, ce dimanche 12 juin, les candidats calédoniens à la députation affutent leurs arguments pour convaincre les quelque 219 000 électeurs inscrits sur la liste générale. On en compte dix-sept pour cette élection. C’est beaucoup, mais tout de même moins qu’en 2017, où ils étaient 21 à se disputer les suffrages au premier round des législatives. A la clé : deux fauteuils à l’Assemblée nationale, où siègent 577 députés. Mais aussi de nombreuses conséquences pour le Caillou, que ce soit sur le plan politique, économique ou institutionnel.

1L’avenir institutionnel en jeu

Ces nouvelles élections législatives s’inscrivent dans un contexte particulier, pour la Nouvelle-Calédonie, celui de la sortie de l’Accord de Nouméa. Dans les camps loyaliste comme indépendantiste, on espère incarner ses positions à Paris grâce à un ou deux député(s), et peser ainsi dans les discussions avec l’Etat sur l’avenir institutionnel du pays.

Sauf que l’objet-même de ces échanges diverge entre les deux tendances. Chez les loyalistes, on se prépare à dessiner les contours d’un nouveau statut pour la Calédonie dans la France, qui sera soumis à un référendum, de projet cette fois, à l’horizon de juin 2023. Du côté des indépendantistes, au contraire, seules des discussions bilatérales avec l’Etat, autour de l’indépendance, sont envisagées, et ce malgré un troisième référendum en faveur du Non à la pleine souveraineté, le 12 décembre dernier.

Reste un autre paramètre à prendre en compte : qu’en sera-t-il de ces discussions avec Paris, en cas de défaite de la majorité regroupée autour d'Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale ? Pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise s’était dit favorable à un nouveau référendum d’autodétermination en Calédonie. 


2Une économie en berne

Après deux ans de pandémie, suivis de la guerre en Ukraine, le contexte économique s’inscrit également dans la campagne, sur fond de hausse des prix. Comme de nombreux pays du monde, la Calédonie n’a pas été épargnée, sans compter les échéances institutionnelles qui ont freiné les investissements sur le Caillou. Même si la lutte contre le vie chère relève davantage des compétences locales que de Paris, la fonction de député offre quelques leviers en matière économique.

Ainsi, Philippe Dunoyer (Ensemble ! Majorité présidentielle), qui brigue un nouveau mandat, mise sur la prolongation de l’outil de défiscalisation pour soutenir l’économie locale. Thierry Santa (Rassemblement-Les Républicains) compte lui aussi activer "tous les dispositifs nationaux et européens" dans un objectif de relance économique et de lutte contre la vie chère. Quant à Alain Descombels (Rassemblement national), il veut faire du pouvoir d’achat des Calédoniens une priorité, avec un plan de relance de 100 milliards de francs.

3La participation scrutée

Après la très forte abstention à la présidentielle, où près des deux-tiers des Calédoniens ne sont pas allés voter, ces législatives mobiliseront-elles les électeurs ? En 2017, la participation est restée très faible, au premier tour des législativesavec seulement un électeur sur trois qui s'est rendu aux urnes. Bien qu’il s’agisse d’un scrutin national, les indépendantistes invitent cette fois leurs électeurs à se mobiliser, contrairement à la dernière présidentielle. Sans parler de l'appel à non-participation au dernier référendum. Les résultats de dimanche diront si leurs consignes ont été suivies à la lettre.

4Pari risqué côté loyalistes

Ces législatives redessinent les alliances au sein de la famille non indépendantiste. En faisant cavaliers seuls, sans leurs anciens alliés de l’Avenir en confiance, Virginie Ruffenach et Thierry Santa, candidats dans la première et la seconde circonscription, mesureront le poids que pèse encore le Rassemblement-LR, issu de l’historique Rassemblement pour la Calédonie dans la République. Un pari à double tranchant, pour ce parti qui fut longtemps un poids lourd dans l’arène politique locale.

Autre parti dont l’avenir pourrait se jouer à ces législatives : Calédonie ensemble. Avec le retrait du député Philippe Gomès de la vie politique, Philippe Dunoyer porte sur ses épaules la représentation de son parti dans les instances calédoniennes. Son alliance avec d’autres élus de la majorité présidentielle peut lui offrir un avantage numérique en termes de voix. Mais ce rapprochement entre anciens "frères ennemis", tels que Nicolas Metzdorf, candidat Ensemble ! de la seconde circonscription, ou des proches de Sonia Backès, sera-t-il compris par les électeurs ? De même, le potentiel de Nicolas Metzdorf, l’enfant de Poya, à incarner la Brousse calédonienne sera, lui aussi, mis en jeu, bien au-delà, cette fois, de sa commune de La Foa, où il a été élu maire en 2020.


5Un seul député indépendantiste en 77 ans

Du côté des indépendantistes, voilà longtemps qu'accéder au Palais Bourbon est une gageure. Depuis que la Nouvelle-Calédonie occupe un siège à l’Assemblée nationale, en 1945, grâce à son statut de territoire d’Outre-mer, les Calédoniens n’ont élu qu’un seul député indépendantiste (Roch Pidjot, de l’Union calédonienne) pour les représenter à Paris. Il faut dire que le découpage en deux circonscriptions par le ministère de l’Intérieur que dirigeait Charles Pasqua, en 1986, ne joue pas en leur faveur. Surtout dans la première circonscription où les voix des Loyaltiens, majoritairement indépendantistes, se retrouvent diluées avec celles des Nouméens, davantage loyalistes. Depuis cette date, plus aucun candidat favorable à l’indépendance n’a été élu député.

Si leurs chances de se qualifier pour le second tour dans la première circonscription sont peu probables, malgré une campagne unitaire derrière la candidature de Wali Wahetra (FLNKS), l’enjeu est plus fort dans la seconde circonscription, où de nombreuses communes de l’intérieur sont acquises au vote indépendantiste. On se souvient de la performance de Louis Mapou, au premier tour de 2017. Le candidat de l’Uni est arrivé devant Philippe Gomès (Calédonie ensemble), avant d’être finalement battu par le député sortant au second tour. Un bémol cette fois, l’absence d’unité des indépendantistes dans la seconde circonscription, avec la candidature de Muneiko Haocas (MNIS), malgré celle de Gérard Reignier (FLNKS).

6Le coup de (dé)gel

Qui pourrait voter au référendum de projet, dont il est question pour juin 2023, et aux prochaines provinciales, qui devraient intervenir en 2024 ? Un corps électoral aussi ouvert que pour les élections nationales (dont ces législatives), ou toujours restreint à une partie des inscrits de la liste générale ? Ce sujet aussi clivant que persistant a repris une place de premier plan dans les argumentaires politiques après le troisième référendum. Estimant que l’Accord de Nouméa est terminé, les loyalistes en appellent à la fin du gel. Pour le FLNKS, il n’en est pas question.

Et ce vif débat s’avère un enjeu à lui tout seul de la campagne législative. Au point qu’il a motivé la présence d’Antoine Gil dans la première circonscription : le président du Mouvement des citoyens français en Nouvelle-Calédonie se veut "le candidat des exclus". Le sujet figure au premier plan dans de nombreux programmes. L’association Un cœur une voix a même incité les candidats à se positionner en la matière. Elle milite "pour la défense des quelque 40 000 résidents" inscrits sur la liste générale mais qui ne peuvent pas prétendre à figurer sur la liste spéciale provinciale. A la clé, le vote de ces milliers d’électeurs aux législatives.

7 L’effet Covid

"Contre l’obligation vaccinale" : la mention figure sur le programme de Jérémy Simon dans la première circonscription. Une personnalité de la mobilisation anti-vax et vaccino-sceptique lors de la crise Covid en Nouvelle-Calédonie. De même que Joannès Ititiaty qui s’est également porté candidat à la députation, dans la seconde. Cette contestation toujours sous-jacente a un effet ricochet sur les échéances électorales. Comme pour les présidentielles, de nombreux candidats sont susceptibles de capter le vote d’électeurs opposés à la vaccination anti-Covid, et critiques quant à la gestion de la crise sanitaire.

Le Rassemblement national et notamment Guy-Olivier Cuénot, qui s’est impliqué sur ces sujets durant la crise sanitaire, portent dans leur programme l’abrogation du pass vaccinal et des "mesures discriminatoires associées". Véronique Pagand, dans le sillage de Nicolas Dupont-Aignan et son mouvement Debout la France !,  prône la "suppression définitive de tout passe sanitaire ou vaccinal". D’où cette question : quel poids de ce vote spécifique en nombre de voix, et quel impact d’une éventuelle dispersion de ces bulletins sur les résultats des candidats plus "installés" ?