Usine du Sud : déblocage du port, blocage de mairies, suspension partielle de la mobilisation

nickel mont-dore
Mobilisation autour du dossier Usine du Sud, situation du jeudi 19 novembre
©NC la 1ere
L'actualité sur le dossier Usine du Sud, c'est, ce jeudi, le déblocage du port autonome de Nouvelle-Calédonie, sans que la situation ne semble pour autant revenue à la normale. Le blocage des mairies au Mont-Dore et à Païta. Mais aussi un allègement de la mobilisation, notamment à la mine de Goro.

[MISE A JOUR AVEC GOUVERNEMENT]

Le gouvernement «favorable à l'organisation urgente d'une table ronde»

S’agissant du rachat de l’usine du Sud, le gouvernement calédonien l’annonce ce soir dans un communiqué : il «est favorable à l’organisation urgente d’une table ronde rassemblant l’ensemble des parties concernées pour renouer le dialogue en vue de préserver les emplois et dans l’intérêt de tous les Calédoniens».
Par ailleurs, il «souhaite la poursuite des travaux engagés dans le cadre du cycle de travail Nickel.nc, destiné à éclairer les futurs débats politiques sur l’élaboration d’une stratégie industrielle». Gouvernement qui tenait ce jeudi un séminaire de réflexion et de travail.
 

Le collectif «surseoit sa mobilisation»

Ce jeudi, pas d’arrêt des unités de production, à Vale Nouvelle-Calédonie. C’est ce que craignait le comité d’entreprise, car l’usine n’était plus approvisionnée en minerai depuis une semaine, en raison des blocages. Mais jeudi matin, le collectif Usine du sud = usine pays rouvrait temporairement les accès à la mine.
Prosper Digoué, membre du collectif de Yaté, joint par Claudette Trupit :

Prosper Digoué et le blocage de Vale

Dans un communiqué diffusé à la mi-journée, le collectif «réuni [mercredi] soir en assemblée générale, informe la population de sa décision […] de surseoir sa mobilisation en allégeant son dispositif sur quelques points stratégiques». Cette suspension concerne :
  • «la mine de Goro, pour préserver l’outil de production»;
  • «le port autonome, pour ne pas servir d’alibi et répondre aux difficultés de nos entreprises déjà très fragilisées»;
  • «les axes routiers».

On a décidé de permettre aux gens qui travaillent sur mine d’alimenter l’usine, en petites équipes. 

- Prosper Digoué, membre du collectif de Yaté

Le communiqué entier : 

Le port autonome débloqué

En fin d'après-midi, le port autonome de Nouméa se trouvait entièrement rouvert et débloqué. Vers 16 heures, les restrictions d’accès qui persistaient ont été dégagées par les manifestants.
Depuis une semaine, ses accès terrestres étaient en partie fermés par des containers et un piquet du collectif Usine du Sud = usine pays. Ce jeudi matin, les forces de l'ordre sont intervenues, comme le gouvernement l'avait demandé la veille à l'Etat. Mais durant un temps, une voie est restée bloquée et l’accès à la société Unitrans a été entravé. Une situation dénoncée en milieu d'après-midi par des acteurs économiques rassemblés au Medef.

Un reportage de Laurence Pourtau et Laura Schintu :
  

La mairie du Mont-Dore fermée 

Tôt, jeudi matin, de nouvelles actions étaient initiées par le collectif et l'Ican. Aux environs de 5 heures, l'accès à la mairie du Mont-Dore a été bloqué à Boulari. Quelques dizaines de militants se sont postés devant l'hôtel de ville. Essentiellement des habitants de Saint-Louis, l'île Ouen et Yaté.

Le reportage de Mathieu Ruiz Barraud :

Mairie du Mont-Dore bloquée

Une mobilisation symbolique, dans la lignée des différentes actions menées cette semaine pour défendre la reprise de l'usine du Sud par le consortium Sofinor-Korea Zinc. Rappelons que le complexe industriel du Grand Sud se trouve en partie sur le territoire communal du Mont-Dore. Selon l'Ican, l’inquiétude porte aussi sur l’impact environnemental du projet de reprise par le consortium impliquant Trafigura.
 
Usine du Sud : blocage à la mairie du Mont-Dore, 19 novembre 2020
Vers 8 heures, jeudi matin, à Boulari. ©Françoise Tromeur / NC la 1ere
 

On a demandé que Korea Zinc envoie ses experts, mais on a demandé que des experts indépendants viennent aussi pour que nous, la population, soyions au courant. Je suis de l’île Ouen, juste à côté [de l'usine]. S’il y a des dégâts environnementaux, nous allons subir. Ils parlent beaucoup de trois mille emplois, mais ils ne parlent pas des emplois qui ne dépendent pas de la mine, autour.

- Désiré Tein, Ican et collectif

  

Les services à l'arrêt une journée

La municipalité du Mont-Dore a choisi de jouer l’apaisement, et de fermer pour la journée les services municipaux (mairie, mairie annexe, services techniques et d'animation). Seuls les pompiers et la police municipale assuraient leurs missions, de sécurité et de secours. Ce blocage n'a pas eu d’impact sur la circulation. Mais le conseil municipal du Mont-Dore prévu le soir a été annulé et reporté à une date ultérieure. Eddie Lecourieux, le maire, estimait qu’il ne pouvait pas se dérouler dans des conditions sereines. 
 

Je ne souhaitais pas entrer en conflit avec les personnes qui étaient là, parce qu’on se connaît. Et demain, je ne veux pas à ce qu’on ait à se regarder de travers parce qu’il y a eu un conflit. On préfère laisser les gens devant la mairie et quand ils décideront de partir, ils partiront. Je ne veux pas que demain, les Mondoriens paient une politique offensive d’un maire. 

- Eddie Lecourieux, maire de Mont-Dore

  

La mairie de Païta bloquée aussi

A Païta, c'est vers 4h30 jeudi que des membres du collectif Usine pays ont pris place devant la mairie, dont les accès ont été fermés. Collectif qui a demandé à discuter avec le maire, Willy Gatuhau, devant le point de blocage. Celui-ci a refusé, préférant un dialogue dans l’enceinte de l'hôtel de ville, dont il demandait la réouverture.

Le compte-rendu de Loreleï Aubry et Cédric Michaut :
  
Blocage Ican et collectif Usine pays, mairie de Païta, 19 novembre 2020
A hauteur de la mairie de Païta, le matin du jeudi 19 novembre. ©Loreleï Aubry / NC la 1ere
 

Annonce de fermetures

D'autres mairies seront fermées demain, vendredi. Mais cette fois en solidarité avec la mobilisation du collectif Usine du Nord = usine pays, qui prendra la forme d'un rassemblement à Ko we Kara.
C'est le cas de la mairie de Hienghène (fermeture du dock municipal, des services administratifs, de l'office du tourisme) - avec ouverture des écoles et maintien des agents à leurs postes dans le établissements scolaires.
Exceptionnellement fermée, également, la mairie de Ponérihouen. «Par conséquent, la cantine et le ramassage scolaire ne seront pas assurés», précise un communiqué. Mais «un service minimum est assuré et joignable par téléphone au 72 74 04, 78 85 32 et 75 87 14». Ou encore la mairie de Ouégoa (service minimum en appelant le 75 57 39).
 

L'invité de la matinale

Rappelons que la période de négociation exclusive entre Prony Resources et Vale a débuté le 5 novembre et se termine le 4 décembre. Prony Resources et la Sofinor se livrent actuellement à une certaine bataille de communication, pour défendre leur projet respectif de reprise. L’invité de notre matinale radio était jeudi Ulrich Reber, en charge du projet Sofinor-Korea Zinc.

IDLM, Ulrich Reber, Sofinor (extrait)

 

La vision d'un spécialiste

A retrouver également, cette évocation du contexte calédonien, et plus précisément du Suisse Trafigura, par Philippe Chalmin, économiste français des matières premières.
 

Parole de sous-traitants

 «Nous ne prenons aucun parti pour tel ou tel projet», pose Robert Atiti, au nom du GIE des entreprises de Yaté et de la SAS Goro Mines. Les deux entités sous-traitées par Vale NC appellent le dialogue de leurs vœux, pour que l’interruption d’activité ne dure pas plus que cette semaine passée de blocage. «Il est de notre devoir de responsables d’entités économiques et communautaires d’assurer la survie de nos structures et le bien-être des familles concernées», ont-ils plaidé cet après-midi, à Ducos. 
Robert Atiti, président du GIE Yaté, au micro de Christian Favennec :
 

Rassemblement national

Au chapitre des réactions politiques, celle du Rassemblement national. Dans un communiqué adressé ce matin, Alain Descombels, secrétaire fédéral local, «demande aux Calédoniens français en Nouvelle-Calédonie de rester vigilants et prêts à manifester notre volontéé et détermination pour ne pas se faire spolier socialement et économiquement par des trublions qui n’ont aucune légitimité́ pour nous imposer leur dictat».
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