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Raphaël Elizé, "le métis de la République", premier maire antillais de l’hexagone

Trois ministres rendront hommage mardi soir à Paris au premier maire d'origine antillaise de l’hexagone, le Martiniquais Raphaël Elizé, à l’occasion de la projection d’un documentaire lui étant consacré, au ministère des Outre-mer. 

Raphaël Elizé, à son bureau à Sablé-sur-Sarthe © DR
© DR Raphaël Elizé, à son bureau à Sablé-sur-Sarthe
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, Kader Arif, ministre délégué chargé des anciens combattants et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, seront présents mardi soir rue Oudinot pour un hommage à l’ancien maire de Sablé-sur-Sarthe, le Martiniquais Raphaël Elizé, dans le cadre du cycle de commémoration des anniversaires des deux Guerres Mondiales.
 

Premier maire antillais de l’hexagone

A cette occasion sera projeté le documentaire de Philippe Baron, « Le métis de la République », sorti en octobre 2013 et déjà diffusé sur France 3 et Martinique 1ere. Cet excellent film, auquel l’acteur Philippe Torreton prête sa voix, revient de manière détaillée sur le parcours du premier maire antillais de l’hexagone, et deuxième maire noir de France après Severiano de Heredia en 1879.
 
Né en 1891 à Saint-Pierre en Martinique, vétérinaire de formation, Raphaël Elizé arrive à Sablé-sur-Sarthe avec son épouse Caroline, martiniquaise elle aussi, en octobre 1919. C’est le premier vétérinaire à s’installer dans la région, et de plus le seul Noir à Sablé. C’est une double révolution, sociale et médicale, notamment face aux pratiques traditionnelles des habitants qui utilisent des rebouteux pour soigner les animaux.
 
Immédiatement très actif dans la vie locale, il gagne rapidement la confiance des gens, en dépit de quelques manifestations de racisme. Raphaël Elizé impressionne son entourage par son statut et sa vaste culture. Il est passionné de musique classique (Bach, Mozart, Schumann) ainsi que d’art et de lettres (particulièrement le poète Rainer Maria Rilke qu’il lit dans le texte allemand) et de photographie. Il réalise durant ses loisirs des photos d’art qu’il développe lui-même.

 
Raphaël Elizé © DR

Féru de politique

Il est aussi féru de politique. Membre de la SFIO, ancêtre du Parti socialiste, il s’implique à fond dans la vie locale. En 1929, il devient maire. Dans son discours d’investiture, il déclare : « On n’a pas besoin pour être un bon maire d’avoir de grandes lumières, une suite d’ancêtres illustres, ou beaucoup de fortune. Il suffit d’avoir de la probité, du bon sens, un caractère conciliant et ferme, et la volonté de bien remplir sa charge. » Transmis aux candidats des municipales 2014 !
 
Durant sa mandature, Raphaël Elizé ouvre une école, une pédiatrie, une maternité, une maison du peuple pour les syndicats, et fait construire la première piscine de l’Ouest de la France, pouvant accueillir des compétitions sportives.
Il est réélu en 1935 et sera la même année l’un des représentants de la France en Martinique à l’occasion de la commémoration du tricentenaire des Antilles (1635 – 1935).
 
Mais la guerre arrive, et le maire d’origine martiniquaise est mobilisé en 1939 comme officier de réserve avec le grade de capitaine. Démobilisé en août 1940 après la reddition de la France, il rentre dans sa commune occupée. La Kommandantur lui indique alors par lettre « qu’il est incompréhensible pour le commandement allemand, et pour le sens du droit allemand, qu’un homme de couleur puisse revêtir la charge d’un maire ». Le texte ajoute : « De même, il est insupportable à l’administration militaire et à l’armée allemande de reconnaître comme maire en territoire occupé un homme de couleur ni de discuter avec lui. » Le préfet collaborationniste de la Sarthe le destitue.
 

VIDEO : Extrait du film « Le métis de la République », de Philippe Baron

raphael elizé
 
Au printemps 1943, Elizé rejoint la Résistance. Sa connaissance de l’allemand lui permet de glaner de précieuses informations. Mais son groupe est démantelé en septembre de la même année. La Gestapo l’arrête. Il est emprisonné à Angers puis déporté à Buchenwald en janvier 1944. C’est un prisonnier politique, matricule 40490.
 
En février 1945, à quelques semaines de la libération, il meurt sous les bombardements alliés des usines du camp de concentration. Il est âgé de 54 ans. Son épouse martiniquaise, Caroline, ne lui survivra pas longtemps. Elle décède un an plus tard, dévastée par la perte de son mari.
 
Avec de nombreuses images d’archives, le documentaire de Philippe Baron explore l’itinéraire de la famille mulâtre de Raphaël Elizé, depuis son arrière grand-mère Elise (d’où le nom Elizé) née esclave puis affranchie. Le film comporte de nombreux témoignages de neveux et nièces, d’anciens habitants de Sablé, d’historiens et d’essayistes comme Pap Ndiaye, Dominique Chathuant et François Durpaire.
 
On revient avec émotion dans l’appartement d’Elizé Place de la République à Sablé-sur-Sarthe, et le réalisateur prend soin de contextualiser son travail en donnant les informations nécessaires à la compréhension de le France rurale des années vingt et de la période de l’entre-deux guerres. 

Ce film passionnant sera diffusé sur Polynésie 1ere le 3 février à 23h, sur Guadeloupe 1ere le 10 à 20h05, et sur France 3 Paris Ile-de-France le 15 février à 15h20.


« Le métis de la République », de Philippe Baron – Poischiche Films – octobre 2013, 52 mn. Commander ce documentaire ici

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