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Six Guadeloupéens au départ de la Route du Rhum : un record

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skippers Route du Rhum Guadeloupe
Les six skippers de Guadeloupe engagés dans cette 10ème Route du Rhum ©David Ponchelet
La dixième édition de la Route du Rhum Destination Guadeloupe est celle de tous les records : 91 skippers seront au départ de Saint-Malo dimanche. Du jamais vu non plus : la participation de six skippers guadeloupéens. Le signe d’une profonde évolution sportive et politique.

Historique

Il est loin le temps des pionniers guadeloupéens de la Route du Rhum.

En 1990 et 1994, Claude Bistoquet fait figure d’exception. Il est alors le premier et le seul originaire des Antilles à se lancer dans l’aventure du Rhum, avec les moyens du bord et des fortunes diverses.
En 1998, Victor Jean-Noel prend le relais, mais, comme Bistoquet avant lui, il n’atteint pas l’arrivée, contraint à l’abandon. Seul Luc Coquelin, Guadeloupéen d’adoption, parvient jusqu’à Pointe-à-Pitre.
 En 2002, Claude Thellier et Luc Coquelin sont les représentants de la Guadeloupe sur la ligne de départ de Saint-Malo. Tous deux seront à l’arrivée.
 En 2006, Luc Coquelin et Claude Thellier récidivent, rejoint par Philippe Fiston.
Willy Bissainte Route du Rhum 2010
Willy Bissainte en 2010 sur la Route du Rhum ©AFP
En 2010, les Guadeloupéens montent en puissance. Ils sont cinq au départ. Philippe Fiston et Luc Coquelin sont rejoints par trois néophytes : Jimmy Dreux, Willy Bissainte et Christine Montlouis. Tous arriveront dans leur île, à l’exception de la Guadeloupéenne, contrainte à l’abandon très tôt dans la course.
 

Le record 2014

Avec six Guadeloupéens, l’édition 2014 de la Route du Rhum bat donc un record. Cliquez sur la photo interactive ci-dessous pour découvrir les noms des skippers et lire les portraits réalisés cette semaine à Saint-Malo.

Leur nombre constitue un record, mais il sont inscrits dans deux des cinq catégories de bateaux (Class 40 et Rhum) qui ne sont pas les plus médiatiques. Les Ultimes, les Multi 50 et les Imoca sont davantage scrutés par le public et les médias. 
 

Changement d’époque

Au-delà du nombre record, c’est la diversité des profils de ces marins guadeloupéens qui montre une véritable évolution : si Dominique Rivard et Willy Bissainte revendiquent leur statut d’amateurs éclairés (même s’ils ont des ambitions sportives), Rodolphe Sepho et Philippe Fiston ont des projets qui sont à mi-chemin - pour des raisons différentes - entre les amateurs et les professionnels. Pour sa troisième participation, Philippe Fiston, sur son "Ville de Sainte-Anne" ne cache d’ailleurs pas son ambition de rivaliser avec les meilleurs. Avec un vieux bateau et un budget très serré, Rodolphe Sepho poursuit un autre objectif : une première participation pour découvrir la course et tenter de montrer ses qualités, avec en ligne de mire le Rhum 2018 où il rêve de s’aligner sur un multicoque.
 

Nicolas Thomas, symbole de la nouvelle génération

Reste Nicolas Thomas, 24 ans, le premier skipper professionnel guadeloupéen engagé dans la Route du Rhum. La différence avec ses concurrents ou ses devanciers, c’est que le Saintois a suivi la formation professionnelle Guadeloupe Grand Large, qui vise précisément à faire émerger des jeunes skippers de talent et à leur donner les moyens de gagner. Après avoir été sélectionné pour la course,  il a suivi un vrai entraînement de professionnel et il dispose d’un bateau ultra compétitif, capable de rivaliser avec les meilleurs des Class 40.
 

Volonté politique

La filière Guadeloupe Grand Large a été créée dans le cadre du plan de développement du nautisme de la Région Guadeloupe. "Cela fait huit ans que nous avons engagé cette politique", explique Victorin Lurel, présent à Saint-Malo, "Nous avons six skippers cette année, il faut en avoir le double dans quatre ans ! "
 

Pression ?

Reste à savoir comment le jeune Guadeloupéen va gérer la pression qui découle de ce statut à part, parmi les Guadeloupéens du Rhum. Il y a quelques jours, il s’avouait un peu stressé, reconnaissant qu’il avait hâte de se retrouver sur l’océan ! L’un des grands artisans de la filière Guadeloupe Grand Large, Luc Coquelin, estime qu’il ne faut pas mettre la pression à Nicolas Thomas : "Il fera le mieux possible, je le sais. Il faut lui laisser le temps de découvrir et d’acquérir de l’expérience". Même tonalité chez Victorin Lurel : "Quel que soit son résultat, c’est une bonne chose. Le temps des pionniers est passé, celui des professionnels arrive, mais il faut de la patience".
 

Querelle des anciens et des modernes ?

Face à cette professionnalisation progressive, certains estiment qu’il ne faut pas pour autant jeter aux oubliettes les pionniers de la voile guadeloupéenne. C’est le cas de Willy Bissainte : "Aujourd’hui, un travail important est fait. L’esprit est bon, mais il ne faut pas oublier ce qui s’est fait avant. Si des nouveaux projets voient le jour, c’est aussi grâce aux pionniers, qui ont ouvert la voie, tracé la route." Willy Bissainte voudrait que les pionniers soient davantage associés aux nouveaux projets, pour faire profiter de leur expérience.
Willy Bissainte
©DP
 

2018 : un Guadeloupéen chez les très grands ?

Aujourd’hui, la voile est un milieu dans lequel les projets ne se bâtissent plus à la dernière minute. Pour préparer une Route du Rhum ou un Vendée Globe dans de bonnes conditions, il faut au minimum s’y prendre deux ou trois ans avant l’échéance. Pour avoir une chance de voir un skipper de Guadeloupe sur un des multicoques géants qui tiennent le haut du pavé sportif et médiatique, les projets devront donc se monter très rapidement après cette dixième édition. Mais les budgets sont colossaux, ils se comptent en centaines de milliers d’euros. "Avoir un bateau comme Spindrift 2 (NDLR: le plus grand trimaran de la course qui mesure 40 mètres), vous croyez que ça coûte des prunes ?" s’exclame Victorin Lurel, "Etre dans la classe Imoca (les monocoques du Vendée Globe) ou chez les multis en 2018, on le souhaite… Mais la région Guadeloupe ne portera pas ça toute seule."
 
En attendant, pour les six marins de Guadeloupe engagés dans cette dixième édition, il reste un océan à traverser. De leur résultat dépendra en grande partie l’avenir et la présence guadeloupéenne dans la Route du Rhum 2018.
Le départ à suivre en direct sur la1ere.fr !
Le départ de la Route du Rhum, dimanche 2 novembre à 14h (heure de Paris), sera retransmis en direct sur la1ere.fr avec un suivi minute par minute des réseaux sociaux pour accompagner les images de France 3 Bretagne et de France Ô.
Rendez-vous dès 12h30 sur la1ere.fr ! 
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