8 mars : ingénieure dans le spatial, la Réunionnaise Erika Velio encourage les petites filles à viser la lune

journée internationale des droits des femmes
Erika Velio
Grâce à son travail, Erika Velio, ingénieur et mère de famille, permettra à une femme de marcher sur la lune en 2024. ©Erika Velio / Outre-mer la 1ère

Aux Pays-Bas, Erika Velio élabore la capsule qui enverra la première femme sur la lune en 2024. Dans une lettre adressée aux petites filles nées ce 8 mars, cette brillante ingénieure réunionnaise rêve "que les droits des femmes grandissent aussi rapidement que nous en apprenons sur l’univers".

A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, le ministère chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes a demandé à environ 70 d'entre elles d'écrire une lettre aux 1000 petites filles qui vont naître ce 8 mars (moyenne des naissances quotidiennes en France). C'est l'opération "1000 possibles" à laquelle a souhaité participer Erika Velio, "rocket scientist" comme la surnomment ses amis en raison de sa passion pour les sciences et le spatial. Modèle de femme battante, la Réunionnaise relève les défis à tour de bras.

Marrainage

Erika Velio espère pouvoir un jour rencontrer les parents de la petite fille qui recevra sa lettre, pour rester en contact avec elle. Ce témoignage rendu publique aujourd'hui par la ministre Élisabeth Moreno, c'est celui d'une Réunionnaise reconnaissante des progrès réalisés au cours des siècles, car ils lui ont permis de gravir les échelons, depuis Saint-Paul dans l'ouest de l'île Bourbon jusqu'aux voyages dans l'espace, auxquels elle contribue.

C'est aussi le constat que beaucoup reste à faire en matière d'égalité, aussi bien dans le domaine professionnel que dans la sphère privée. Érika Velio se félicite cependant : lorsque cette petite fille à qui elle écrit sera en âge de travailler, "on aura développé des choses qui lui permettront d’acquérir des droits et continuer à pousser les murs pour améliorer la vie de la femme dans cette société."

Un modèle de réussite

Ses débuts dans la spatial, Erika les fait sur le programme de vol de la fusée Ariane 5. Elle travaille alors au CNES, sur le cerveau qui définit la trajectoire de la fusée lorsqu'on va placer un satellite en orbite autour de la terre). "Arianespace m’a contactée pour un poste en région parisienne et en Guyane et je suis devenue responsable qualité du suivi de production des étages des fusées."

Entre 2012 et 2016, la Réunionnaise arpente régulièrement le centre spatial de Kourou : elle devient cheffe d'équipe de campagne de lancement et part vivre en Guyane. Une expérience extraordinaire, “proche du matériel, du lancement, avec des montées d'adrénaline en permanence”. Une nouvelle opportunité va ensuite s'offrir à Erika en 2017 : "j'ai quitté Arianespace pour Airbus Defence and Space aux Pays-Bas où je travaille sur des capsules pour envoyer des astronautes dans l’espace, des satellites de télécommunication ou de navigation."

Erica Velio
Erika Velio en compagnie d'un astronaute américain aux Pays-Bas. ©Randolph Bresnik

Actuellement, je travaille sur la fabrication d’une capsule qui embarquera une équipe d’astronautes dont la première femme qui marchera sur la Lune en 2024. Tu auras 3 ans. Il y a peu, nous avons fait atterrir un rover appelé Persévérance sur Mars pour en savoir plus sur cette planète. Dès l’âge de 10 ans, tu en sauras plus que moi sur la composition de notre galaxie et l’existence de la vie ailleurs.

-- Extrait de la lettre d'Erika Velio


À cette "jeune fille" qui naît aujourd'hui et qu'elle interpelle, la Réunionnaise explique son métier d'ingénieure dans le domaine de l'aérospatial dans la région d'Amsterdam. Elle se dit heureuse de travailler, en tant que femme, sur un projet qui permettra à une autre femme "d'être la première à faire quelque chose". Dans ce cas, marcher sur la lune, rien que ça. "Je suis la seule femme de l’équipe", dit-elle dans un éclat de rire, avant de nuancer : "aux Pays-Bas, il y a quand même un peu plus d’équilibre en termes de nombre de femmes et d’hommes au niveau du management dans la compagnie, mais néanmoins, on n’est pas si nombreuses que cela."

Erika Velio
Erika et ses collègues d'Airbus aux Pays Bas (avant l'épidémie de Covid-19...) ©Randolph Bresnik

Des défis dès l'enfance

Être une femme qui travaille dans le monde du spatial n’est pas facile. Être une femme tout court non plus : nos lois sont archaïques et n’intègrent pas assez la position des femmes actives et polyvalentes dans la société. Il y a encore un manque d’équité et d’égalité entre les femmes et les hommes.

-- Extrait de la lettre d'Erika Vielo


Née dans la commune réunionnaise du Port, Erika Velio a grandi à la Plaine Saint-Paul. Enfant, elle a déjà l'âme d'une scientifique : "je posais beaucoup de questions à mes parents, à mes  professeurs de sciences physiques, sur ce qui nous entoure et ce qui est même au-delà de la planète terre." Elle obtient son bac à 17 ans, mais préfère attendre la majorité pour quitter son île natale.

La jeune femme convainc alors ses parents de la laisser poursuivre des études dans l'Hexagone, à près de 10 000 km de là. "J’ai fait tous mes papiers et je me suis inscrite à l’université à Montpellier. Je suis partie grâce à la mobilité de La Réunion, du Département et de la Région, j’ai bénéficié du passeport mobilité pendant toutes mes études et j’étais boursière", détaille celle qui, tous les ans, rentrait auprès de sa famille.

Des parents inspirants

Dans sa tête alors, et encore aujourd'hui, une phrase prononcée par son père, qui la motive et la fait toujours sourire : "tu ne peux pas devenir mécanicienne, tu n’es qu’une fille". Elle aura à cœur de changer la vision de son père, sa vision du monde. "Il avait l’idée que la femme et l’homme ne pouvaient pas avoir le même rôle dans la société, se souvient-elle. Il avait juste fait cette erreur. Enfant, j’ai voulu lui dire par mes mots, mais mes mots ne suffisaient pas, alors c'est mon parcours qui a vraiment été impulsé par cette phrase." 

A Montpellier, Toulouse puis Paris, Erika étudie, multiplie les cursus, les compétences, de la chimie des matériaux au management, engrange de l'expérience. Bien détérminée à prouver à son père qu'il se trompe : "à travers mes études (…) j’ai voulu démontrer à mon père que si je ne suis qu’une fille et que je ne peux pas avoir les mains sales en faisant de la mécanique, alors je vais étudier pour fabriquer les plus gros engins qui existent et dans ces plus gros engins, je suis arrivée aux fusées et aux satellites."

Au final, loin d'être un frein, ce père à la vision traditionnelle de la famille, est un moteur - et même un modèle de saine réussite - pour sa fille. Mécanicien, il finit par créer et gérer avec succès sa propre entreprise. "Il m’a donné l’image du travail, analyse-t-elle. Plus on travaille, plus on atteint ses objectifs."

Mère célibataire

A La Réunion, le modèle familial est donc traditionnel : un père, chef de famille qui tient le cordon de la bourse, et une mère, femme au foyer qui montre à sa fille que "l’amour est indispensable pour l’accomplissement et l’épanouissement de ses enfants." "Ma mère est issue d’une famille de cinq six frères et sœurs. Les filles restaient à la maison, les garçons allaient à l’école, les filles faisaient le ménage. Ma mère nous a déjà sortis de ce schéma (…) Elle m’a vraiment poussée à étudier, et c’est elle qui tous les matins m’emmenait à l’école."

A 39 ans, Erika Velio concilie son travail d'ingénieure et cheffe d'équipe (à temps partiel) et sa propre vie de famille. Mère célibataire de deux enfants, "un garçon et une fille", elle a à cœur de leur donner une éducation plus moderne : "Je leur montre que la femme a une place légitime dans la société. Mon fils, je l’éduque pour apprendre à respecter cela et prendre aussi part à la vie domestique à part égale." Elle encourage ses enfants, comme la petite fille à laquelle elle écrit aujourd'hui, à ne pas régresser vers des modèles familiaux dépassés, selon elle.

"Cette fille qui va naître fait aussi partie de ma famille : je lui parle comme si je parlais à ma propre fille. Moi-même comme je suis maman de deux enfants, j’élève mon fils et ma fille de manière à ne pas distinguer un rôle de femme ou rôle d’homme dans la société", explique-t-elle au bout du fil, convaincue que "la diversité est une force". Histoire que son parcours, ses succès et ses rêves d'un monde plus égalitaire et équitable ne soient pas vains.

Je fais le vœu que les droits des femmes grandissent aussi rapidement que nous en apprenons sur l’univers. Je continue à pousser les murs pour donner de meilleures perspectives à mes enfants. Je le fais aussi pour toi.

-- Extrait de la lettre d'Erika Velio

 

Retrouvez ici en intégralité la lettre d'Erika Velio