Comment des espèces d’Amérique du Sud ont pu se retrouver dans les Antilles, il y a des millions d’années ?

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Calcaires éocènes à Saint-Barthélemy où ont été découverts des restes d’Amblyrhiza
Calcaires éocènes à Saint-Barthélemy où ont été découverts des restes d’Amblyrhiza ©Laurent Marivaux

Des fossiles d’animaux terrestres originaires d’Amérique du Sud ont été retrouvés aux Antilles. Comment sont-ils arrivés là ? Selon des chercheurs, des terres ont émergé dans cette région puis ont disparu sous les flots pendant des millions d’années, permettant la migration.  

A Saint-Barthélemy, une équipe de recherche a fait une découverte fabuleuse : des restes d’Amblyrhiza. L’Amblyrhiza est un rongeur géant éteint, emblématique des Caraïbes. Les origines de ce rongeur remontent à plus de 35 millions d’années en Amérique du Sud. "Cette incroyable découverte a été effectuée sur des Calcaires éocènes renfermant des dépôts karstiques du Quaternaire", précise le CNRS dans un communiqué. D’autres fossiles de mammifères et de batraciens, qui ont donc leurs plus proches parents en Amérique du Sud ont également été découverts aux Antilles.

Mystère de la migration

A partir de la découverte des restes d’Amblyrhiza, une équipe de scientifiques du CNRS, de l’Université des Antilles, de l’Université de Montpellier et d’Université Côte d’Azur s'est demandée comment cette espèce venue d’Amérique du Sud avait-elle pu se rendre jusqu’à Saint-Barthélémy. A la nage ? Impossible. Plusieurs centaines de kilomètres séparent le continent sud-américain des Antilles. Grâce à des radeaux naturels sortis des fleuves en crue du continent ? Grâce à l’existence de ponts terrestres qui seraient aujourd’hui submergés ?

C’est cette dernière hypothèse que cette équipe de chercheurs a réussi à valider. Ces géologues, paléontologues et géophysiciens ont reconstitué la géographie du Nord des Petites Antilles sur les 40 derniers millions d’années. Et ce qu’ils ont mis en évidence est révolutionnaire. Selon eux, les mouvements des plaques tectoniques à la jonction entre les Petites Antilles, les Grandes Antilles et la ride d’Aves (une montagne sous-marine), ont plusieurs fois donné naissance à des archipels et des îles assez proches qui ont ensuite été englouties au cours du temps.

La mer des Caraïbes abriterait donc dans ces fonds des centaines d’Atlantides, cette île mythique submergée par les flots évoquée par Platon ? La découverte des chercheurs paraît vertigineuse. En plus des mouvements tectoniques, les chercheurs ont mis en évidence que les cycles glaciaires-interglaciaires depuis 1,5 millions d’années (époque du quaternaire) ont favorisé l’apparition et la disparition d’archipels. Lors de ces cycles qui ont duré en moyenne 100 000 ans, le niveau marin a baissé ou augmenté en fonction du stockage de l'eau au niveau des calottes glaciaires ou bien de leur fonte.

La ride d'Aves

La formation de ces archipels dans la mer des Caraïbes a donc pu permettre à des espèces venus d’Amérique du Sud de se rendre vers les grandes et petites Antilles. La connexion terrestre a pu être grandement facilitée par la présence dans la zone, de la ride d’Aves, aujourd’hui considérée comme une montagne sous-marine. L'ensemble de cette étude sera publiée dans le numéro de juin 2021 de Earth-Science Reviews.

Contexte géologique du secteur étudié (rectangle blanc), à la jonction entre la ride d'Aves, les Petites Antilles et les Grandes Antilles
Contexte géologique du secteur étudié (rectangle blanc), à la jonction entre la ride d'Aves, les Petites Antilles et les Grandes Antilles ©Cornée et al.

Les scientifiques du CNRS, de l’Université des Antilles, de l’Université de Montpellier et d’Université Côte d’Azur vont désormais étendre leurs recherches entre la Guadeloupe et l’Amérique du Sud pour reconstituer "la géographie passée de la totalité de la plaque Caraïbes". Ils entendent ainsi définir "plus précisément la nature des voies de dispersions des espèces terrestres entre les Amériques".