Coronavirus : après le Canada et la Nouvelle-Calédonie, l’industrie mondiale du nickel s'adapte à la tourmente

chronique économique
NICKEL
Matthew Chamberlain est le directeur-général de la Bourse des métaux de Londres (LME) ©Alain Jeannin
Les cours des métaux industriels évoluaient en ordre dispersé ce jeudi. Le cuivre et surtout le nickel ont été soutenus, depuis 48 heures, par l’annonce de réductions de production. Les mines et les usines ralentissent les unes après les autres, l’offre mondiale aussi.
Le Sénat américain a voté dans la nuit de mercredi à jeudi un paquet de 2000 milliards d’aides à l’économie. Ce chiffre dépasse celui qui avait suivi la crise financière de 2008. Plus de 3 millions d’Américains se sont inscrits au chômage en une semaine. Du jamais-vu depuis la crise de 1929.

Pour le moment, le nickel résiste
L’offre de nickel baisse et les prix ont résisté, mais ils ont fini par céder du terrain en soirée à Londres, aprés la publication des chiffres américains du chômage. Force est de constater que "la stratégie calédonienne", pour reprendre une expression désormais utilisée par les analystes à la City, se généralise. Elle permet, tout en préservant l’outil industriel, de protéger les travailleurs de la pandémie sur les sites de production. Les opérateurs produisant selon la stratégie qu’ils ont adoptée. Mais, cette stratégie ne peut agir sur les phénomènes économiques à un niveau global.

Ambatovy au ralenti
Après le Canada et la Nouvelle-Calédonie, à Madagascar le japonais Sumitomo a décidé de mettre en sommeil le complexe industriel Ambatovy Nickel, une mine et grande usine hydrométallurgique. L’instauration d’un couvre-feu et la suspension des transports dans le pays, a amené Sumitomo Corp, actionnaire majoritaire du projet, à suspendre la production. Une décision prosaïque, puisque de toute façon la demande mondiale de nickel et de cobalt pour les batteries des véhicules électriques est en berne. 

Raglan aussi
Après Vale, sur le grand site de Voisey’s Bay, Glencore a placé la mine de Raglan dans le Grand Nord Canadien - elle produit chaque année 1,3 million de tonne de minerai et 30.000 tonnes de concentré de nickel, en situation de confinement et de maintenance. Une décision déjà prise par Glencore pour l’usine du Nord et Vale pour l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie. Ailleurs, la production du zinc et du cuivre est dans la même configuration. Sumitomo et Glencore ont cessé l’extraction et baissé les feux en Afrique du Sud, en Bolivie et au Québec (Matagami).

Des échos du LME
A Londres, le négociant Marex Spectron a observé, jeudi, des achats importants de nickel, qu’il interprète comme étant une « couverture stratégique des consommateurs », sans plus de précision. S’agit-il d’une demande spéculative puisque les prix ont baissé ? Ou de l’attente d’une reprise de la demande en Chine, alors que l’offre mondiale se tend ? "La Chine préparerait un vaste programme de projets d’infrastructures, pour l’après-pandémie", indique l'une des trois notes quotidiennes du négociant en nickel. Et les analystes ont envie d’y croire, alors que le marché européen se réduit comme peau de chagrin. Le sidérurgiste allemand Thyssenkrupp a annoncé la suppression de 3 000 emplois au cours des six prochaines années…

Cours du nickel plateforme LMEselect (Londres) le 26/03/2020 à 17h30 GMT : 11.185 dollars/tonne -1,19 %, semaine -1,02 %