L’ex-athlète Betty Lise refait le grand saut en Martinique après 27 ans d’absence

portraits de sportifs rivière-salée
Betty Lise
La Martiniquaise Betty Lise avec les jeunes de l'Athletic Club Saléen.
Le temps n’a pas de prise sur elle. Sourire. Silhouette inchangée. Vingt-trois ans après son triple bond à 14 mètres 50, Betty Lise reste une compétitrice dans l’âme. De retour en Martinique depuis 2018, l’ex-triple sauteuse veut faire redécoller son département.
Merci qui ? Merci Alberto ! Alberto, l’époux de Betty Lise. Son tendre et cher est à l’origine du retour de la grande dame en Martinique. L’homme du déclic. À l’été 2015 durant des vacances estivales sur place, Alberto comprend que le paradis se trouve ici. Pas en région parisienne. Trop de grisailles là-bas. De stress. Pour rien. Alors qu’il y a le soleil en Martinique. Le décor. Un art de vivre aussi.

Afin de préparer ce retour dans les meilleures conditions, Betty Lise s’inscrit au concours de cadre territorial catégorie A. Cinq mille candidats. Trois cents retenus. Betty en fait partie. Coup de chapeau. Reste alors à trouver un poste. Et là surprise, il y a justement une place à pourvoir… à Rivière-Salée : "J’ai postulé pour le poste de directrice Culture et Sport dans la commune martiniquaise, confirme Betty. Durant l’entretien, j’ai laissé parler mon cœur. Je venais avec un projet. Après 27 ans dans l’Hexagone, j’ai hésité bien sûr. J’avais déjà évolué dans le tourisme, le développement économique et le social. Sans m’en apercevoir, je suis devenue une personne qui a envie de travailler pour les autres. J’occupe ce poste depuis février 2018. J’ai une équipe de treize agents formidables. Je travaille en concertation permanente."
 

Retour sur son île

La triple sauteuse revient vivre sur son île natale après une longue parenthèse hexagonale. Alberto, le mari se dit ravi. Betty aussi. Même si pendant tout ce temps, le département a souffert d’un certain immobilisme : "J'ai découvert des choses que je ne voyais pas lorsque j’y passais juste mes vacances. Je trouve la jeunesse en souffrance. Il faut lui proposer plus de débouchés pour qu'elle reste sur le territoire. Sans oublier l’augmentation inquiétante de l’obésité et des maladies cardio-vasculaires. C’est inquiétant. On se croirait parfois aux États-Unis. Mais le sport permet aussi de lutter contre la sédentarité et les maladies qui en découlent."

Heureusement Betty n’est pas du genre à baisser les bras. Si la Martinique n’a pas eu l’évolution qu’elle aurait dû connaître, il demeure des raisons d’espérer :

Je sens que c’est en train de bouger. Il y a un vent d’espoir. Beaucoup de jeunes ont pris conscience que la Martinique avait du potentiel. Comme j’aime à répéter : il ne faut pas attendre les opportunités ; il faut les provoquer.

 
Betty Lise
La Martiniquaise Betty Lise, sourire et détermination.
 

Elle a replongé dans la marmite athlétisme

En revenant en Martinique, Betty Lise, 47 ans a aussi retrouvé le chemin des stades. Pour transmettre. Pour remercier aussi. "En souvenir de tous ces profs d’EPS qui avaient impulsé à l’époque une dynamique extraordinaire." La Martiniquaise a proposé ses services à l’Athletic Club Saléen. Offre immédiatement acceptée. Depuis deux ans et demi, Betty s’occupe des jeunes du club : "Il y a beaucoup de filles. Très peu de garçons. Mais j’ai décelé des qualités énormes chez certaines. Sauf qu’on ne leur a pas inculqué l’éducation athlétique. À douze ou treize ans, il faut répéter ses gammes. Comme un pianiste. Mais ils progressent. Ils ont l’envie !"

L’athlétisme martiniquais souffre d’un manque cruel d’encadrants. À l’Athletic Club Saléen, il y a une centaines de jeunes licenciés. Cent jeunes pour seulement trois entraîneurs. Bien trop peu. Il faut engager un travail de formation. Structurer. Un défi qui plaît à la championne : "Si on ne le fait pas, on va continuer à se plaindre que tous les meilleurs s’exilent un jour ou l’autre. Nous devons également apprendre à faire GROUPE. Chacun s’entraîne trop dans son coin. Ce n’est enrichissant pour personne. Ouvrons-nous aux autres."
 

La clé : communiquer

Ainsi Betty n’hésite-t-elle pas à se rapprocher de Ketty Cham, sa voisine guadeloupéenne qui entraîne le hurdleur Wilhem Belocian. Histoire d’avoir un autre regard. D’autres perspectives. À moyen terme, elle rêve également de stages et d'échanges à Cuba ou à la Jamaïque. Terre d’athlétisme si proche des Antilles. Terre de partage.

Transmettre. Structurer. Développer. Et communiquer ! Voici la quatrième arme de Betty Lise. Communiquer et ainsi mettre en lumière Ludvy Vaillant, la nouvelle star de l’île. La directrice Culture et Sports de Rivière-Salée sait faire et veut faire savoir : "Lorsqu’il a terminé quatrième du 400 mètres haies des Championnats d’Europe à Berlin en 2018, j’ai organisé pour lui un accueil digne de ce nom à l’aéroport. Ludvy est un levier de communication extraordinaire pour la Martinique. Pourquoi s’en priver ? C’est un jeune champion très accessible. Il a un double projet (athlétisme de haut-niveau / kinésithérapeute) que nous devons pouvoir proposer à d’autres."
 
Betty Lise
Rare photo de Betty Lise du temps de sa carrière internationale de triple-sauteuse. "Ma carrière, j'en garde de très beaux souvenirs dans la tête. Mais pratiquement rien sur papier."
 

Encore plein de rebonds à venir dans les cartons

L’immobilisme ? Betty ne connaît pas. Pire que ça : elle le redoute. "Si je m’arrête, je suis comme un requin, je meurs." Alors elle avance. Toujours. Elle réfléchit. Agit. Propose. À la rentrée, elle fera partie d’une liste candidate à l’élection de la Ligue d’athlétisme de Martinique. Cette liste réunit des anciens et des nouveaux. Tous partagent une même abnégation et une volonté de revoir l'athlétisme martiniquais briller au plus haut niveau. Glaner aussi d'avantages de médailles aux Carifta Games.
Avec son nom, son expérience, imaginer Betty en future Présidente de l’athlétisme martiniquais n’a peut-être rien du fantasme. Quoique.

Ça va faire plus de 30 ans qu’une femme n’a plus été Présidente de la Ligue. C’était la grande Josette Augustin. Nous sommes quelques femmes dans un monde d’hommes. J’ai beaucoup de caractère. Je dis les choses.


Betty Lise dit les choses. Et avance un projet. Un projet qu’elle veut rassembleur. Sa priorité ? Faire de nouveau rêver les jeunes. "Il doit y avoir quelque chose comme 2 500 licenciés aujourd’hui en Martinique. Ils étaient 1 000 de plus, il y a quinze ans ! À nous de redonner son côté show à l’athlétisme. Faire des événements ponctuels avec de la musique. Et surtout redévelopper les compétitions. Au niveau local, puis international. Faire venir de grandes stars. Voilà ce qui fera briller les yeux de nos jeunes."

N’allez pas croire que les idées, les envies de Betty se limitent à l’athlétisme. La directrice Culture et Sport de Rivière-Salée rêve ainsi d’une administration repensée. Ni plus ni moins : "Lorsque je suis arrivée, mon directeur m’a dit que l’administration ne pourrait jamais aller aussi vite que moi. Sauf que je suis une femme de challenge. J’aimerais pouvoir organiser les services afin qu’ils soient plus performants à la fois pour les usagers et pour les agents. Je vais la vendre cette idée. J’y arriverai. Il faut vraiment d'avantage de bienveillance."

À la plus grande joie d'Alberto, son mari, Betty Lise a donc retrouvé la Martinique et son art de vivre. Cela n’empêche pas la championne d’avoir un emploi du temps surchargé. Entre son job de directrice à Rivière-Salée et les jeunes athlètes à encadrer au quotidien, Betty profite rarement du décor. Mais cela lui convient bien. Une façon de nourrir son esprit de compétition. Et tant pis si cela fait grincer certaines dents. "Nous avons des façons différentes de voir les choses parfois. Mais l'important reste que nous allions tous dans la même direction."
 
Betty Lise
Une photo rare : la Martiniquaise Betty Lise prend le temps de se ressourcer à Cœur Bouliki sur les hauteurs de Fort-de-France. ©Roberto


 
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