Recyclage : l'entreprise Dilo passe au "bouchon solidaire"

Georges Euzet, directeur d'exploitation Dilo Guyane présente le bouchon solidaire
En vertu d'une directive européenne entrée en application l'année dernière, l'entreprise Dilo a adapté son site de production pour passer au "bouchon solidaire" et accroître ses capacités de recyclage. La transformation de sa ligne pourrait occasionner des tensions sur l'approvisionnement mais l'entreprise se veut rassurante, estimant la reprise de la production au début de la semaine prochaine.

C'est un petit détail pour vous, mais pour Dilo ça veut dire beaucoup. Le producteur d'eau minérale guyanaise est en train de modifier toute sa chaîne de production pour passer au bouchon "solidaire", soit un opercule qui ne se détache pas du corps de la bouteille, permettant ainsi son recyclage.

Le passage à ce nouveau bouchon, plus léger d'environ 0,5 gramme, s'accompagnera d'économies sur la matière première.

"Un bouchon en plastique compte pour environ 10 % du poids total de la bouteille. Comme ça, ce n'est rien, mais sur 15 millions de bouteilles produites par an, c'est significatif. Cela va nous permettre d'accroitre nos capacités de recyclage"

Georges Euzet, directeur d'exploitation de Dilo Guyane.

Pour que ces mesures soient réellement efficaces, encore faudra-t-il que les collectivités améliorent les filières de tri des déchets et poursuivent le travail de sensibilisation auprès de leur population. Malgré des améliorations, en 2023, les Guyanais n'ont trié en moyenne que 21 kg d’emballages ménagers et papiers contre 58 kg, au niveau national, selon le bilan établi en décembre dernier par l'agence spécialisée Citéo.

Dans l'Ouest guyanais, où le tri des déchets est un véritable défi, des avancées ont été notables ces derniers mois, à l'image de l'ouverture de la de déchetteries à Apatou et Saint Laurent du Maroni où le début du tri à Maripasoula.

L'usine Dilo à l'arrêt pour maintenance

Directive européenne

D'un point de vue légal, ce changement permet à la société de se mettre aux normes européennes, avec quelques mois de retard. Depuis juillet 2024, les bouchons solidaires ont été rendus obligatoires pour l'ensemble des récipients plastiques de plus de trois litres, par l'entrée en vigueur d'une directive européenne adoptée le 5 juin 2019, et transcrite dans le droit national. Il s'agit du même texte qui a interdit les plastiques à usage unique.

Ce dispositif a toutefois été critiqué par l'association Les bouchons d'amour, qui les collecte dans toute la France et se charge de leur recyclage, afin de financer l’acquisition de matériel pour handicapés et qui voit donc toute son activité menacée. 

L'usine de production de l'eau de source de Guyane, Dilo.

Dilo a profité d'une opération de maintenance prévue de longue date sur son usine de Montsinery-Tonnégrande pour procéder à l'adaptation des machines, ce qui nécessite des opérations bien plus complexes qu'il n'y paraît.

"Il y a des dizaines d'actions automatisées qui demandent à être revues et nous travaillons au millimètre près afin d'assurer la bonne étanchéité des bouteilles"

Georges Euzet, directeur d'exploitation de Dilo Guyane

L'opération a nécessité un investissement de 600 000 euros et mis la production à l'arrêt depuis une semaine.

Tensions sur l'approvisionnement

Ce changement de bouchon n'a pour l'instant pas impacté les consommateurs, assure Dilo, mais des tensions sont à prévoir sur l'approvisionnement, notamment la semaine prochaine.

"Nous avons anticipé avec une surproduction les semaines précédant la maintenance mais nous allons arriver au bout des stocks. C'est pour cela que nous prévenons la population, en tenant bien à rassurer tout le monde : Tout devrait repartir à la normale en début de semaine prochaine"

Stéfano Kana, responsable commercial et logistique de Dilo.

L'usine de production de l'eau de source de Guyane, Dilo.

Actuellement, la société attend les résultats de ces analyses sanitaires qui permettront de relancer la production. Cette mise aux normes s'inscrit dans un contexte plus global d'expansion, pour le groupe qui va investir 20 millions d'euros dans une nouvelle ligne de production.

"Nous venons d'obtenir le permis de contruire pour monter une deuxième ligne de production qui nous permettra de monter notre capacité, de 6000 bouteilles par heure à 24 000 et subvenir ainsi aux besoins croissants du territoire".

George Euzet

En 2023 et 2024, les épisodes violents de sécheresse, qui vont se multiplier dans les années à venir avec le dérèglement climatique, ont provoqué des pénuries d'eau potable, notamment à Maripasoula ou à Saint-Laurent du Maroni.

L'entreprise Dilo, a alors dû répondre en urgence à une commande publique soudaine, ce qui l'a empêché de répondre, dans le même temps, à ses acheteurs privés. L'arrivée de la nouvelle ligne, prévue pour début 2027, devrait permettre d'éviter de tels scénarios à l'avenir.