La Martinique sans filtre dans l'objectif de Marvin Bonheur

portraits
Marvin Bonheur
©Pierre Lacombe Outremer la1ère
Après avoir porté un regard tendre et nostalgique sur la banlieue où il est né, le photographe Marvin Bonheur nous fait découvrir "sa" Martinique, loin des images paradisiaques des agences de voyages, pour "montrer son naturel et voir à quel point elle est belle". 
Marvin Bonheur a grandi dans les quartiers populaires de la Seine-Saint-Denis et a passé toutes ses vacances sur sa terre d'origine, la Martinique. Ces souvenirs d'une enfance joyeuse, parfois insouciante, en banlieue et sur l'île de ses origines, l'artiste les a d'abord photographié dans sa tête, avant de les coucher plus tard sur les pellicules de sa vingtaine d'appareils compacts argentique 35 mm. "L'argentique donne un côté nostalgique, je voulais faire comme un album de famille, comme celui de ma mère", affirme-t-il. 

Autodidacte, Marvin photographie l'instant, sans filtre, sans référence, en portant un regard profondément humain sur ces lieux, ces visages, ces scènes parfois insolites qui ont accompagné sa jeunesse. 

Regardez notre reportage : 
©la1ere

La banlieue a été son premier terrain de jeu. C'est ici, au milieu des barres d'immeubles, que le jeune photographe a réussi à saisir ces scènes de la vie ordinaire avec la sincérité et l'émotion qu'elles dégagent. Un travail qui, aujourd'hui, fait l'admiration de Michèle et Patrick, ses parents. "Ça me remplit de bonheur de le voir s'épanouir dans son travail. Il est détendu, très humain, très amour. Nous sommes très fiers de lui". 

Ces images de violences, de trafics, d'abandon que renvoient trop souvent la banlieue à travers la télévision continuent de révolter Marvin. S'il reconnaît volontiers que, dans les "quartiers", l’horizon est plus bouché qu’ailleurs, il ne s'est jamais résolu à accepter cette image négative. 
 

L'essence de mon travail, c’est de combattre cette stigmatisation des habitants des quartiers populaires.

Marvin Bonheur, photographe

 

Après son bac, Marvin a traversé le périphérique pour s'installer dans un petit appartement dans le 17e arrondissement de Paris, mais la banlieue est toujours restée son repère. Gagné par la nostalgique d'"une enfance heureuse et pleine de rêves", Marvin a voulu lui consacrer sa "Trilogie du Bonheur".

"Alzheimer", le premier voletexplore avec lucidité et délicatesse la cité où il a gardé de nombreux amis. L'artiste y dévoile cette atmosphère si particulière en capturant ses terrains vagues, ses barres d’immeubles, là où le passé semble comme figé. Dans “Thérapie” et "Renaissance", deuxième et troisième volets, le jeune photographe ajoute des "visages oubliés" et apporte à ces anonymes cette reconnaissance, cette considération à laquelle ils ont toujours échappé.  
 

La Martinique, comme une évidence 

Après la banlieue, la Martinique, terre de son cœur et de ses racines, ne pouvait échapper à l'œil de ce jeune photographe. "La Martinique est montrée avec une beauté très artificielle alors qu’il suffirait de montrer son naturel pour voir à quel point elle est belle. J'aime la Martinique et je suis très fier d’être Martiniquais. Avec cette nouvelle série de photos, je veux montrer des scènes de vie oridinaire, des habitants, des odeurs, des lieux qui la caractérise et qui font sa beauté".

Guidé par ses souvenirs d'enfance "derrière la vitre arrière d'une voiture de location à sillonner les routes pour visiter la famille", les clichés de "30° degrés à l'ombre" s’éloignent volontairement de la carte postale pour répondre à cette question : "A quoi ressemble la Martinique derrière les plages et les cocotiers ?"

Marvin s’attache à montrer le quotidien des Martiniquais fait de difficultés économiques, de crises sociales, mais aussi de ce sentiment d'abandon loin de l'Hexagone. À travers ces photos, il veut "reconnecter" la Martinique avec l'Hexagone

Le photographe est aussi en quête d’identité, lui qui a longtemps souffert de cette double appartenance.
 

Je me suis souvent senti exclu dans l’Hexagone et lorsque j'allais en Martinique, je n'étais pas considéré comme un "vrai" martiniquais.

Marvin Bonheur, photographe 

 
©la1ere
 

L'emprise de l'homme sur la nature

En quête perpétuelle d'instants vrais, Marvin fourmille de projets. "Après avoir photographié La banlieue, la Martinique, Londres et plus récemment Lisbonne, j'aimerais continuer à montrer les grandes villes du monde, ce qu'elles n'offrent pas aux regards des touristes", précise-t-il.

Son appareil compact glissé dans sa poche et toujours fidèle à ses convictions, Marvin Bonheur veut aussi dénoncer en images l’emprise de l’homme sur la nature. "Au moment de Noël, j'ai vu dans la rue tous ces sapins abandonnés sur les trottoirs et je me suis interrogé sur cet instinct, cette envie de contrôle absolu de l'homme sur la nature", affirme-t-il. 
 
©la1ere


Sans jamais céder à la facilité, ni même aux compromis, Marvin s'est construit en quelques années une solide réputation. Il est aujourd'hui l'un des photographes les plus prometteurs de sa génération. 

Ci-dessous quelques-unes des photos de Marvin Bonheur sur la Martinque : 
 
Marvin Bonheur, photographe
©Marvin Bonheur
Photo Mavin Bonheur
"Chez Nicole", épicerie Petit-Bourg ©Marvin Bonheur
Photo Marvin Bonheur
ESTOMAC NATUREL ©Marvin Bonheur
Photo Marvin Bonheur
LA VIE EN ROSE ©Marvin Bonheur
Marvin Bonheur
Boucane ©Marvin Bonheur



 
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