Mais connaissez-vous vraiment Didier Morville (alias JoeyStarr)?

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JoeyStarr
À droite, JoeyStarr au festival de Cannes en juillet 2021 ©M. YALCIN/ANADOLU AGENCY/AFP
Dans "Le petit Didier", le rappeur et acteur d’origine martiniquaise JoeyStarr, né Didier Morville, fait le récit de son enfance, marqué par la figure dominante de son père, alternativement adulé ou détesté. Un ouvrage aux accents intimistes qui permet de mieux comprendre son parcours.

Au final, qu’est ce qui construit une personne ? Bien souvent son enfance. Avec ses réminiscences, ses souvenirs agréables ou non, ses secrets enfouis, son environnement social et familial, les relations qu’elle a entretenues avec ses parents… Une foule de choses inextricables et complexes. Dans son récit, justement intitulé "Le petit Didier", le rappeur, producteur et acteur JoeyStarr, Didier Morville de son vrai nom, revient sur cette partie de sa vie. À 54 ans, celui qui a longtemps été considéré comme un "bad boy" lève un pan du voile dans un livre intimiste. 

L'enfance est dominée par la présence du père, parfois obsessionnelle. En creux, l’absence et les interrogations sur la mère (martiniquaise elle aussi) – "Ma mère ne vit plus avec nous. Où vit-elle, ma mère ?" – mentionnée à quelques reprises seulement, mais dont on ressent l’indéfinissable manque. Il y a d’autres femmes. Elles ne font que passer dans la vie du père, séducteur tiré à quatre épingles. À La Plaine, morne banlieue au nord de Paris, puis ensuite dans un HLM de Saint-Denis où il passe ses jeunes années, le petit Didier décortique, de sa fenêtre, le monde qui l’entoure, c’est son passe-temps favori : "Je m’imagine des histoires. J’ai envie de vivre, le monde est vaste, et je veux en être". Il écrit encore : 

J’ai l’impression d’avoir un soleil dans le ventre, mais il ne peut sortir. J'ai un besoin puissant d'exister, mais bridé. Ou négligé. (...) J'ai l'impression d'être le jeu de vents contraires, vents qui soufflent dedans et dehors. Vents qui me plaquent et me poussent.

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Il observe également son père, ses manies, ses passions – notamment la musique, qu’il découvre avec lui  - ses amis et petites amies. Ce père qui suscite l’ambivalence, et de multiples sentiments contradictoires, dans un face à face à huis clos : "j’aime ce type, je n’ai que lui". Le duo Jean et Didier Morville. Ce père qui le houspille et le bat souvent, mais dont il admire la prestance et le côté grande gueule. Ce père trop souvent absent, qui le laisse livré à lui-même et le mettra finalement en pension, mais qui l’emmène découvrir la Martinique. Le petit Didier fera connaissance avec un autre univers que celui de sa cité où les gosses se sont mis à se défoncer à la colle à rustine, un univers à la beauté flamboyante mais loin d’être idyllique…

"Le petit Didier", par JoeyStarr - éditions Robert Laffont, 192 pages, 17,90 euros.

Extrait

La première fois en Martinique, enfant (ndlr)
"Personne ne m'attendait comme l'enfant prodigue - cela ne m'étonne pas - mais c'est un peu râpeux tout de même. Ils sont durs, et tout le côté bucolique de l'île est gâché par l'ambiance. 
Pourtant, le paysage est magnifique, la nature est verdoyante, généreuse ; c'est la première fois que je me trouve dans un lieu tel que celui-ci et j'y suis très sensible, tout attire mon oeil. Est-ce bien moi qui suis ici ? Dans ce pays qui a des airs de féerie ? 
Lorsque les nuages gris sont lourds et roulent au-dessus de nos têtes, je me sens suspendu entre ciel et terre. Au loin, le large bleuit l'horizon. La végétation dans laquelle paraît enchassée la maison semble à bondir à tout moment sur elle, à gagner, croître. Jamais je n'ai vu de telles fleurs, qui font au bord des misérables routes des façons exotiques. On dirait des oiseaux, des pics, des plumets, des insectes préhistoriques, d'étranges coquillages ; on les croirait en plastique, de soie ou en papier. Elles tendent leurs panaches sous un soleil de plomb. J'ose parfois un index craintif, pour effleurer ces choses qui me sont inconnues."