Malgré la crise aéronautique, Rehanne Meralli Ballou, la plus jeune réunionnaise diplômée pilote de ligne, ne lâche rien

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Rehanne Meralli Ballou
Malgré la crise aéronautique, Rehanne Meralli Ballou est déterminée à faire du ciel son espace de travail ©NB et PL
Réhanne Meralli Ballou, 23 ans, est confrontée de plein fouet aux conséquences de la crise sanitaire dans l'aéronautique. Plus jeune diplômée pilote de ligne de La Réunion, elle est contrainte de livrer des colis à Montpellier pour rembourser son emprunt. Mais elle ne renoncera pas.

Il est 7 heures et le jour commence à peine à se lever sur l'aéroport de Montpellier. Réhanne jette un dernier regard sur la météo avant de se glisser dans le cockpit du Diamond DA42. "Je suis toujours très excitée à l'idée d'aller voler". À seulement 23 ans, la jeune femme vient de réussir sa licence de pilote de ligne et malgré un contexte particulièrement difficile dans l'aéronautique, elle est bien décidée à faire du ciel son espace de travail. Il y a trois ans, elle a fait le choix de quitter son île, ses parents, sa petite sœur et ses amis pour se préparer à devenir pilote de ligne.

Regardez notre reportage à Montpellier avec les images de Nordine Bensmail et le montage de Serge Parsekian : 

©la1ere

Cent mille euros 

Au-delà d’avoir une tête bien faite, Réhanne a le caractère et le mental des personnes qui ne renoncent jamais. Son rêve de piloter un avion remonte à sa plus tendre enfance. 

Mes parents m’emmenaient tous les soirs à l’aéroport Roland-Garros à La Réunion pour regarder décoller les avions, ensuite, on les suivait en voiture et je m’endormais comme ça.  

Réhanne Meralli Ballou 

 

Quelques années plus tard, au collège, Réhanne apprend l'existence d'un Brevet d’Initiation Aéronautique (BIA) proposé aux jeunes passionnés d’aviation. Elle obtient son diplôme avec la mention "très bien" et se classera 3ème de l’Académie de La Réunion. Une vocation est née. Elle ne la quittera plus. 

Après un bac S et deux années de classes préparatoires scientifiques, Réhanne parvient à convaincre ses parents de la laisser s’envoler vers l’Hexagone pour intégrer en septembre 2018 Airways Aviation ESMA à Montpellier. "La formation m’a coûté 100 000 euros au total. Mes parents m'ont payé la moitié, le reste je l'ai emprunté à la banque. Je dois commencer à rembourser la banque au mois de janvier prochain".

Le ciel est son élément 

Rehanne Meralli Ballou
Procédure d'approche avant d'atterrir sur la piste de l'aéroport de Montpellier ©Nordine Bensmail

Durant un peu plus de deux ans, Rehanne s'est familiarisée avec les 26 avions Diamond (17 DA40 et 9 DA42) qui composent la flotte de l'école et a validé ses quatorze modules de l'ATPL, la licence de pilote de ligne. 

Dans le ciel, je suis dans mon élément. C’est un mélange de tout, d’adrénaline, de bonheur, d’excitation… C’est un feu d’artifice. 

Rehanne Meralli Ballou 

 

Réhanne est désormais officiellement capable de piloter un avion de ligne. Elle est la plus jeune diplômée de La Réunion. Seulement 3% des pilotes professionnels dans le monde sont des femmes, selon l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Une première étape pour cette jeune femme qui doit désormais convaincre les compagnies aériennes de lui faire confiance et la tâche s'annonce compliquée. "Une fois que le dossier de candidature est accepté par une compagnie, il faut réussir une série de tests psychomoteurs, psychotechniques et psychologiques. Ensuite, il faut être formé sur le type d’appareil sur lequel on va voler. Cette formation dure environ deux à trois mois et coûte plus ou moins 30 000 euros en fonction des compagnies". 

Retour sur terre 

La crise sanitaire a fait entrer les compagnies aériennes dans une zone de très forte turbulence. Des milliers de pilotes à travers le monde ont perdu leur emploi, les embauches ont été gelées et, lorsque la reprise du trafic aérien interviendra, les jeunes diplômés risquent de ne pas être prioritaires. 

Les jeunes femmes qui veulent devenir pilote font beaucoup de sacrifices. C'est très cher et très difficile parce qu'aujourd'hui, l'aviation est sans doute le secteur qui souffre le plus de la pandémie. Mais je suis optimiste, nous verrons bientôt la fin du tunnel et les plus motivés, comme Réhanne, s'en sortiront. 

Mauro Calvano, président d'Airways Aviation

 

Réhanne refuse de lâcher prise. Elle est convaincue que son travail, sa motivation et ses sacrifices finiront par payer. En attendant, et parce qu'il faut bien payer le loyer et rembourser les emprunts, la jeune femme sillonne Montpellier et ses environs au volant de sa camionnette électrique. Chaque jour, elle livre des colis pour un géant mondial du commerce en ligne. "Je gagne le SMIC pour ce travail. C'est parfois décourageant mais, je m'accroche, je n'abandonnerai pas", affirme-t-elle. 

Dans quelques jours, Réhanne s’accordera une pause avec son copain, Nicolas. Ensemble, ils s'envoleront pour La Réunion pour profiter de quelques jours de vacances. "Ça fait bientôt deux ans que je n’ai pas vu mes parents et ma petite sœur. Ils me manquent beaucoup. J'en ai besoin", conclut-elle.