Besoin d'un leader au FLNKS, référendum contesté, collégialité, effort budgétaire : ce qu'on peut retenir de l'entretien d'Aloisio Sako, président du Rassemblement démocratique océanien

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Aloisio Sako, président du Rassemblement démocratique océanien, invité politique du JT de NC la 1ère, dimanche 3 avril 2022
Aloisio Sako, président du Rassemblement démocratique océanien, invité du JT le 3 avril. ©NC la 1ère
Alors que le Rassemblement démocratique océanien l'a réélu, samedi 2 avril, à sa tête, Aloisio Sako était l'invité politique du journal télévisé dimanche. En tant membre du FLNKS, il est revenu sur le besoin de leadership au sein du mouvement indépendantiste, l'importance de la collégialité et la recherche de consensus.

Au cours du week-end, Aloisio Sako et Daniel Goa ont été reconduit respectivement à la présidence du Rassemblement démocratique océanien et de l'Union calédonienne. Invité du journal télévisé, dimanche soir, le premier a livré son analyse sur le fonctionnement du FLNKS et les enjeux de société et d'avenir, qui ont été au centre de motions adoptées, samedi, avec les responsables et les militants du RDO.

"Que les jeunes s'affirment" à la tête des partis

Interrogé sur le manque de renouvellement à la tête des formations indépendantistes, Aloisio Sako a reconnu le vieillissement des élites. "C'est la continuité de notre engagement, du combat. C'est le choix des militants, mais c'est vrai que nous arrivons à un certain âge. Il faudrait que les jeunes s'affirment. Il faut qu'ils s'engagent un peu plus", demande-t-il. Parlant de courage, de cran et de places à prendre. De nouveau interrogé par un internaute, il a mis en garde les cadets. "Pour être chef, il faut être au-devant de la scène, prêt à prendre des coups", prévient-il.

Elire un président du FLNKS

C'est un sujet qui devient important pour le mouvement indépendantiste dans cette phase transitoire où nous allons engager des discussions avec l'Etat. Il est important que quelqu'un fédère, au-delà du FLNKS, toute la mouvance indépendantiste.

En cela, Aloisio Sako répète l'une des motions adoptées, samedi, par le RDO. Sollicité par un internaute pour prendre la tête du front et "mener les discussions sur la pleine souveraineté", Aloisio Sako a décliné. "C'est un Kanak qui doit porter la parole du peuple premier."

Les exclus du corps électoral appelés à la patience

Revenant sur la volonté affichée par le RDO de bâtir une société multiculturelle, Aloisio Sako n'y voit aucun antagonisme avec le maintien actuel du gel du corps électoral lors des consultations référendaires. "Ce n'est pas du tout contradictoire quand vous savez qu'il y a eu, dans ce pays, une politique de peuplement pour mettre en minorité le peuple colonisé. Les accords politiques ont défini le corps électoral qui doit déterminer l'avenir institutionnel. Les 40 000 électeurs doivent patienter pour que nous puissions terminer l'Accord de Nouméa dans de bonnes conditions", indique-t-il.

La contestation du troisième référendum, plutôt qu'un référendum de projet

Tout comme le président de l'Union calédonienne, le RDO ne souhaite pas rentrer dans la préparation d'un référendum de projet, proposé par Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer. "Nous sommes sur la contestation de la troisième consultation. Nous avons engagé, au niveau de l'Etat, un premier recours et un deuxième recours a été déposé par le bureau politique [du FLNKS] au niveau de la cour internationale des droits de l'homme, à La Haye". Le FLNKS espère obtenir satisfaction, avant d'engager des discussions avec l'Etat.

"Rester vigilant" quant à la gestion des matières premières

Sans reprendre à son compte les comparaisons faites par Daniel Goa, vendredi 1er avril, Aloisio Sako s'est livré à un critique du "néocolonialisme" de l'Etat.

Le discours du président de l'Union calédonienne, c'est un discours d'homme engagé. Il met en alerte ses troupes parce que l'enjeu futur est important.

"Les empires d'hier, qui sont aujourd'hui les pouvoirs de tutelle, continuent, à travers diverses façons, de s'accaparer des biens de ce peuple colonisé. Ici, en Nouvelle-Calédonie, il faut rester vigilant. Nous avons des ressources que tout le monde regarde avec de gros yeux, c'est le nickel et beaucoup d'autres. Il faut veiller à cela", avertit Aloisio Sako.

"Prendre le temps de discuter" plutôt que mettre à mal la collégialité

"Nous sommes des Océaniens, le fondement de notre culture est oral, c'est le consensus. Il faut prendre le temps de discuter", indiquait Aloisio Sako, quelques minutes plutôt, à propos des divergences entre le Palika et l'UC. Interrogé sur le budget primitif 2022 du gouvernement, qui a été adopté sans les loyalistes, mardi 29 mars, au congrès, le président du RDO défend la collégialité et le consensus. "Nous sommes déçus, certes, mais c'est nous qui avons inscrit la collégialité dans l'Accord de Nouméa, pour une meilleure prise en compte de la minorité. Il faut continuer (…) à tendre la main parce que c'est une marque de notre société future", insiste-t-il, reprenant à son compte des propos tenus par Louis Mapou, le président du gouvernement.

La hausse des prix et la réforme fiscale

L'Institut de la statistique et des études économiques confirme la hausse des prix à la consommation, alors que carburant, gaz et électricité ont augmenté, le 1er avril. Aloisio Sako rappelle la dépendance de la Nouvelle-Calédonie, avec "80 % de produits importés" et la conjoncture économique mondiale. "C'est mondial le pétrole, ce n'est pas simplement propre aux Calédoniens", poursuit le président du RDO.

Wallisiens et Futuniens appelés à être plus actifs dans la coopération régionale

L'accord particulier signé en 2003 lie la Nouvelle-Calédonie, l'Etat et Wallis-et-Futuna afin d'aider la collectivité voisine à fixer sa population. Or, il est longtemps resté au point mort. Aloisio Sako appelle les élus wallisiens et futuniens à être proactifs.

Je pense que les Wallisiens doivent être plus offensifs pour venir dialoguer avec les Calédoniens, parce que c'est la Calédonie qui offre des services et des possibilités aux Wallisiens de Wallis-et-Futuna.

Retrouvez l'entretien complet avec Nadine Goapana :

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