Eruption volcanique aux Tonga : une Britannique emportée par le tsunami

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Angela Glover, 50 ans, première victime répertoriée de l'explosion du volcan Hunga Tonga-Hunga Ha'apai, samedi 15 janvier.
Angela Glover, citoyenne britannique de 50 ans, est la première victime répertoriée de l'explosion du volcan Hunga Tonga-Hunga Ha'apai, qui est survenue, samedi 15 janvier, aux îles Tonga. ©BBC
Le corps d'une Britannique emportée par le tsunami qui a frappé les îles Tonga, samedi 15 janvier, a été retrouvé, selon la BBC. L'archipel reste coupé du monde, depuis la puissante éruption du volcan Hunga Tonga Hunga Ha'apai. Le point sur les explications et les conséquences de cette éruption.

Angela Glover, 50 ans, a été retrouvée morte aux Tonga après avoir essayé de sauver les chiens de son refuge, suite au tsunami qui a suivi l'explosion du volcan Hunga Tonga Hunga Ha'apai, samedi 15 janvier. Nick Eleini, son frère, l'a confié à la BBC, lundi. Toute cette famille est "effondrée" par la perte de celle qui en était "le cœur émotionnel".

Née à Brighton, dans le sud-est de l'Angleterre, la quinquagénaire rousse vivait aux Tonga depuis son mariage. C'est justement James, son époux, qui a retrouvé son corps. Elle travaillait dans une association qui recueille des animaux errants pour leur trouver un foyer. "Autant appréciés des locaux que des expatriés", "Angela et James aimaient leur vie à Tonga" et "en particulier la culture tongienne, ainsi que l'amour des Tongiens pour la famille", a déclaré Nick Eleini. Angela avait aussi "un amour profond pour les chiens", s'est souvenu son frère, affirmant que "plus le chien était moche, plus elle l'aimait".

Ce mardi, la police des îles Tonga a également confirmé un deuxième décès. Difficile cependant d'avoir un bilan exact de la situation. 

Retrouvez, ci-dessous, les précisions apportées par Laurence Pourtau et Nicolas Luigi :

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Les Tonga toujours privés de connexions

"Elle va me manquer et je penserai à elle tous les jours jusqu'à ma mort", a poursuivi Nick Eleini. "Ma mère est tout simplement brisée en ce moment, elle est absolument anéantie." Comme beaucoup d'autres proches de personnes qui habitent aux Tonga, Nick Eleini a attendu anxieusement pendant plusieurs jours avant de savoir ce qu'il était advenu de sa sœur.

L'archipel est en effet privé de connexions téléphoniques et internet, le cataclysme ayant sectionné un câble essentiel pour ses communications et qui ne devrait pas être réparé avant des semaines. Le nuage de cendres volcaniques empêche toujours les avions d'atterrir. Les informations en provenance de ce pays voisin d'à peine 100 000 habitants n'arrivent qu'au compte-gouttes, grâce à de rares téléphones satellite. L'étendue réelle des dégâts reste largement inconnue.

Retrouvez, ci-dessous, le rappel des faits en vidéo :

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Cette mort est la première répertoriée aux îles Tonga, durement frappée par le tsunami qui a succédé à la puissante éruption de samedi. Deux décès ont également été recensés au Pérou, où des dégâts importants ont été causés par la vague.

Des images en provenance au Pérou :

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La Nouvelle-Zélande a dépêché, lundi, un avion militaire de reconnaissance dans la zone. Et l’Australie se prépare à l’envoi de colis humanitaires. L'Organisation des Nations unies (ONU) doit, par ailleurs, envoyer des fournitures d'urgence pour les Tonga, en coordination avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Une explosion entendue jusqu'en Alaska

Situé sur la Ceinture de feu de l'océan Pacifique, zone où la rencontre des plaques tectoniques provoque une activité sismique élevée, le volcan Hunga Tonga Hunga Ha'apai mesure environ 20 km de diamètre, pour 1 800 mètres de haut, essentiellement immergés.

Il est "posé" au fond de l'océan mais son cratère principal affleure au ras de l'eau, formant une île inhabitée. Tout a commencé fin décembre, quand le volcan est entré en éruption sous l'eau, provoquant "des explosions de plus en plus puissantes liées à l'interaction entre le magma et l'eau de mer", explique à l'AFP Raphaël Grandin, de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP).

La plus grosse s'est produite, samedi, formant un panache de 30 km d'altitude qui a atteint la stratosphère. Et s'est rapidement développé en une "ombrelle volcanique" de plusieurs centaines de kilomètres de diamètre au-dessus de la région, dont une partie s'est retrouvée ensevelie sous les cendres, précise l'agence sismique néo-zélandaise.

Le reportage de Sheïma Riahi et Michel Marin :

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Surtout, l'éruption a été si puissante qu'elle a provoqué un tsunami généralisé, inondant des côtes des Etats-Unis jusqu'au Chili ainsi qu'au Japon. L'onde de choc a été telle que l'explosion a été entendue jusqu'en Alaska (Etats-Unis), à plus de 9 000 km de là. "C'est exceptionnel. A ma connaissance, la dernière explosion audible à cette distance remonte à celle du volcan Krakatoa en Indonésie en 1883, qui avait fait 36 000 morts", souligne Raphaël Grandin.

Une explosion aggravée par une surpression d'eau

Lors de ces phénomènes, assez rares selon les experts, la remontée du magma vers la surface libère des gaz qui doivent "pousser" pour se frayer un chemin, créant un phénomène de surpression. La présence d'eau "aggrave la situation car avec la chaleur, elle se transforme en vapeur et se détend, comme dans une cocotte-minute", développe le géophysicien.

Toutes les explosions volcaniques sont liées à cette décompression des gaz magmatiques. "Quand ça se passe au fond de la mer, l'eau a tendance à étouffer l'activité. Quand ça se passe à l'air libre, les risques restent localisés. Mais quand ça se passe à fleur d'eau, c'est pas de chance, car c'est là que les risques de tsunami sont les plus élevés".

Les images tournées lors de l'explosion :

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La cause exacte du raz-de-marée reste cependant à déterminer. De manière moins probable, il pourrait aussi provenir d'un mouvement de masse sous-marin, tel un effondrement de l'édifice volcanique lors de l'éruption, avance Robin Lacassin, également géophysicien à l'IPGP. L'activité du Hunga Tonga Hunga Ha'apai est d'autant plus difficile à comprendre qu'elle est sous-marine. Et il est malheureusement "presque impossible de la surveiller".

Le vol SB 801 est arrivé lundi soir

Détourné dimanche sur Brisbane (Australie), à cause du nuage de cendres, le vol Aircalin SB 801 s'est finalement posé à La Tontouta, lundi soir. Ses 239 passagers, pris en charge et mis en isolement dans un hôtel, dimanche soir, ont toutefois été confrontés à de nouvelles péripéties. Alors qu'ils auraient dû embarquer à 16h30 et se poser à 19h35 en Nouvelle-Calédonie, ils ont dû patienter de nombreuses heures, sans eau, ni nourriture, à l'aéroport de la Gold Coast. Selon nos sources, suite à des pannes informatiques, l'embarquement des voyageurs n'a débuté qu'à 19h26, en Australie. Au total, trois vols ont dû être reportés dans le ciel calédonien.

En Nouvelle-Calédonie, à 2 000 km des Tonga, si aucun dégât n'est à déplorer, l'explosion du volcan Hunga Tonga Hunga Ha'apai a été entendue sur la côte Est, aux îles Loyauté, au Mont-Mou, à Païta, ainsi qu'à Nouméa. Des couchers de soleil aux reflets particuliers, très colorés, ont été observés. La station météorologique de Météo France a enregistré le passage de l'onde de choc de l'explosion, samedi, à 17h30.

Le tsunami a déferlé sur la Nouvelle-Calédonie, mais sans conséquences. "Les marégraphes, ces instruments qui mesurent le niveau de la mer en temps réel indiquent qu’on l’a très bien vu à Lifou, à Ouvéa, à Ouinné, Thio et à Nouméa où il y a eu 10 à 15 centimètres de vibration au niveau de la mer sur quelques minutes", a expliqué Jérôme Aucan, directeur du Centre de la Communauté du Pacifique pour les sciences océaniques.

Le nuage de cendres n'a toutefois pas perturbé la qualité de l'air, comme l'a rappelé l'association Scal'air, dont les stations de surveillance n'ont enregistré aucune hausse en particules fines ou en dioxyde de soufre. 

Ecoutez les explications obtenues par Sheïma Riahi :

Patrick Simon, chef du service Prévisions météo à Météo France Nouvelle-Calédonie

Un volcan "susceptible d'éclater davantage"

Le volcan est susceptible d'éclater davantage dans les prochains jours

Professeur Oliver Nebel, de l'École de la Terre, de l'atmosphère et de l'environnement de l'Université de Monash, à Melbourne, en Australie

Les populations concernées doivent rester vigilantes et prendre leurs précautions, avant que les cendres ne se dissipent. Le problème principal résidant dans la pollution des réserves d'eau, elles sont invitées à boire de l'eau en bouteille.

En Nouvelle-Calédonie, les modèles de dispersion de Météo-France révèlent que des polluants de basses couches, qui peuvent impacter la population, n'arriverait pas avant mercredi. "Ces 'nuages' de polluants, actuellement présents entre Tonga et la Nouvelle-Calédonie, montrent des concentrations très faibles, inférieures aux taux habituellement observés dans les zones fortement urbanisées de Chine ou des États-Unis", tempère Météo-France.