En Outre-mer, la campagne municipale au rythme du zouk, de la salsa ou du ragga

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Le Gosier
Le Gosier en Grande-Terre. ©BRUSINI Aurélien / hemis.fr / Hemis
"Votez Jocelyne, votez": la voiture-sono arpente le tour du bourg du Gosier, en Guadeloupe, au rythme d'un zouk endiablé. Clip de campagne ou simple hymne de meeting, de nombreux candidats ultramarins ont une chanson à leur nom, invitant les électeurs à voter pour eux aux municipales.
Création complète ou chanson inspirée d'un air populaire, on retrouve ces musiques de campagne, au rythme de zouk, salsa, séga, ragga ou mazurka, notamment en Guadeloupe, en Martinique, à la Réunion et en Guyane. Avec des refrains simples mais entêtants: "votez Jocelyne", invite donc à choisir la candidate Jocelyne Virolan, tête de liste au Gosier. 

Militants ou chanteurs professionnels

Le message est parfois réduit à sa plus simple expression: "André Lesueur, André Lesueur, Rivière-Salée, fier d'être Saléens", répète en boucle la chanson pour le maire sortant de Rivière-Salée, en Martinique, qui a repris un air connu de salsa du chanteur américain Marc Anthony. D'autres textes sont plus élaborés, comme à Sainte-Anne en Guadeloupe où l'hymne au maire sortant valorise l'action de l'édile sur un zouk avec solo de tambours :

Les services à la population,
C'est Christian Baptiste qu'on veut,
Un développement durable et raisonné,
Christian Baptiste toujours avec nous


Certains candidats s'appuient sur leurs militants pour créer la chanson, d'autres font appel à des professionnels : la chanteuse de zouk Paméla Pommier a mis son talent dans un clip au profit de Guetty Labuthie, candidat dans la commune de Morne-à-L'Eau en Guadeloupe : "Unissons-nous ensemble, ensemble pour Guetty Labuthie", chante-t-elle, évoquant "l'homme de tes rêves, un réconciliateur", sur des images montrant le candidat en campagne ou se promenant en bord de mer. 

Surtout en Guadeloupe, moins en Martinique

"C'est une pratique courante surtout en Guadeloupe, moins en Martinique, avec des chansons aux paroles souvent répétitives, un rythme entrainant, et le nom de l'élu qui se présente. Pratiquement chaque maire guadeloupéen a sa chanson", explique à l'AFP une spécialiste en communication, basée aux Antilles, sous couvert d'anonymat.  

Même chose à La Réunion : "Ça permet de construire une identité de campagne", note Christiane Rafidinarivo, politologue et chercheuse associée au Cevipof, qui voit dans ces chansons "une pratique très forte et incontournable" de l'île. 
 

Produit d'appel

Il y a une "nécessité de l'oralité, dans des territoires marqués par illettrisme et  l'illectronisme. L'oralité permet de toucher toutes les catégories de population", explique la politologue, avec "les chansons diffusées par les voitures-sono" et lors de "micro rassemblements de quartier".  
    
À Saint-Denis de La Réunion, c'est sur un air d'afro-folk que l'ancienne ministre des Outre-mer Ericka Bareigts (PS), fait campagne : un chanteur affirme, en créole réunionnais, que "c'est Ericka qu'on veut, oui vote pour elle-même, c'est in gayar madame (une super femme, ndlr)". Son principal concurrent, le président de la région Didier Robert (ex-LR) a lui choisi un ragga, qui scande "Saint Denis avec Didier Robert, tout l'monde les mains en l'air, il est paré pour être maire".    
"Ces chansons ont pour but de mobiliser. Ce n'est pas un élément déterminant dans le choix du candidat", mais "ça peut être en quelque sorte 'un produit d'appel', pour donner envie d'aller voir plus près le tract", estime Mme Rafidinarivo. "Ça fait partie de la communication d'un candidat" et "parfois la communication détermine plus les choix que le contenu", ajoute-t-elle. 
    
En Guyane, c'est notamment à Kourou que plusieurs candidats ont tenté l'aventure musicale. "La danse, le chant, c'est mieux que plein de discours, la musique véhicule des messages et rentre directement dans les coeurs", explique Jean-Machenson, membre du comité de soutien de François Ringuet, le maire sortant, sur Guyane la 1ère. Mais "ce n'est pas parce qu'on a aimé la chanson qu'on va forcément aimer le candidat", estime la spécialiste en communication des Antilles.
 

Contre-chansons

Des contre-chansons voient aussi le jour. A Sainte-Marie en Martinique, un chanteur a clairement ciblé, en rap, un ancien parlementaire candidat aux municipales, sans le nommer : "voyager en première classe oui c'est beau, aller au parlement pour faire le pantin c'est nul... allez partout avec chauffeur c'est top, pendant que ceux qui votent pour toi ne font que du stop".  
    
Si la pratique n'a pas vraiment pris dans l'hexagone, quelques chansons ont cependant marqué les esprits, comme "Chirac pour Paris" pour la campagne de 1977, "Vas-y Titi", du Guadeloupéen Francky Vincent pour la campagne parisienne de Jean Tiberi en 2001, et le zouk "Avec Jean-Marie", pour la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 1995.
 
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