outre-mer
territoire

En Outre-mer, la haine anti-LGBT plus virulente que dans l'Hexagone

société
drapeau LGBT arc en ciel
Le drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté gay. ©D.R.
Trois députés, dont Gabriel Serville, député de Guyane, ont remis mardi un rapport sur l'homophobie dans les Outre-mer. La haine anti-LGBT y est, selon eux, "plus virulente" que dans l'Hexagone. 
La haine anti-LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) est "plus virulente" dans les Outre-mer que dans l'Hexagone, et aggravée par le poids de la famille, de la religion, des préjugés sexistes et de l'insularité, révèle mardi un rapport de la délégation aux Outre-mer de l'Assemblée. 

Violences et rejet

Les auteurs, les députés Laurence Vanceneubrock-Mialon (Allier), Raphaël Gérard (Charente-Maritime) et Gabriel Serville (Guyane), font le constat dans les Outre-mer "d'une haine anti-LGBT et d'un rejet latent", "plus marquée en Outre-mer que dans le territoire national", a expliqué Raphaël Gérard devant la délégation.

Un "constat cruel", sur un sujet qui manque de données statistiques, que ce soit en matière de plaintes, d'agressions recensées, de témoignages de discriminations ou de nombre d'unions de même sexe, a-t-il dit.

Gabriel Serville s'exprime sur la haine anti-LGBT en Outre-mer



Il fait état de "multiples actes de violence en direction des personnes homosexuelles", verbales, psychologiques et physiques, comme l'agression d'un jeune Guadeloupéen séquestré puis torturé en janvier 2016 par un groupe de jeunes à l'aide d'un fer à repasser.

Le rapport note aussi "des violences homophobes intrafamiliales répandues" et "culturellement admises", et "une tolérance vis-à-vis de l'homosexualité toujours conditionnée à son invisibilité".

Poids de la colonisation

Pour Laurence Vanceneubrock-Mialon, "le poids de la colonisation" peut expliquer cette haine. "Les sociétés pré-coloniales était plus ouvertes", mais "le processus de colonisation" et "un mouvement d'évangélisation a systématisé l'homophobie dans les sociétés ultramarines".

Paradoxalement, dans ces territoires, l'homosexualité est aujourd'hui souvent "perçue comme une donnée culturelle exogène", les populations caribéennes ou afro-descendantes l'imputant à "quelque chose qui appartiendrait à la civilisation blanche", notent les rapporteurs.

Stéréotypes de genre

Les auteurs mettent en avant le "poids de l'insularité, de l'interconnaissance et de la rumeur", dans des territoires exigus où "l'anonymat n'existe pas", mais aussi "le poids des traditions religieuses" et "des stéréotypes de genre", comme la "valorisation d'une forme de virilité sexuelle" dans les populations antillaises.

Ils constatent également "la faiblesse des associations", souvent peu visibles voire inexistantes, et un "manque de soutien de la part des élus et des collectivités locales". "La teneur des discours de certains élus ou personnalités publiques en Outre-mer participe parfois à la légitimation de violences homophobes", notent-ils.

Raphaël Gérard parle du tabou autour de l'homophobie en Outre-mer



En début de séance, le président de la délégation Olivier Serva, député LREM de Guadeloupe, qui lors de la campagne des législatives de 2012 avait eu des propos homophobes, a réitéré ses excuses, disant regretter "le mal que ses propos ont pu causer".
Publicité