Thierry Dol, ex-otage : "On ne peut pas se débarrasser de cette épreuve de vie, il faut l'accepter"

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Thierry Dol
Thierry Dol, le 9 novembre 2013, lors de son retour au François, en Martinique ©NICOLAS DERNE / AFP
Sophie Pétronin est libre, après avoir passé quatre années comme otage au Mali. Nous avons demandé au Martiniquais Thierry Dol, qui fut otage durant 1139 jours au Niger, entre 2010 et 2013, comment se déroule le retour d'une telle captivité. Témoignage.
"On ne peut pas se débarrasser de cette épreuve de vie, il faut l'accepter et il y a un temps d'acceptation qui est variable selon les individus". Les images du retour à Paris de l'ex-otage au Mali Sophie Pétronin ont réveillé bien des souvenirs pour Thierry Dol. Le Martiniquais a été pris en otage durant 1139 jours, entre 2010 et 2013, au Niger. Il a accepté de raconter comment un ex-otage vit ce retour à la liberté. 
 

La libération et le "syndrome du survivant"

Thierry Dol se souvient comme si c'était hier des heures qui ont suivi sa libération, le 30 octobre 2013 :
 

La libération est vraiment une épreuve supplémentaire(...) Le retour à la liberté se passe d'abord sur le plan médico-administratif : arrivée à l'aéroport de Villacoublay, rencontre avec le président de la République, puis les examens médicaux.

Après il y a un débriefing avec les services de renseignements. C'est assez marquant, assez lourd (...) Après il y a la phase du retour dans votre famille.

En vous le racontant, c'est une épreuve pour moi. Pour la victime, l'image de l'éxécution laisse place à la vie d'homme libre. Vous avez l'euphorie des retrouvailles (...), vous rentrez chez vous et vous avez une perte des repères. Les proches font le nécessaire pour que vous soyez bien accueilli mais le moindre changement met mal à l'aise. Il y  a une phase de décompression. Il y a le syndrôme du survivant, que je n'ai jamais évoqué : moi c'est lors de la libération de Serge Lazarevic que j'ai accepté ma libération. Il y a eu une année qui s'est écoulée.

Thierry Dol


"J'espère que Sophie sera bien entourée par sa famille et avec un accompagnement psychologique. J'espère que les choses ont évolué sur ce point", poursuit Thierry Dol.  


"Un silence s'installe"

Après le retour et les premiers jours, une autre phase commence, témoigne l'ex-otage martiniquais : "Après les sollicitations médiatiques, un silence va s'installer, les proches vont venir de toutes parts et puis vous allez vous retrouver seul. Et c'est là qu'il faut des ressources." 
 

L'image d'ex-otage est une cape qu'il faut pouvoir enlever. Il faut reprendre tout doucement sa vie en main et comme Victor Franck, je dis qu'il faut  "donner du sens à sa vie". Pendant qu'on est otage, on se prépare à une fin de vie. Le désespoir fait qu'on ne pense pas qu'au bout de trois ans il reste une once d'espoir de libération. 

Thierry Dol


Que porte Sophie Pétronin en elle ?

Lui qui a vécu ce moment si particulier du retour à la libert explique que les apparences dissimulent bien souvent des souffrances : "Sur l'apparence physique, vous voyez Sophie qui marche, mais intérieurement nous ne savons pas la lourdeur de ce qu'elle porte en elle."
 

Il faut réapprendre comme un enfant à marcher, se mettre debout, trébucher. Il n'y a que le courage et le temps, le destin qui fera les choses. Après il faut accepter de vivre avec les souffrances, le climat anxyogène de la détention tout au long de sa vie. On ne peut pas se débarrasser de cette épreuve de vie, il faut l'accepter et il y a un temps d'acceptation qui est variable selon les individus. 

Thierry Dol


Témoignage audio 

Ecoutez le témoignage de Thierry Dol dans son intégralité ici : 
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