Un an après le premier confinement : cette crise sanitaire qui a bouleversé leur vie

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Covid, ces vies bouleversées

Le 17 mars 2020, la France entrait en lutte contre le coronavirus avec la mise en place d’un confinement strict. Depuis, nos vies ont été durablement bouleversées… La1ère revient sur cette année noire avec des témoignages recueillis dans l’Hexagone et dans les Outre-mer.  

Il y a un an, personne n’aurait pu imaginer les conséquences de cette crise sanitaire. Personne n’aurait pu également imaginer ne plus circuler librement, ne plus aller au restaurant ou être contraint de porter un masque. La pandémie, qui a pris naissance en décembre 2019 en Chine et s’est ensuite propagée dans le reste du monde, a profondément changé nos vies à commencer par celle des personnels soignants. Depuis un an, ils sont en première ligne pour soigner les personnes atteintes du Covid-19.

Au mois d’avril dernier, Maurice Tarcy, infirmier guyanais à l'hôpital Emile Roux Limeil-Brévannes, nous confiait son désarroi face à des patients dont il ignorait comment les soigner.
 

Nous soignons des personnes pour lesquelles nous n'avons pas de remède. On traite les symptômes comme la fièvre, la perte du goût, mais pas le virus lui-même.

Maurice Tarcy, infirmier

 

Même constat pour cette infirmière guadeloupéenne à l'hôpital Jacques Monod au Havre. "Au début, les médecins nous parlaient d'une petite grippe. Ce qui fait que nous ne nous sommes pas protégés tout de suite. Nous n'avons pas eu le temps de nous préparer". 

Sidevie Marimoutou, infirmière réunionnaise à l’hôpital Corentin Celton à Issy-les-Moulineaux, nous regrettait pour sa part le manque d’effectif et de matériel comme les masques, qui étaient à l'époque rationnés. "On nous les donne au compte-goutte”, nous confiait-elle, ajoutant, "parfois, on reçoit des dons : des visières réalisées grâce à des imprimantes 3D, des masques cousus à la main...". Une fois sa journée à l’hôpital terminée, cette infirmière insistait également sur les précautions qu'elle prenait pour protéger sa famille, "j’évite le contact trop proche dès que je rentre le soir".

Les restaurants malades du Covid  

Les restaurants sont sans conteste l'une des activités les plus touchées par la crise sanitaire. Maheata Banner, associée du restaurant "Black Garden" à Papeete en Polynésie expliquait en novembre à La1ère qu’elle avait déjà dû se séparer de trois employés et que le pire semblait à venir.
 

Je ne sais pas si je vais tenir jusqu'à la fin de l’année.

Maheata Banner, associée du restaurant "Black Garden"

 

Lors de la mise en place du couvre-feu, elle dénonçait alors le manque d’aides du pays. "C’est le gouvernement qui nous empêche de travailler [..] mais d’un autre côté les charges, elles, ne changent pas, on continue d’être prélevés".

Tous les restaurants n'ont pas réussi à srmonter cette crise. Au mois de mai dernier, à La Réunion, le tribunal de commerce de Saint-Denis s'apprêtait à liquider le restaurant "Le Black Pearl", situé à Saint Denis. La dernière soirée a eu lieu le 13 mars 2020, juste avant le confinement. Ses portes sont depuis restées fermées et le resteront. Son gérant, Ludovic Nabet, a demandé la liquidation judiciaire.

Regardez le reportage de Réunion la1ère : 

Le tourisme asphyxié

Autre secteur particulièrement exposé avec la crise sanitaire : le tourisme. Au mois d’octobre dernier, alors que la nouvelle saison démarrait, les professionnels aux Antilles ne cachaient pas leur inquiétude.

"Si aux Antilles nous ratons cette haute saison, de nombreuses entreprises seront sans doute contraintes de cesser purement et simplement leur activité", affirmait Philippe Lecuyer, le président de ZILEA, le cluster du Tourisme en Martinique.

Cette inqétude s'est dissipée au mois de décembre. Les professionnels du tourisme ont retrouvé le sourire avec des réservations en très forte hausse. La circulation du coronavirus était alors au plus bas et les plages, les restaurants et les hôtels étaient ouverts avec très peu de restrictions. Les touristes venus de métropole ont été nombreux à être séduits par des vacances de fin d’année au soleil. "On a cette chance de pouvoir être sur l’île et de profiter de ses bienfaits", affirmait un vacancier rencontré sur la côte ouest de la Martinique.

Cet afflux ont soulagé le secteur du tourisme, en souffrance. "Ça fait du bien et il était temps que ça arrive, car depuis neuf mois, c’est assez compliqué", expliquait Olivier Paul, gérant de résidences touristiques qui durant cette période a affiché complet.

Mais cette embellie s'est malheureusement révélée de courte durée. Au mois de février, de nouvelles mesures restrictives sont annoncées pour tenter d'endiguer la pandémie de Covid-19 avec notamment la nécessité de présenter un motif impérieux pour se rendre en Outre-mer. Ce nouveau tour de vis du gouvernement provoque la consternation des professionnels du tourisme à l'approche des vacances de carnaval et de février, une saison cruciale pour le secteur.

Droit vers la faillite 

François Baltus Languedoc, directeur général du Comité martiniquais du tourisme, s'est à nouveau inquité face à ces nouvelles restrictions qui, selon lui, entraînent "un arrêt pur et simple de la saison touristique". "C'est un véritable effondrement", abonde Patrick Vial-Collet, président de la CCI de Guadeloupe et également à la tête d'un groupe hôtelier. "Nous comptons près de 90 % d'annulations alors que la fermeture des pistes de ski nous était favorable", déplore-t-il, évoquant une situation "difficile" où beaucoup d'établissements "vont droit vers la faillite".

Ces annulations touchent, au-delà des hôtels, toute la chaîne du tourisme. "Les hôteliers ne comptent que pour 1/3 de l'hébergement local", rappelle Patrick Vial-Collet. La fédération du tourisme de proximité de Guadeloupe, qui réunit des gîteurs de l'île, témoigne d'entreprises "asphyxiées". Chez les loueurs de voitures, on constate le même effondrement.

En un week-end, nous comptons 60.000 euros d'annulation, soit près de 80 % de nos réservations prévues.

Laetitia Theleme, agence Sixt de l'aéroport de Pointe-à-Pitre. 

 

Du côté des restaurants, qui gardent le droit d'être ouverts en Guadeloupe, c'est aussi la douche froide. "Nous avions repris une bouffée d'oxygène en janvier, sans que l'épidémie ne reparte ici, preuve que nous avons été exemplaires", explique Rudy Nainan, le président de la fédération des restaurateurs des îles de Guadeloupe. Mais désormais, "l'incertitude revient sur l'évolution des prochaines semaines".

Ce ne sont pas les mutants du Covid qui nous tueront, mais la crise économique.  

Thierry Brovelli, directeur de l'hôtel Intercontinental Tahiti

 

A Saint-Barthélemy, les annonces gouvernementales ont également été reçues comme un coup de massue. "Février devait être le meilleur mois de tous les temps en terme d'occupation des chambres d'hôtels et de villas", se désespère Nils Dufau, président du Comité territorial du tourisme, qui accompagne les professionnels du secteur. "Les gens réservaient car ils voyaient Saint-Barthélemy comme une zone sûre face au Covid-19", rappelle-t-il.

Un coup de massue

La fermeture des frontières est également une catastrophe en Polynésie où le tourisme est le pilier de l'économie. "Dans deux semaines on n'aura plus d'arrivées du tout de nos principaux marchés émetteurs pour au moins deux mois, peut-être trois", déclarait Thierry Brovelli, directeur de l'hôtel Intercontinental Tahiti et coprésident du Conseil des Professionnels de l'Hôtellerie.

En ce mois de février, les hôtels, comme les pensions de famille sortaient tout juste la tête hors de l’eau en Polynésie. Cette nouvelle fermeture des frontières a alors sonné comme un retour en arrière. A Bora Bora, les grosses structures qui emploient parfois des centaines de salariés ne vont pas pouvoir ouvrir juste avec la clientèle locale le week-end. Les fermetures, au mieux temporaires, vont être nécessaires.

Pour les professionnels du tourisme, le choc est rude et inattendu alors que la situation commençait à s’améliorer. "C’est un coup de massue, on commençait à aller un peu mieux, c’est la mort maintenant ! [...] Il n'y a aucune recette qui rentre, par contre on doit payer nos charges", indiquait Patrick Mahuta, prestataire de service à Bora Bora

Aucun territoire épargné

Les conséquences de cette crise se mesurent chaque jour davantage et touchent l'ensemble de l'économie. Fermeture des frontières, motifs impérieux, couvre-feu, confinement... Aucun territoire des Outre-mer n'est épargné.

La crise du Covid-19 a des effets dévastateurs sur les économies avec des répercussions sociales et un risque d’écroulement, comme en témoigne le rapport publié le vendredi 22 janvier par l’Association des chambres de commerce et d’industrie des outre-mer (Acciom), sobrement intitulé "Outre-mer : l’état d’urgence".