En janvier et février 2009, une grande grève générale contre la vie chère paralysait la Guadeloupe et la Martinique. Quelques semaines plus tôt, ce sont les habitants de la Guyane qui manifestait leur mécontentement face à la vie chère. D'autres territoires suivront : Mayotte en 2011, la Guyane de nouveau en 2017 et La Réunion en 2018. Depuis 10 ans, vie chère et carburants mettent le feu aux départements d'outre-mer.

Regardez le décryptage de Kelly Pujar

10 ans de colère contre la vie chère

Des Gilets jaunes à La Réunion

En novembre dernier,  des Réunionnais enfilaient des gilets jaunes. C’était le point de départ d'une crise sociale majeure sur l’île de l’Océan Indien. Dans l'hexagone, la hausse du prix des carburants fait office d'étincelle. Mais sur l'île, la contestation va bien au-delà : pouvoir d'achat, pauvreté et taux de chômage élevé viennent allonger la liste des revendications. D’après l’INSEE, 23% des Réunionnais sont au chômage. Un taux qui atteint même 39% chez les moins de 30 ans

Rassemblement des gilets jaunes à La Réunion, le 23 novembre, devant la préfecture à Saint-Denis © Richard BOUHET / AFP


Ce mouvement social est loin d'être une première. Depuis 10 ans, vie chère et carburants mettent le feu aux départements d'outre-mer.
 

La Guyane en 2008, déjà

Fin 2008, la Guyane est dans la rue. On ne parle pas encore de gilets jaunes. Mais déjà, des manifestants réclament une baisse de 50 centimes du prix du litre des carburants. Une mobilisation née d'un collectif de consommateurs et de transporteurs rejoints par les syndicats.

Le 28 novembre 2008, des Guyanais manifestent à Cayenne, afin de protester contre le prix des carburants à la pompe. © JODY AMIET / AFP


Ronds-points bloqués. Rideaux des commerces baissés. Insfrastructures paralysées… Au bout de onze jours, un accord est finalement conclu.Trois semaines plus tôt, des transporteurs réunionnais obtenaient, eux, une baisse de 20 centimes du litre de gazole. La colère fait tâche d'huile dans les autres DOM.
 

Les Antilles en 2009

En janvier et février 2009, une grande grève générale contre la vie chère paralyse la Guadeloupe pendant 44 jours et la Martinique pendant 38 jours. La grogne débute dans l’île papillon le 20 janvier 2009 à l'appel du à l'appel du LKP et son leader Elie Domota.

Manifestation à Jarry en Guadeloupe, à l'appel du LKP, le 10 février 2009. © JULIEN TACK / AFP


En février puis en mars, Martiniquais et Réunionnais se mobilisent aussi. Ils réclament un contrôle des prix des produits de base et une hausse des bas salaires. Derrière ces revendications, les situations de monopole et les profits abusifs sont mis en accusation. Face aux économies fragilisées et à la mort d'un syndicaliste, Jacques Bino, lors d'une nuit de violences, l'Etat ne peut plus ignorer la crise.

Jacques Bino, à qui Frédéric Gircour et Nicolas Rey dédient leur ouvrage "LKP Guadeloupe : le mouvement des 44 jours" © LS

Des états généraux

Dans un premier temps, Yves Jégo incarne la négociation et des accords sont signés aux Antilles. Mais l'éphémère secrétaire d'Etat à l'Outre-mer est écarté. L'Elysée reprend la main. Nicolas Sarkozy lance les Etats généraux de l'Outre-mer.

Elie Domota, leader du LKP, signe un accord de fin de conflit le 4 mars 2009. © JULIEN TACK / AFP

Des ateliers sont organisés. Le succès est mitigé. Un mois après la restitution, le gouvernement adopte 137 mesures censées répondre aux attentes.

Pourtant, la vie chère persiste. Dans les DOM, les produits alimentaires restent plus chers qu'en France hexagonale, jusqu'à 38% en Martinique, d’après l’INSEE.