Documentaire : repenser « Notre monde », c’est possible

cinéma
"Notre monde"
©DR
Il est encore temps d’aller voir le documentaire de Thomas Lacoste, « Notre monde ». Un appel de 35 intellectuels à la réflexion et à l’action, avec la présence des universitaires Louis-Gorges Tin et Pap Ndiaye, qui interviennent sur les questions de la discrimination et des minorités. 
Le principe est simple, finalement. Vous prenez 35 universitaires, sociologues, philosophes, historiens, écrivains, juristes, médecins etc., puis vous les interrogez environ cinq minutes chacun sur d’importantes problématiques sociétales. Cela donne un documentaire, long de deux heures certes, mais loin d’être « prise de tête ». Bien au contraire.
 
Les questions évoquées sont passionnantes et concernent notre vie de tous les jours : l’école, la justice, le travail, la culture, les relations sociales... Nous reproduisons ci-dessous des extraits des interventions (la totalité dans la vidéo) de l’universitaire d’origine martiniquaise Louis-Georges Tin, et de l’historien franco-sénégalais Pap Ndiaye. L'intégralité des entretiens réalisés pour le film est disponible plus bas. 
 
Louis-Georges Tin : pour un ministère de l’égalité
 
« Cent pour cent des Français sont discriminables, pour peu que l’on s’en tienne aux critères européens de discrimination. Les femmes, les Noirs, les Arabes, les Juifs, les homosexuels, les personnes en situation de handicap, les jeunes, les vieux, toutes ces personnes réunies forment déjà 80 pour cent de la population française. Ceux qui restent, et qui forment par conséquent une minorité, ont été jeunes je suppose, sont appelés à vieillir j’imagine, et peuvent donc également être victimes de discrimination. Par conséquent personne ne peut être certain d’être à l’abri de la discrimination tout au long de sa vie ».
 
« Il faudrait traiter cette question d’une manière globale et pas d’une manière partielle. Pour ce faire il faudrait créer en France un ministère d’Etat consacré à l’égalité et à la diversité. Notre dispositif aujourd’hui est incohérent, illisible et inefficace ».

Louis-Georges Tin : pour la dépénalisation internationale de l’homosexualité
 
« Je souhaite ici plaider pour une résolution aux Nations unies sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Aujourd’hui plus de 80 pays condamnent l’homosexualité, parfois à la peine mort. L’amour est-il un crime ? »
 
« Il faudrait un texte contraignant, qui devienne en quelque sorte une loi internationale, qui ne sera pas respectée par tout le monde, mais par certains pays qui essaient d’avoir une certaine respectabilité sur la scène internationale. (…) C’est un enjeu essentiel pour les droits humains, les droits humains fondamentaux. Aujourd’hui qu’il y ait dans le monde entier des gens qui soient persécutés pour ce qu’ils sont, et pas pour ce qu’ils font, est une chose insupportable. Des intégrismes de toutes les religions jouent un rôle désastreux en l’occurrence. »

Pape Ndiaye : le paradoxe minoritaire
 
« Réfléchir sur les minorités, c'est réfléchir sur la manière dont la société française est organisée, dont les sciences sociales se sont pensées depuis un siècle, et c'est aussi réfléchir sur la démocratie, et l'incapacité pour certains de faire valoir les torts et les méfaits qui les affectent en tant que Noir, Arabe, homosexuel, ou toute autre catégorie minoritaire. Ce genre de réflexion, plutôt courant dans d'autres pays, a du mal à s'imposer en France, compte tenu de l'universalisme républicain qui est méfiant à l'égard de ces voix (vous connaissez la fameuse formule de « communautariste » faite pour balayer d'un revers d'illégitimité celles et ceux qui osent s'exprimer en tant que tels).
Mais c'est aussi dû à la manière dont la gauche française a été structurée, avec sa représentation en classe sociale, avec ce fond marxiste, qui évidemment a son importance et son intérêt pour penser les inégalités, mais qui a du mal à saisir d'autres découpages et d'autres formes d'inégalités dans la société française. »

 
BONUS. Il est possible de retrouver tous les entretiens du film ici