Gay Pride 2013: trois questions à David Auerbach Chiffrin (Fédération Total Respect - Tjenbé Rèd)

société
David Auerbach Chiffrin
David Auerbach Chiffrin, porte-parole de la Fédération Total Respect/Tjenbé Rèd à la manifestation en faveur du mariage pour tous à la Bastille, le 21 avril 2013 ©Aline Euzet
Interview. A la veille de la Marche des fiertés 2013 (Gay Pride) de Paris, David Auerbach Chiffrin, porte-parole de la Fédération Total Respect - Tjenbè Rèd, qui lutte contre l'homophobie, fait le point sur la question de l’homosexualité dans les Outre-mer. 
La Marche des fiertés 2013, plus connue sous le nom de Gay Pride, se déroulera à Paris samedi 29 juin. Cette année, la Gay Pride fêtera l’adoption historique de la loi en faveur du mariage des homosexuels. Cette treizième édition, qui aura pour slogan "Droits des LGBT (Lesbiennes, Gaies, Bi, Transsexuels) : allons au bout de l’égalité", partira à 14h de Montparnasse, place du 18 juin 1940, pour rejoindre la place de la Bastille vers 16h où aura lieu un grand concert.
 
Les Outre-mer seront représentés principalement par la Fédération Total Respect – Tjenbé Rèd, association afro-caribéenne de lutte contre l’homophobie, qui défilera avec le char du Centre régional d’information et de prévention du sida (Crips) d’Ile-de-France. David Auerbach Chiffrin, porte-parole de la Fédération et originaire de Martinique, nous explique l’action de son organisation.
 
Allez-vous porter des revendications particulières à la Marche des fiertés cette année ?
David Auerbach Chiffrin :
Nous allons continuer notre lutte contre les homophobies, contre le sida et contre le racisme. Nous avons déjà obtenu une importante satisfaction, qui est le mariage pour tous, mais nous observons cependant qu’il y a onze nationalités qui ne pourront pas se marier en France avec des personnes de même sexe, notamment des trois pays du Maghreb.
Le principal verrou législatif contre l’homophobie a sauté, bien qu’imparfaitement donc, mais il reste à ancrer cela dans la réalité sociale quotidienne, notamment dans les Outre-mer. Il convient de faire évoluer les mentalités dans ces régions, de continuer notre grand travail de dialogue avec la société civile, les autres associations et les médias, dialogue que nous menons depuis 2005.
 

Gay Pride
La Gay Pride 2013 se déroule samedi 29 juin à Paris ©DR

En Outre-mer, on a assisté à une résurgence de discours homophobes à l’occasion du débat sur le mariage pour tous, où certains élus ont pris des positions controversées. Quel est votre sentiment sur cette situation ?
David Auerbach Chiffrin :
Il y a plusieurs ordres de réalité. Sur celui du discours officiel, il y a eu des arguments extrêmement violents et homophobes que l’on avait pas entendus depuis longtemps, venant de personnes qui en ont fait leur fond de commerce, comme monsieur Raymond Occolier en Martinique (maire du Vauclin, ndlr). Ces gens-là n’ont rien à dire du point de vue politique en général. Ils se réduisent à la seule expression de leur homophobie qui leur tient lieu à la fois de programme et de philosophie.
Il faut noter cependant qu’il y a eu des prises de position publiques en faveur du mariage pour tous. Des associations comme le Collectif Dom, la Ligue des droits de l’homme en Martinique et en Guyane, des hommes et femmes politiques comme le député Serge Letchimy et le sénateur Serge Larcher en Martinique, ont pris des positions claires et nettes, très fortes.
Par ailleurs, quand on parle avec les gens, quand on leur dit que c’est une histoire d’amour, de respect et de dignité de chaque personne, on voit qu’ils réfléchissent.
Du point de vue des pratiques, elles sont doubles dans les Outre-mer. Il y a d’abord une pratique de violence certaine à l’égard des personnes homosexuelles, avec des propos très désagréables et de la violence psychologique très forte dans les familles, premiers lieux de violence pour les personnes homosexuelles, parfois avec des meurtres comme en Martinique en 2012. Ces violences sont particulièrement destructrices pour les jeunes. D’un autre côté, il y a ce qui est caché, de l’ordre de ce qu’on appelle en créole « anba-fey » (littéralement "sous la feuille", ce qui est clandestin, ndlr). Ce que l’on peut faire mais que l’on ne doit pas dire. Il y a une très grande liberté des pratiques et tout le monde le sait, une grande permissivité à condition qu’on en parle jamais. C’est une sorte de contrainte culturelle héritée de la christianisation contrariée qui était imposée aux esclaves.
 
Ne faudrait-il pas que des personnalités ultramarines fassent leur « coming out » pour que l’homosexualité soit beaucoup moins stigmatisée en Outre-mer ? 
David Auerbach Chiffrin :
C’est évidemment une étape indispensable. Mais au-delà du coming out d’homosexuels il doit aussi y avoir le coming out de personnes non homophobes, comme le musicien Jacob Desvarieux qui a très courageusement dit qu’il était en faveur du mariage pour tous. Il a été malheureusement trop isolé.
Effectivement nous avons aussi des élus, des artistes et des personnalités qui sont homosexuels comme partout sur la planète. Certains l’ont dit. Il y a en d’autres dont on connaît l’homosexualité, c’est un secret de polichinelle, et il n’y a rien de honteux à cela. Mais simplement ils ne se sentent pas à l’aise pour le dire aujourd’hui. Peut être par honte, à cause de leur famille, ou parce qu’ils ne veulent pas perdre des électeurs. Pourtant, où serait l’obstacle à le dire très simplement, sans exhibitionnisme ? Il n’y a rien de sale ou de honteux à dire que l’on est homosexuel. Ce que l’on attend d’une personnalité publique et notamment d’un homme ou d’une femme politique, c’est du courage. 
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