Nickel : ombres chinoises en Indonésie

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L'usine du Nord de KNS en Nouvelle-Calédonie
L'usine du Nord de KNS en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin
L'optimisme est de rigueur dans les relations publiques liées au nickel, sauf que, la réalité risque d'être bien différente. 2020, un horizon pas si lointain, pourrait bien réserver de mauvaises surprises.
Le nickel transformé en métal coûte cher, en tout cas son prix est largement supérieur à des substituts qui permettent de produire un acier inoxydable, les ferritiques, de même apparence, mais d'une moindre qualité. 
En remplaçant le nickel par un cocktail de chrome et de manganèse, on fait donc un inox trois fois moins cher, mais dont les propriétés anti-corrosion sont moins bonnes.
 

Horizons incertains.

Peu importe, pour certaines applications les usines sidérurgiques chinoises, européennes ou américaines produisent aussi des bobines d'inox, sans nickel, pour de nombreuses applications: coutellerie, machines à laver, éviers. En effet, les prix iront du simple au double selon que l'acier inoxydable utilisé contiendra ou ne contiendra pas de nickel. C'est pourquoi, les sidérurgistes de l'acier inoxydable ne choisiront d'ajouter du nickel, comme matière première, que si son prix d'achat n'est pas dissuasif. 


19 000 dollars la tonne de nickel

Du reste, une tonne d'acier inoxydable au nickel contient déjà 80 % de chutes d'inox, autrement dit des ferrailles de récupération, auxquelles on ajoute pour optimiser la qualité 10 % de fer et 2,5 % de nickel pur. 
Et ce sont ces 2,5 % qui valent cher. La tonne de nickel pur vaut 19 000 dollars au cours du LME à Londres. Les autres composants de l'acier inoxydable font partie du secret des "maîtres de forges".


SLN 25 ou KNS 33 ? 

Pour les sidérurgistes européens ou américains qui consomment du nickel, le meilleur "métal du diable" porte un nom: SLN 25. Un chips de métal contenant du nickel, autour de 25 %, du fer, et juste ce qu'il faut de chrome. 
Un savant mélange, toujours dans les mêmes proportions, quelles que soient les livraisons. Cette régularité permet à l'aciériste de préparer sa "soupe" d'acier inoxydable en fusion avec un nickel de haute qualité. Qu'ils soient américains, belges d'Aperam ou allemands de Thyssen, les sidérurgistes de l'inox reconnaissent la qualité supérieure du nickel "made-in-SLN" de Nouvelle-Calédonie.

Seulement voilà, un nouveau concurrent va apparaitre. L'usine calédonienne du Nord, celle de KNS, fait commercialiser par Glencore un nickel dénommé KNS 33 par les sidérurgistes européens. Et il contiendra 33 % de nickel. Un peu plus que celui de la SLN, mais là n'est pas l'essentiel. Le prix sera déterminant et celui annoncé par KNS, s'il est maintenu, sera plus que compétitif selon un sidérurgiste qui préfère rester anonyme. Alors SLN 25 ou KNS 33 ? "Tout dépendra du prix du nickel tout en sachant que nous ne payons ni le fer ni le chrome du SLN 25". 


Une menace pour les usines calédoniennes

La guerre des prix du nickel s'annonce rude, Glencore ne fera pas de cadeau à Eramet et à la SLN. Pour les grands producteurs de nickel il convient donc d'optimiser, de baisser les coûts de production du métal pour rester compétitif.
Mais au fil du temps, d'autres acteurs se profilent et ils constituent une menace redoutable pour les usines calédoniennes. Faute de "Doctrine Nickel" en Nouvelle-Calédonie comme l'évoquaient récemment Georges Pau-Langevin la Ministre des Outre-mer et depuis quelques années l'expert du nickel et des matières premières, Didier Julienne.


Les Chinois avancent leurs pions.

"China NPI Parc". C'est ainsi que les industriels chinois de l'acier inoxydable et du nickel appellent leurs futures usines indonésiennes de fonte de nickel ( NPI ). Elles seront construites selon le concept des zones industrielles dédiées et intégrées, un peu comme un parc d'attraction. 
 
Selon un expert qui s'exprime lui aussi sous couvert d'anonymat : "lorsque les Indonésiens disent qu'ils ne veulent plus exporter leur minerai, mais le transformer sur place, les Chinois accourent pour construire des usines et les exploiter comme ils l'ont déjà fait en Afrique dans d'autres domaines". La véritable interrogation concerne l'usine franco-japonaise de Weda-Bay Nickel. Selon le Jakarta Post, le géant japonais Mitsubishi va lancer sa construction mais son associé français majoritaire, Eramet, semble lui hésiter.
 

Des usines lowcost en 2020

Quoi qu'il en soit, trois chantiers de construction d'usines de nickel devraient être lancés par les chinois en Indonésie. Leur entrée en service est prévue au plus tard en 2020. Des usines "low-costs" qui produiront, elles aussi, du ferronickel. Un métal comparable au SLN 25 et au KNS 33. 
 
Le nickel indonésien constituera un sérieux concurrent pour l'ensemble des productions asiatiques y compris pour la Nouvelle-Calédonie. D'autant que les Chinois qui vont en Indonésie sont des sidérurgistes de l'acier inoxydable. Ils vont donc faire de l'intégration verticale à l'image de ce que fait le sidérurgiste sud-coréen Posco dans l'usine construite avec son partenaire calédonien majoritaire de la SMSP. 
 
Les futures " China NPI Parc", les grandes usines chinoises de nickel d'Indonésie lorsqu'elles seront opérationnelles et qu'elles inonderont le marché du nickel mettront sans doute à mal les prévisions optimistes des banquiers-analystes du nickel londonien. Et ce jour-là, si le nickel de Nouvelle-Calédonie n'est pas concurrentiel, il en subira les conséquences…