outre-mer
territoire

"Taubira comparée à un singe ? Les Ultramarins se sont sentis humiliés par Minute"

justice
Justice : la XVIIe chambre correctionnelle du TGI de Paris
La XVIIe chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris est spécialisée dans les affaires de presse. ©LS
Trois mois avec sursis et 10.000 euros d’amende, c’est la peine requise à l'encontre du journal Minute. L'hebdomadaire d’extrême droite était jugé mercredi au tribunal correctionnel de Paris pour sa Une du 13 novembre 2013 : "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane".
Christiane Taubira n’était pas présente à l’audience. Et pour cause, la garde des Sceaux a fait le choix de ne pas porter plainte contre le journal Minute, poursuivi par le parquet pour injures raciales. L’hebdomadaire d’extrême droite était jugé ce mercredi à Paris, en l’absence de son directeur de publication, Jean-Marie Molitor. Le jugement a été mis en délibéré au 30 octobre prochain.

Le 13 novembre 2013, en plein débat sur le mariage pour tous, on pouvait lire à la Une du journal : "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane". Deux semaines auparavant, l’hebdomadaire avait fait paraître le dessin d'un petit singe savant se plaignant d’être "caricaturé en Taubira".

"Dans cette affaire, Christiane Taubira est devenue intouchable"

"Nul n’ignore que la comparaison entre un singe et une personne noire est une injure raciste !", lance à la barre l’avocat de la Ligue des droits de l’homme, l’une des quatre associations à s’être constituées parties civiles. Dans la salle boisée de la 17e chambre correctionnelle, une dizaine de militants opinent du chef, autocollants "Maison des potes" flanqués sur le veston. L'avocate de la Ligue citoyenne renchérit : "Madame la Présidente, les Ultramarins se sont sentis humiliés par cette publication…". Exaspération manifeste sur le banc de la défense, Maître Frédéric Pichon pousse un grand soupir.


Quand vient l’heure de sa plaidoirie, l’avocat de Minute dénonce la "stratégie de victimisation" de la garde des Sceaux. "Dans cette affaire, Christiane Taubira est devenue intouchable. Même quand l’humoriste Anne Roumanoff caricature son accent, elle est obligée de faire des excuses publiques !, déplore-t-il. En novembre 2013, Taubira n’est pas visée parce qu’elle est noire, mais parce qu’elle symbolise une loi contestée : celle du mariage pour tous." (Ecoutez ci-dessus l’avocat de Minute.)

"Minute a joué la carte de la surenchère"

Un argument qui n’a visiblement pas convaincu la procureure. Elle a requis trois mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende à l’encontre du directeur de Minute pour sa Une du 13 novembre, un mois avec sursis et 5000 euros d’amende pour le dessin du petit singe.

Ecoutez ci-dessous Jérôme Karsenti, l’avocat de la Maison des potes. A la sortie de l’audience, il s'avoue un peu déçu des réquisitions.

Lors de son réquisitoire, la procureure s’est appliquée à dresser la liste des attaques racistes subies par Christiane Taubira à l’automne 2013. Pour elle, c’est un choix éditorial "clair et assumé" de l’hebdomadaire, qu’elle accuse d’avoir "joué la carte de la surenchère". "Si ce n’était pas du racisme, martèle-t-elle, pourquoi avoir choisi "maligne comme un singe" et pas "rusée comme un renard" ?" La pique a fait mouche. 
L’affaire "Anne-Sophie Leclère" renvoyée au 17 septembre 2015
Mercredi 24 septembre 2014, à la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris, il devait également être question d’Anne-Sophie Leclère. Cette ex-candidate du Front National avait - elle aussi - comparé Christiane Taubira à un singe à l'automne 2013. Son cas devrait finalement être examiné le 17 septembre 2015. L'affaire étant traitée à la fois en Guyane et dans l'hexagone, les juges parisiens attendent que le TGI de Cayenne aille au bout des procédures en cours. Le 15 juillet dernier, le tribunal guyanais a condamné Anne-Sophie Leclère à 9 mois de prison ferme pour injures raciales. Elle a fait appel de sa condamnation. Pour son avocat, Me Jérôme Triomphe, présent à l’audience ce mercredi, "c'est un jugement proprement scandaleux".
Publicité