La canne à sucre à l’origine d’un futur antibiotique contre les maladies nosocomiales ?

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Bactérie de la canne à sucre et antibiotique (albicidine)
Bactérie de la canne à sucre et antibiotique (albicidine) ©CIRAD
Une équipe du Cirad (Centre de recherche agronomique)  vient de trouver, en collaboration avec l’université technique de Berlin, la structure de l’albicidine. Il s’agit d’un antibiotique fabriqué par une bactérie de la canne à sucre, capable de traiter les maladies nosocomiales. 
La1ère s’était déjà intéressé à la canne à sucre qui est une plante unique. Elle permet de faire du sucre, du rhum, mais aussi de l’électricité ou encore du biocarburant. Dernière découverte : la canne peut aussi servir à découvrir de nouveaux antibiotiques. Pour être plus précis, il s’agit d’une bactérie de la canne qui porte le doux nom de Xanthomonas albilineans et qui fabrique l’albicidine.

L'albicidine capable de lutter contre les maladies nosocomiales

Cette bactérie est à l’origine de la maladie de l’échaudure qui infecte les feuilles de canne à sucre. Des lignes blanches apparaissent alors sur les feuilles, d’où le nom donné à la bactérie (albi lineans qui signifie ligne blanche). Cela fait 30 ans que les chercheurs du CIRAD planchent sur cette bactérie. "L’albicidine fabriquée par cette bactérie est un puissant antibiotique potentiellement capable de lutter contre les maladies nosocomiales de plus en plus fréquentes dans les hôpitaux", explique Monique Royer du CIRAD (centre de recherche agronomique).

L'albicidine, une structure jusqu'alors inconnue

En fait, l’albicidine est connue du monde scientifique depuis les années 80, mais elle était difficile à extraire en grande quantité et sa structure était inconnue. Pourtant, les universités du Queensland et d’Hawaï avaient beaucoup travaillé sur le sujet. Mais personne n’avait réussi à interpréter les données. "C’était comme assembler, dans un puzzle, des centaines de signaux", précise Monique Royer du CIRAD.

Monique Royer et Stéphane Cociancich, chercheurs au CIRAD
Monique Royer et Stéphane Cociancich, chercheurs au CIRAD ©CIRAD


L'albicidine enfin caractérisée

Ce n’est qu’au cours des derniers mois de 2014 que les travaux du Cirad et de l’Université technique de Berlin ont abouti à la caractérisation de la structure de l’albicidine. Ces résultats sont décrits dans un article paru en janvier 2015 dans la revue internationale Nature Chemical Biology. C’est une petite équipe de quatre scientifiques du Cirad qui a réussi à isoler et purifier la molécule. "Notre travail a consisté à transférer les gènes de biosynthèse de l’albicidine chez une autre bactérie dans le but de sur-exprimer ces gènes et d’obtenir des quantités plus importantes d’albicidine, soit environ 3 mg d’albicidine pure à partir de 300 litres de cultures bactériennes" précise Stéphane Cociancich.

Un médicament peut-être dans 10 ans

Un brevet, déposé par le Cirad et l’Université technique de Berlin, protège l’utilisation du protocole de synthèse chimique de l’albicidine. "Mais le chemin est encore bien long et incertain pour que l’albicidine puisse entrer dans la pharmacopée, précise Monique Royer . Il faudra au minimum 10 ans. Il faut d’abord s’assurer que ce futur médicament n’ait pas d’effets secondaires pour l’homme. Il faut aussi qu’un gros laboratoire s’intéresse à ce sujet".