Air cocaïne : le procès de quatre Français est suspendu à Saint-Domingue

trafic de drogue
Ouverture du procès "air Cocaïne" à Saint-Domingue : quatre français à la barre
Selon les autorités dominicaines, 680 kg de cocaïne répartis dans 26 valises se trouvaient à bord du Falcon 50. ©ERIKA SANTELICES / AFP
Le procès de 14 personnes, dont quatre Français, accusées de trafic de cocaïne entre la République dominicaine et la France a été suspendu ce lundi, à la demande du procureur qui accuse le tribunal de partialité. Il s'agit d'un énième rebondissement dans cette affaire. Explications.
Quatorze personnes, dont quatre Français, accusées de trafic de cocaïne entre la République dominicaine et la France, devaient être jugées à partir de ce lundi, à Saint-Domingue. Quelques heures après son ouverture, le procès a été suspendu. Le procureur, Milciades Guzman, accuse le tribunal de partialité. Il a demandé la récusation du tribunal, une requête sur laquelle devra statuer la Cour d'appel. Cette suspension du procès intervient après les deux reports déjà prononcés en septembre puis décembre 2014.

Qui est impliqué ?

Le pilote Pascal Fauret, son co-pilote Bruno Odos, leur passager Nicolas Pisapia et une quatrième personne, le "broker" Alain Castany, un apporteur d'affaires dans le jargon. Tous ont été interpellés sur le tarmac de la station balnéaire dominicaine de Punta Cana le 19 mars 2013, alors qu'ils s'apprêtaient à décoller pour la France.

Que leur reproche-t-on ?

A bord du Falcon 50, propriété du lunetier français Alain Afflelou mais affrété par une société de location, SN-THS, basée à Bron près de Lyon, se trouvaient 680 kg de cocaïne répartis dans 26 valises, selon les autorités dominicaines.
Dans la foulée, une quarantaine d'agents des douanes, de la police anti-drogue et des services migratoires de l'île avaient aussi interpellés.

Pourquoi le procès pouvait-il être reporté ? 

Ce lundi, ils étaient quatorze dans le box des accusés, dont les quatre Français qui risquent, selon un avocat, jusqu'à 25 ans de prison, un civil et neuf militaires. La première audience devait être consacrée à la présentation des charges et des preuves par le procureur Milciades Guzman dans cette affaire surnommée en France "Air cocaïne". "On peut supposer que côté dominicain, certains ne sont pas pressés que le procès se tienne et qu'on cherchera peut-être à manœuvrer pour obtenir un nouveau renvoi", avait déclaré, avant le début du procès, Pascal Fauret à l'AFP. "Je ne le supporterai pas. Je ne veux pas passer ma vie ici", ajoutait ce père de famille qui aura 55 ans mardi, également pilote chevronné et ancien de la marine nationale qui a bifurqué vers le transport civil puis l'aviation d'affaires.

Les pilotes savaient-ils qu’ils transportaient de la drogue ?

Des membres du Syndicat des pilotes français devaient témoigner pour soutenir leurs collègues. Les deux pilotes, aujourd'hui assignés à résidence en République dominicaine après 15 mois de détention, ont toujours nié avec eu connaissance de la nature de la cargaison chargée à bord de leur appareil. "On a été arrêté dans un gros coup de chalut qui devait emporter tout un réseau", souligne de son côté pour l'AFP Bruno Odos.
A mots couverts, les pilotes et leurs proches dénoncent une mise en scène destinée à redorer le blason d'une partie de l'appareil sécuritaire local : "Nous n'avons jamais été auditionnés par les Dominicains. Seulement 10 minutes par la DEA (agence anti-drogue, ndlr) américaine. L'histoire s'est écrite sans nous".

S’agit-il d’un vol privé ou commercial ?

Sur le rôle des autres Français, Pascal Fauret et Bruno Odos affirment qu'ils ne connaissaient pas Nicolas Pisapia, "un client courtois, silencieux, ponctuel", avant une série de vols entamée avec lui en 2012. Quant à Alain Castany, il était une personne connue à l'aéroport du Bourget mais leurs relations se limitaient jusqu'alors à "bonjour, bonsoir".
L'enjeu crucial pour les pilotes est d'éclaircir aux yeux du tribunal la nature du vol du Falcon. Privé ou commercial ? Dans le premier cas, ils sont responsables des bagages. Dans le second, non.

Y-a-t-il eu d'autres vols suspects ?

En France, l'enquête a démarré après l'interception de l'avion en République dominicaine. Mais les gendarmes avaient été mis, dès janvier 2013, sur la piste de "comportements suspects" de passagers d'un Falcon 50 ayant atterri un mois plus tôt à Saint-Tropez. Le 9 décembre 2012, un douanier en poste à Toulon, soupçonné aujourd'hui de complicité, était allé accueillir l'avion, avec à son bord Pascal Fauret, Bruno Odos et Nicolas Pisapia. Il avait fait rentrer sur le tarmac deux véhicules qui avaient emporté 10 valises déchargées de l'appareil. Selon l'enquête, deux autres déchargements identiques avaient eu lieu en 2012 et un autre était prévu le 18 mars 2013.