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Le combat d’une Martiniquaise pour que l'hôpital de Villiers-le-Bel soit débaptisé du nom d’un médecin aux propos racistes

L’hôpital Charles-Richet, à Villiers-le-Bel, va être débaptisé. Une décision prise mercredi, suite au combat de la Martiniquaise Paola Charles-Manclé, à l’origine d’une pétition pour qu'il ne porte plus le nom d’un médecin auteur d’ouvrages jugés eugénistes et racistes.

Paola Charles-Manclé, originaire de Martinique, avait lancé une pétition en décembre pour que l'hôpital Charles-Richet soit débaptisé. © DR
© DR Paola Charles-Manclé, originaire de Martinique, avait lancé une pétition en décembre pour que l'hôpital Charles-Richet soit débaptisé.
  • Par Laura Philippon
  • Publié le , mis à jour le
"Effacer le nom de Charles-Richet de l’hôpital ne changera pas la face du monde, mais c’est positif pour la jeunesse de notre société", se satisfait Paola Charles-Manclé qui, depuis hier, savoure la victoire. "Celle de la fraternité sur le racisme", selon cette Martiniquaise installée à Sarcelles, au nord de Paris, depuis une quarantaine d’années.

Mercredi 11 mars, elle a appris par un communiqué que l’hôpital Charles-Richet à Villiers-le-Bel allait être débaptisé sur décision de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et de la mairie de cette ville du Val d’Oise. Un soulagement pour Paola qui militait depuis des semaines pour que ce nom soit retiré. Charles Richet était un "éminent médecin", Prix Nobel en 1913, mais aussi l’auteur d'ouvrages jugés "eugénistes et racistes".

L'hôpital Charles Richet de Villiers-le-Bel sera débaptisé. © Capture d'écran Change.org
© Capture d'écran Change.org L'hôpital Charles Richet de Villiers-le-Bel sera débaptisé.

Une découverte par hasard sur internet

C'est en décembre dernier que Paola a découvert cette affaire. Passionnée de généalogie, cette quinquagénaire née à Saint-Pierre, en Martinique, aime surfer sur le net "de jour comme de nuit", précise-t-elle. "Je m’intéresse à l’origine des noms, j’y passe des heures. Une fois, j’ai tapé celui de Charles Richet du nom de l’hôpital devant lequel je passais régulièrement et où j’allais rendre visite à un proche", raconte Paola qui décrit alors sa stupeur. "J’ai relu les textes de ce monsieur à plusieurs reprises, je ne pouvais pas y croire."

Des ouvrages jugés eugénistes et racistes

Paola tombe notamment sur un ouvrage de Charles Richet, publié en 1919, et intitulé "L’Homme stupide". La Martiniquaise lit alors ces quelques lignes : "Voici à peu près trente mille ans qu'il y a des Noirs en Afrique, et pendant ces trente mille ans ils n'ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes. (...) Donc les tortues, les écureuils et les singes sont bien au-dessus des nègres, dans la hiérarchie des intelligences. Crédules, obscènes, frivoles, paresseux, menteurs, ils déshonorent l'espèce humaine". Des passages que Paola juge profondément racistes.

"L'Homme stupide" a été écrit par Charles Richet en 1919. © DR
© DR "L'Homme stupide" a été écrit par Charles Richet en 1919.


"Et si les jeunes découvrent ça ?"

Dans ses recherches, elle apprend que Charles Richet, d'abord connu pour ses travaux en médecine, a découvert l'anaphyxalie (une réaction allergique grave, aiguë qui peut causer la mort). Ce professeur a même obtenu le prix Nobel de médecine en 1913. Agrégé à la faculté de médecine de Paris, il était un fervent militant de l'eugénisme.

Il est mieux de prendre la plume et récolter des signatures, que de se saisir d’une kalachnikov pour faire des conneries








"J’étais abasourdie. Pourquoi, après avoir signé la Déclaration des Droits de l'Homme, la France a-t-elle honoré cet homme ? Je ne pouvais pas rester sans rien faire, je me disais : Paola, imagine si des jeunes tombent là-dessus. Ils vont avoir la rage !". Cette mère de famille lance alors une pétition "pour montrer aux jeunes que quand on a des idées, il est mieux de prendre la plume et récolter des signatures, que de se saisir d’une kalachnikov pour faire des conneries."

Une pétition avec près de 30 000 signatures

En décembre 2014, Paola met en ligne sur le site change.org, la pétition : "pour Charles Richet, les Noirs étaient inférieurs aux singes. Par respect pour notre humanité, changez le nom de l'hôpital de Villiers-le-Bel". "J’ai ensuite écrit à Martin Hirsch (directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris) et Christiane Taubira (garde des Sceaux). Puis je suis allée chercher mes frères d’Afrique (rires). J’ai contacté le magazine "Jeune Afrique" et les ambassades africaines en France", raconte cette Martiniquaise pleine d’optimiste au tempérament bien trempé. La pétition affiche à ce jour près de 30 000 signatures. 

© Capture d'écran Change.org
© Capture d'écran Change.org

"Tous les combats ne sont pas perdus d’avance"

"Je suis sûre que mes parents m’auraient dissuadée de faire ça. Ils m’auraient dit : c’est peine perdue, ça ne changera rien", avoue Paola à qui il en faut plus pour renoncer. Deux Antillais de l’hôpital m’ont aussi tenu ces propos. Je suis fière de ma Martinique, mais ça m’énerve d’entendre que tous les combats sont perdus d’avance. Il faut de l’optimisme, de la niaque. Ça vaut le coup !"

Face à la fronde des signataires de la pétition, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a, en effet, fini par reconnaître, dans un communiqué, que ces textes authentifiés de Charles Richet étaient "d'une telle nature qu'ils ne pouvaient être considérés comme compatibles avec le nom d'un hôpital et les valeurs du service public hospitalier".

Quel nouveau nom pour l’hôpital ?

Le futur nom de l'hôpital n'a pour le moment pas été dévoilé. De son côté, la mairie de Villiers-le-Bel va en profiter pour changer l'appellation de la rue du même nom, lors du prochain Conseil municipal.
Lorsque l’on demande à Paola si elle a une proposition de nom pour l’hôpital, la réponse est toute trouvée : "L’idéal serait le nom du premier médecin noir africain ou antillais". La Martiniquaise poursuit : "mon souhait est surtout que l’eugénisme soit abordé dans les manuels scolaires, comme je l’ai dit à Martin Hirsch."

Regardez le reportage de France Ô / Outre-mer 1ère

Regardez le reportage de Kelly Pujar, Henri Helie et Mourad Bouretima :

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Intervenants :
Paola Charles-Manclé
Jean-Claude Lescure, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Cergy-Pontoise
Jean-Louis Marsac, maire de Villiers-le-Bel

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