Vigipirate : les CRS en colère, témoignage de l’un d’entre eux

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CRS dans le cadre du plan Vigipirate
CRS dans le cadre du plan Vigipirate ©ERIC CABANIS / AFP
Depuis les attentats de janvier dernier, les CRS sont sur les dents. En région parisienne, le plan Vigipirate épuise ces policiers qui n’ont plus de week-ends et ne comprennent pas le sens de certaines missions. La1ère a recueilli le témoignage d’un CRS ultramarin en colère.  
Depuis trois mois, les forces de police et l’armée protègent des sites sensibles. Une surveillance de chaque jour qui épuise les troupes. En une semaine, révèle Le Monde (lien abonnés), trois compagnies républicaines de sécurité (CRS) se sont mises en arrêt maladie afin de manifester leur colère face aux efforts demandés depuis trois mois. Quels sont ces efforts ? La1ère a recueilli le témoignage d’un CRS ultramarin qui a souhaité garder l’anonymat.
 
La1ère : Faites vous partie de ces CRS épuisés par le plan Vigipirate ?
Oui et je ne suis pas le seul. Mes collègues n’en peuvent plus. En un seul mois, je n’ai eu qu’un seul jour de repos. Mais le pire, c’est que l’on fait beaucoup de choses qui ne servent à rien. Il arrive que l’on reste six heures debout avec 18 kg sur le dos devant des portes où il n’y a parfois personne, car les gens que l’on est censé garder sont partis en vacances…
 
Comment est-ce possible ?
Notre hiérarchie… Ce sont des bureaucrates qui ne vont jamais sur le terrain. Ils ne savent même pas comment on fait pour menotter quelqu’un. Ils sortent de l’école après leur concours. Et je ne suis pas sûr qu’ils savent que l’on a 18 kg sur le dos.
 
Pourquoi le matériel est-il aussi lourd ?
C’est notre gilet pare-balle qui pèse 15 à 18 kg. Ce sont les grosses munitions qui sont aussi lourdes. En plus, les fusils AMD sont très encombrants et pas du tout adaptés à la situation. Cela fait longtemps que l’on veut changer. Mais ils ne comprennent pas. Les commissaires, ils s’en lavent les mains, comme Ponce Pilate ! Et le jour où il se passera quelque chose, ce sera de notre faute.

CRS à l'aéroport d'Orly dans le cadre du plan Vigipirate
CRS à l'aéroport d'Orly dans le cadre du plan Vigipirate ©GEORGES GOBET / AFP

On sent chez vous une grande lassitude ?
Tous les CRS râlent. On est épuisés, on travaille non-stop. Six heures debout à ne rien faire, c’est épuisant moralement et physiquement. Et puis, on ne peut même plus prendre de congés. Récemment, il y a deux compagnies qui se sont mises en arrêt maladie. Si rien ne change, ça va continuer. Au début, les gens ont remercié la police après les attentats. Mais aujourd’hui, la gratitude, c’est fini, c’est passé.
 
Il y a beaucoup d'ultramarins dans les CRS ?
Oui, nous sommes beaucoup d’ultramarins dans les 61 compagnies. Et comme les autres, on en a marre de ces missions absurdes. Et puis, notre salaire n’a pas été augmenté depuis 2000. Il est gelé. Les primes de déplacement qui se montent à 30 euros par jour n’ont pas non plus été augmentées depuis 2002. On est corvéables 24 h sur 24. Les horaires de prise de service sont variables et nous sont communiqués au jour le jour. 
 
Qu’est-ce que vous avez envie de faire ?
Parfois, j’ai envie de laisser tomber. Beaucoup de mes collègues me disent qu’ils ne veulent pas que leurs enfants fassent le même métier. C’est dur en ce moment avec les épouses, les enfants qui ne voient pas leurs pères.