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Maintien à l'isolement d'un Guadeloupéen détenu dans l'Hexagone : "Je n'arrive plus à dormir la nuit"

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Les barreaux de la prison d'Alençon-Condé-sur-Sarthe.
Les barreaux de la prison d'Alençon-Condé-sur-Sarthe. ©AFP PHOTO CHARLY TRIBALLEAU / LA 1ERE
Il y a deux mois, La 1ère vous faisait découvrir le parcours du détenu guadeloupéen Fabrice Boromée, incarcéré dans l'Hexagone depuis 2011. Au début du mois d'août, l'administration pénitentiaire a décidé de le maintenir à l'isolement à Vendin-le-Vieil, une mesure qu'il vit de plus en plus mal.
"Le maintien à l'isolement d'office s'avère indispensable et constitue l'unique moyen d'assurer la protection des personnes et de prévenir tout risque d'incident grave au sein de l'établissement." Ainsi en a décidé l'administration pénitentiaire, début août, s'agissant de ce détenu guadeloupéen dont nous vous parlions fin juin : Fabrice Boromée.


Plus de deux ans à l'isolement

Depuis son incarcération en 2011 dans l'Hexagone, Fabrice Boromée a connu plus de dix établissements pénitentiaires différents et passé près de deux ans et demi à l'isolement. "C'est si long...", confiait-il à son avocat fin juillet. Actuellement incarcéré à la maison centrale flambant neuve et ultrasécurisée de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), il passe 23h sur 24 dans sa cellule et ne voit personne d'autre au quotidien que les surveillants. "Son unique défouloir, c'est un sac de boxe dans une cellule voisine", décrit son avocat, Me Benoit David.

Son unique défouloir, c'est un sac de boxe"







A 34 ans, le Guadeloupéen, originaire de Pointe-à-Pitre, a déjà passé près de 10 ans de sa vie derrière les barreaux. En 2011, en Guadeloupe, il écope de 8 ans de prison pour faits de violence en récidive. Il est alors transféré dans l'Hexagone, contre son gré. Depuis, les incidents avec le personnel pénitentiaire se multiplient (agressions, prises d'otages...) et les peines suivent. Le voilà désormais condamné à 28 ans, sans jamais être passé par la case "cour d'assises". Classé "détenu particulièrement signalé" (DPS), il est considéré comme "susceptible d'actes de grandes violences [...] en établissement pénitentiaire" (circulaire du 15 octobre 2012 relative aux DPS) et se retrouve soumis à des mesures de surveillance particulières. Parmi elles : le placement régulier à l'isolement.

Extrait d'une lettre de Fabrice Boromée adressée à l'Observatoire international des prisons le 28 juillet 2015 :
Lettre de Fabrice Boromée adressée à l'Observatoire international des prisons le 28 juillet 2015.
Lettre de Fabrice Boromée à l'OIP le 28 juillet 2015. ©OIP

"Torture blanche"

Un traitement "spécial" dont se désole son avocat : "Mon client n'est certes pas un enfant de chœur, mais l'isolement prolongé peut vraiment avoir des effets néfastes. Dans le milieu, on parle de 'torture blanche'". Cette forme de "torture", Fabrice Boromée la décrit minutieusement dans une lettre adressée à l'Observatoire international des prisons le 28 juillet dernier : "Je n'arrive plus à dormir la nuit. Lors des passages de ronde, c'est des claquages de portes, la lumière allumée jusqu'à ce que je me réveille et après ça rigole. Et même des coups de pieds à la porte. Ils [certains surveillants, ndlr] cherchent à me faire péter les plombs..."

Ils cherchent à me faire péter les plombs"






Une situation qui devrait bientôt prendre fin, à en croire son avocat : "Cela va faire six mois qu'il se tient vraiment à carreau. Après avoir discuté avec le directeur et plusieurs surveillants de Vendin-le-Vieil, j'ai bon espoir que l'isolement soit levé dès le mois de septembre." A défaut de retourner en Guadeloupe ("c'est mon pays, ça me manque", nous confiait-il y a quelques mois), Fabrice Boromée retrouvera peut-être bientôt un régime dit de "détention normale".

Le placement à l'isolement en quatre points
L'isolement selon "Le guide du prisonnier" rédigé par l'Observatoire international des prisons (éditions La Découverte, 30 euros) :

▶ L'isolement peut être décidé par l'administration pénitentiaire afin d'écarter des détenus considérés comme problématiques, meneurs ou dangereux, sans qu'ils aient commis de faute disciplinaire. Il permet aussi de protéger, souvent à leur demande, des détenus qui pourraient subir des pressions ou agressions de la part de leurs codétenus.

▶ Au 1er septembre 2010, 518 personnes étaient placées en quartier d'isolement dans des prisons françaises, dont 338 à leur demande, soit 65% des isolés.

▶ Qualifié par la Cour européenne des droits de l'homme d' "emprisonnement dans la prison", l'isolement peut avoir des effets psychiques et physiques dévastateurs sur les personnes détenues qui le subissent pendant de longues périodes.

▶ Le placement à l'isolement est initialement décidé par le chef d'établissement pour une durée maximale de trois mois. Mais la mesure peut ensuite être prolongée par périodes de trois mois renouvelables, sans limitation de durée. C'est ainsi que la loi ne fixe pas de durée maximale à l'isolement. L'article 57-7-68 du Code de procédure pénale prévoit certes que "l'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans", mais il ajoute immédiatement une exception à ce principe en affirmant que la limite des deux ans peut être dépassée, "à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement".
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