Glob’îles #10 : El Niño, l’enfant terrible du Pacifique empoisonne l’Outre-mer

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Eric Guilyardi, océanographe et climatologue au CNRS
Eric Guilyardi, océanographe et climatologue au CNRS ©CB
La1ère poursuit sa série de reportages hebdomadaires avant la Conférence climat, la COP21 qui aura lieu à Paris à partir de 30 novembre. Pour son dixième volet, Glob’îles fait le point sur le phénomène El Niño qui a déjà des conséquences Outre-mer.
A quelques jours de la Conférence climat à Paris la planète est en train de vivre un phénomène El Niño intense, le dernier épisode extrême remontant à 1997-1998. Ce phénomène climatique naturel qui modifie courants et vents dans le Pacifique a des effets sur toute la planète. Outre-mer, il provoque des bouleversements météorologiques et climatiques en chaîne : sécheresse, inondations, hausse brutale de la température de l’Océan, cyclones…. Tour d’Horizon dans ce reportage de La1ère :
 
A l'approche de la COP21, retour sur l'un des phénomènes climatiques qui a de lourdes répercussions Outre-mer : El Nino.

Trois questions à Eric Guilyardi, directeur de recherche au CNRS  et professeur au campus de Jussieu à Paris
 
Quand a-t-on découvert ce phénomène climatique ?
 
El Niño existe depuis des millions d’années, les scientifiques en ont retrouvé les traces dans des carottes sous-marines. A l’échelle de l’humanité, cela fait environ un siècle que les pêcheurs du Chili et du Pérou remarquent qu’au moment de Noël certaines années, il n’y a plus de poisson, d’où le nom El Niño qui veut dire "enfant" en Espagnol, donc ici l’enfant Jésus. Les scientifiques ont découvert dans les années 1970 que ce phénomène avait lieu dans tout le Pacifique tropical. El Niño dure de six à 18 mois et son intensité maximale se situe à Noël.
 
Quelles sont les conséquences d’El Nino Outre-mer ?
 
Dans le bassin Atlantique, El Niño réduit la probabilité des cyclones. La circulation d’El Niño fait que les vents atmosphériques sont moins stables. Pour avoir un cyclone, il faut une eau chaude supérieure à 28°, car le cyclone prend son énergie dans la mer et il faut également une atmosphère stable. La circulation engendrée par El Niño entraîne des vents atmosphériques moins stables, et donc limite le développement des cyclones. En revanche dans le Pacifique central, les conditions deviennent favorables et le risque de cyclones, par exemple en Polynésie française, augmente.

A La Réunion et à Mayotte, c’est plus compliqué. El Niño devrait avoir un impact à partir de mars 2016, mais ce n’est pas forcément systématique. L’océan indien va enregistrer de la chaleur et on peut craindre des épisodes de blanchissement de coraux, comme cela s’est produit en 1998 au large des deux départements français. En Guyane, El Niño se traduit pas des épisodes de sécheresse, comme c’est le cas actuellement.
 
Quel est le lien entre El Niño et le changement climatique ?
 
Le premier est que le changement climatique amplifie les événements extrêmes liés à El Niño. Ensuite, on a montré récemment que si on continue à émettre autant de gaz à effet de serre, ce que nous appelons le scénario du "laisser-faire", après 2050, les El Niño extrêmes seront deux fois plus fréquents. Or les populations ne sont pas adaptées à certains risques climatiques comme les cyclones, en particulier dans les îles de la Polynésie française. Il faut donc absolument que les émissions de gaz à effet de serre soient contenues et que l’on ne dépasse pas les 2° Celsius d’ici à la fin du siècle. 


Que feriez-vous si vous saviez ?
Un livre signé Eric et Catherine Guilyardi
Editions Essai Le Pommier