Passer professionnel : la galère pour les cyclistes d'Outre-mer (1/5)

cyclisme
Les cyclistes ultramarins
© AFP / La1ère
Éloignement de la famille, climat, peu de soutien de leur comité :  les cyclistes ultramarins rencontrent de nombreux obstacles pour arriver au plus  haut niveau. Toute la semaine, la1ere.fr leur consacre une série de portraits.
Difficile d'intégrer le milieu très fermé du cyclisme professionnel européen lorsque l'on vient des Outre-mer. Jusqu'en 2003, aucun coureur ultramarin n'avait réussi à franchir la barre du haut niveau. Cette année-là, le Guadeloupéen Rony Martias intégre l'équipe Brioche-la-Boulangère, alors en première division.  Depuis, seuls trois autres l'ont imité : en 2004, le Guadeloupéen Yohann Gene (Brioche-la-Boulangère), en 2011 Kevin Reza, également Guadeloupéen (Europcar),  et en 2015, soit onze ans plus tard, le Réunionnais Lorrenzo Manzin (Française des Jeux). Aujourd'hui, deux Ultramarins sont aux portes du professionnalisme : David Rivière (La Réunion) et Taruia Krainer (Tahiti).
 
Plusieurs facteurs expliquent l'absence de coureurs ultramarins au plus haut niveau. 
 

Une concurrence moins relevée

L'insularité joue en défaveur des cyclistes ultramarins. Les Outre-mer comptent un nombre limité de licenciés, ce qui signifie moins de concurrence donc moins d'émulation et un niveau qui a tendance à être moins élevé que dans l'Hexagone. Des courses internationales ont pourtant lieu chaque année dans les Outre-mer, notamment le Tour de la Guadeloupe. "C'est super, mais c'est un petit tour, ce n'est pas le même niveau qu'en Europe", concède Rony Martias, coureur professionnel de 2004 à 2014. Pourtant, il y a "beaucoup de coureurs à gros niveau", regrette-t-il. "Leur avenir est dans l'hexagone. Pour passer pro, il faut courir ici", résume le Guadeloupéen.

Regardez le diaporama des quatre coureurs interviewés par la1ere.fr :

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L'éloignement des proches et le climat

Partir, "s'exiler" en Europe pour réaliser son rêve est plus que "difficile" reprennent en chœur les cyclistes ultramarins interrogés. "Il faut laisser la famille, les potes à des milliers de kilomètres. J'ai eu la chance d'avoir une bonne famille d'accueil. Tout seul tu ne peux pas, le vélo demande tellement de rigueur, de sacrifices", explique Lorrenzo Manzin, passé professionnel en 2015.
 
"On abandonne une partie de sa vie. On arrive ici, on a quasiment rien, il faut tout reconstruire", ajoute David Rivière, jeune cycliste réunionnais récemment arrivé en France pour devenir cycliste professionnel. "Le directeur sportif qui m'a recruté, Jean-René Bernaudeau, m'a dit : 'si tu veux accéder au plus haut niveau, il faut oublier la Guadeloupe'", se souvient Rony Martias.
 
Venir courir en Europe, signifie également devoir affronter une météo "terrible", notamment lors du début de saison, de janvier à mars, où les conditions climatiques sont souvent "infernales", avec le froid, la pluie et la neige.
 

Peu de soutien des comités locaux

Les cyclistes ultramarins interrogés pointent tous le même problème : le peu de soutien des comités locaux. "Ils ne valorisent pas le fait de passer professionnel. C'est comme s'ils avaient peur de perdre leurs coureurs. Économiquement, ça les arrange qu'ils restent. Alors, on fait comprendre au jeune qu'il sera une star s'il reste en Guadeloupe et anonyme en métropole. A part la famille, peu de gens croyaient en moi", déplore Rony Martias,
 
"A La Réunion, le comité fait le strict minimum, il ne pousse pas ses jeunes", regrette David Rivière, "si tu veux partir, c'est à toi de te débrouiller, il n'y a pas d'aides financières par exemple". Idem en Guadeloupe : "il y a quelques gars qui marchent bien mais les entraîneurs n'essaient pas de les faire progresser. Cela en a dégoûté certains qui ont arrêté le vélo", déplore Yohann Gene, premier coureur ultramarin à intégrer le peloton professionnel en 2003.
 
Lorrenzo Manzin veut croire que la situation s'améliore. "Les recruteurs savent qu'il y a un Réunionnais dans le peloton pro. Désormais, les pôles espoirs me demandent mon avis sur des coureurs. Je n’hésite pas à pousser quelques coureurs. Je veux que mon parcours serve de tremplin pour le cyclisme réunionnais". Et de l'Outre-mer en général.

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