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Affaire Roukia à Mayotte : 8 ans de prison ferme requis contre l'amant

faits divers
Procès Roukia
© Mayotte 1ère.
Mathias Belmer est soupçonné d'avoir donné de l'héroïne à la jeune Comorienne décédée d'une overdose en janvier 2011, puis d'avoir dissimulé son corps. Le procureur considère qu'il a "une responsabilité majeure dans cet homicide involontaire".
Le procureur de la République de Mayotte a requis jeudi 8 ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt à l'encontre de Mathias Belmer, l'amant de Roukia Soundi, la jeune Comorienne décédée d'une overdose d'héroïne en janvier 2011. L'homme est celui qui a "directement mis la drogue entre les mains" de Roukia Soundi, 19 ans au moment de son décès, et a donc "une responsabilité majeure dans cet homicide involontaire", pointe le procureur Joël Garrigue.

Mathias Belmer voulait cacher le corps

Dans son réquisitoire, il égrène longuement les "actes et comportements" du prévenu, en "désaccord total" avec son prétendu état d'abasourdissement qu'il décrit à la barre : quand Mathias Belmer découvre au matin que Roukia est morte, il tente d'abord de retirer sa propre bague qu'il lui a mise au doigt la veille, demande à des connaissances de l'aider à transporter le corps pour le dissimuler, part acheter des pelles pour l'enterrer, enveloppe le corps dans des draps et du papier-bulles, dispose des ventilateurs dans la chambre pour dissimuler les odeurs.

Le procureur a également requis quatre mois de prison ferme pour recel de cadavre et destruction de document ou objet concernant un crime ou un délit à l'encontre de Frédérique Blondel, employeur de Mathias Belmer. Celle-ci "va l'aider à agir" en l'accompagnant en voiture sur une partie du trajet vers l'endroit où il abandonnera le corps puis en conduisant alors que Mathias Belmer dissémine et jette les affaires de la victime.

Implication du GIR

Mais ce procès "hors normes", selon le procureur, met également en lumière "une chaîne de responsabilités" qui remonte jusqu'aux plus hauts gradés du groupe d'intervention régional (GIR) de Mayotte dont certains, en 2011, rémunéraient leurs indicateurs avec de la drogue. Ainsi, pour Joël Garrigue, il n'y a aucun doute que la substance qui a tué Roukia est celle qui a transité par les services du GIR en décembre 2010, amenée par l'agent de renseignement Daniel Mohamed et réceptionnée par Jérémie Bouclet, brigadier de police.

Or, l'officier ne dresse pas de procès-verbal de l'analyse du produit, ne le scelle pas, ne rend de comptes ni à son supérieur, ni au procureur et laisse la substance dans une enveloppe et le soin à Daniel Papa, gendarme, de la remettre à l'indic. Daniel Mohamed va solliciter l'aide d'un autre dealer, Saïd Ahamada M' pour écouler cette drogue dure, rarissime à Mayotte et qui peine à trouver preneur.

Des peines requises contre les complices présumés

Jérémie Bouclet risque deux ans d'emprisonnement avec sursis, Daniel Papa encourt 9 mois avec sursis, Daniel Mohamed risque deux ans d'emprisonnement dont un avec sursis et Saïd Ahamada M', 3 ans d'emprisonnement dont 2 avec sursis. Les avocats des parties civiles, Maîtres Mansour Kamardine et Ahmed Idriss, réclament 150.000 euros pour le préjudice subi par la victime, Roukia Soundi, 60.000 euros de dommages et intérêts pour la mère de Roukia, 30.000 euros pour chacun de ses frères et soeurs et 20.000 euros pour la tante de la jeune Comorienne, avec qui elle vivait. Le procès doit se poursuivre avec les plaidoires de la défense.
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