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Procès en appel du Guadeloupéen Fabrice Boromée : "Tant que je ne serai pas entendu..."

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Maître Benoît David, l'avocat de Fabrice Boromée, le 20 janvier 2016 au tribunal de Douai. ©MB/la1ere
En octobre dernier, Fabrice Boromée était condamné à huit années supplémentaires de prison pour avoir pris en otage le directeur adjoint d'un centre pénitentiaire. Il était jugé en appel ce mercredi pour ces mêmes faits au tribunal de Douai, dans le Nord. "Sans grand espoir", selon son avocat. 
Initialement, il était condamné à 8 ans d'emprisonnement pour un vol avec violence, en Guadeloupe. Aujourd'hui, après de nombreux incidents en détention, Fabrice Boromée doit purger une peine de 36 années de prison. Il était jugé en appel ce mercredi pour la prise d'otage du directeur adjoint du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil. Il avait, en première instance, écopé de huit ans supplémentaires. Un important dispositif policier a été déployé pour l'occasion avec une escorte de neuf agents depuis sa cellule et sept autres policiers à l'intérieur de la salle d'audience.
 

"Huit ans, j'ai rarement vu ça"

Avant d'énumérer la très longue liste des incidents provoqués par Fabrice Boromée, le juge du tribunal de Douai s'adresse directement au Guadeloupéen. "Pourquoi avez-vous choisi de faire appel ?" lui demande-t-il. Barbe taillée, pull rouge à col roulé sur le dos, l'homme de 35 ans s'avance à la barre, stressé mais déterminé : "Parce que j'estime que j'ai eu raison de faire ça." Le président reconnaît alors qu'il a face à lui quelqu'un qui ne fuit pas ses responsabilités. Il reconnaît également que la peine prononcée en première instance, à Béthune, est plus que sévère. "Huit ans pour ça, j'ai rarement vu ça", reconnaît-il.


Le juge tempère toutefois : "Je ne vais pas non plus vous dire que mettre un couteau sous la gorge de quelqu'un, ça vaut un diplôme." La prise d'otage est alors décrite, en détails. "Bon, la loi appelle ça une séquestration", précise la cour. Elle a duré 2 à 3 heures, s'est réalisée sans violence mais avec des menaces, à l'aide d'un couteau de la cantine aiguisé, dans une salle d'audience de la prison. Le président demande à Fabrice Boromée pourquoi cette prise d'otage alors que sa sortie de l'isolement était à l'étude. Assez agressif, le Pointois répond : "Je me suis tenu à carreau, on m'a dit que je sortirais de l'isolement total en septembre. Et finalement, ça a été prolongé jusqu'en novembre. Pour moi, une parole vaut un homme. C'était le seul moyen de me faire entendre."


"Je veux rentrer chez moi"

"Comment envisagez-vous l'avenir ?" demande ensuite le juge à Fabrice Boromée. "Je veux rentrer chez moi, en Guadeloupe. Et tant que je ne serai pas entendu..." Des rires viendront ponctuer sa phrase. "C'est à dire, poursuit la cour, vous allez continuer ?" Le geste de la tête du détenu équivaut à un "oui". "Ce sont des paroles rapides", confiera par la suite à La1ère Maître Benoît David. Des paroles que le Guadeloupéen tiendra également lorsqu'il s'agira d'évoquer son traitement actuel, à l'isolement, réveillé toutes les heures par les gardiens.

 
L'avocat général demande que la décision prise en première instance soit confirmée, mettant en avant la récidive. "La peine maximale pour ces faits, c'est dix ans", rappelle-t-elle. "Effectivement, comme vous l'avez dit, un casier judiciaire ne résume pas quelqu'un. Mais il donne tout de même des indications..." Celui de Fabrice Boromée comporte 16 mentions. Pour le défendre, son avocat parle d'une justice qui ne doit pas être maîtresse d'école. "Rendre une décision juste, avance Maître David, c'est reconnaître la gravité relative des faits. Si vous lui retirez ce minimum d'espoir, ça ne peut aller qu'en s'aggravant." Fabrice Boromée sera le dernier à prendre la parole : "Je m'en remets à la volonté de Dieu". La décision a été mise en délibéré au 11 février. "Avec très peu d'espoir", conclut son avocat.

Ecoutez ci-dessous Maître Benoît David :

 

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