Brevetage d'une molécule: l'IRD propose à la Guyane un partage des avantages

L'arbuste Quassia Amara, en Guyane
L'Institut de recherche pour le développement (IRD), accusé d'avoir utilisé des savoirs traditionnels pour isoler une molécule antipaludique faisant l'objet d'une demande de brevet, a annoncé vendredi qu'il allait proposer à la Guyane un protocole pour le partage des avantages issus de ce brevet.
L'IRD propose aux autorités guyanaises "un partage égalitaire des résultats de la recherche et de toute retombée économique et financière découlant de l'exploitation de ce brevet", selon un communiqué publié au lendemain d'une réunion entre le secrétaire d'Etat en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Thierry Mandon, et le PDG de l'IRD Jean-Paul Moatti.
 

"Un engagement commun"

Ce protocole garantira "l'information et la sensibilisation des communautés d'habitants à la démarche scientifique à la base de ce projet de recherche, son évolution et ses enseignements". Il prévoira aussi "un engagement commun de garantir des conditions logistiques et de prix permettant l'accès des populations concernées à un éventuel nouveau médicament antipaludique qui serait issu de ce brevet".  Ce protocole d'accord pourrait être signé lors d'un prochain déplacement en Guyane de Thierry Mandon, suggère le communiqué.
 
 

Monopole d'exploitation commerciale

Comme l'explique La1ere.fr par ici, l'association France Libertés et la collectivité territoriale de Guyane se sont élevées contre le brevetage d'une molécule antipaludique, la simalikalactone E, permis par l'obtention de savoirs traditionnels. "Ce brevet accorderait à l'institut un monopole d'exploitation commerciale de 20 ans, sans reconnaître les communautés guyanaises ayant participé au projet de recherche", estime l'ONG.
 

"Absence totale de retour pour le territoire"

Dans un communiqué, Rodolphe Alexandre, le président de la collectivité territoriale de Guyane, avait déploré "l'utilisation abusive des connaissances traditionnelles des populations sans leur consentement préalable" et "l'absence totale de retour pour le territoire". Le projet de loi sur la biodiversité, qui doit revenir à l'Assemblée nationale après un vote au Sénat la semaine dernière, prévoit de lutter contre la "biopiraterie" en encadrant l'utilisation des savoirs traditionnels par les chercheurs et les entreprises, notamment pharmaceutiques.
 

"Un mauvais procès"

Le PDG de l'IRD, interrogé par l'AFP, avait estimé qu'on faisait à son institut"un mauvais procès". "Contre le paludisme, il y a une urgence à trouver des alternatives au seul traitement efficace actuel à base d'artémisine" et "il serait grave de bloquer le développement d'un nouveau médicament", prévenait-il. "C'est bien que la question de la reconnaissance des savoirs traditionnels se pose, les ONG y contribuent et la future loi va apporter un début de réponse", ajoutait-il.