A Pontoise, une "prêtresse" vaudoue et sa famille se défendent d'extorsion de fonds

Une "prêtresse" vaudoue du Val-d'Oise, accusée par ses ex-adeptes d'avoir réalisé de coûteuses cérémonies de sacrifices d'animaux ou purification par le sang, s'est retranchée mardi, au premier jour de son procès, derrière son rôle de chef religieux pour nier toute humiliation et extorsion de fonds.
"Vous êtes l'élément central de ce procès" indique en ouverture le président du tribunal correctionnel de Pontoise. Originaire des Antilles, la "prêtresse" dirige depuis plusieurs années avec son mari et leurs deux filles jumelles un mouvement animiste antillais d'environ 200 membres franciliens. Agée de 65 ans, cette femme de caractère surnommée "Maman" est accusée par ses ex-adeptes d'avoir réalisé de coûteuses cérémonies de sacrifices d'animaux ou de purification par le sang et d'avoir exercé sur eux une emprise telle que leur vie "est aujourd'hui en ruine". Regardez ces témoignages de victimes qui souhaitent rester anonymes : 


Des victimes présentes au tribunal mais toujours rongées par la peur de cette "prêtresse" 


"Vous avez un don, vous devriez l'exploiter"

Cette "prêtresse" vaudoue est arrivée dans l’Hexagone en 1971. En 1987, l’incendie de sa maison la traumatise et elle décide de consulter pour être aidée. « Vous avez un don, vous devriez l’exploiter" lui indique t-on. Elle décide alors de partir en Haïti pour y suivre une formation de « prêtresse » qui, indique t-elle, lui coûtera 15.000 euros. De retour en France, la mère de famille crée une association à Marly-la-Ville, un mouvement animiste antillais d’environ deux cents membres franciliens.

Jusqu'à 200.000 euros pour des problèmes sentimentaux et immobiliers 

L'association, sorte de regroupement, est un prétexte pour enrôler des adeptes et leur soutirer de l’agent : « des sommes importantes pour des personnes ayant de petits revenus" affirme le président qui égraine une longue liste de personnes ayant dépensé de grosses sommes pour des conseils. Les tarifs : 100.000 euros pour une rupture sentimentale, 200.000 euros pour des problèmes sentimentaux et immobiliers, 81.000 euros pour des problèmes de travail ou encore 100.000 euros pour des problèmes de couple...

"Je conteste toutes les sommes", affirme "la prêtresse" animiste au président qui insiste : "10 à 12.000 euros pour une initiation, convenez qu’il s’agit d’une somme très importante." Tout en ajoutant "dans la religion catholique, quand vous allez à la messe le dimanche on ne fait pas un chèque de 12.000 euros." "Une initiation pour un client demande 300 heures de travail" lui répond la "prêtresse." "Vous notez, greffier, qu’elle parle de client" l’interrompt le président, tout en lui demandant de poursuivre. "Il y a une partie festive qui dure trois jours avec 70 personnes, combien coûte un mariage catholique ?" rétorque t-elle. Mais alors, dans ce cas, "qui paye ?" interroge alors le président. "Personne ne paye, c’est compris dans les sommes versées au départ."

"Que faites vous pendant un mois ?" relance alors le président. "Il y a une préparation, chaque jour la personne doit venir se préparer mystiquement…c’est mon tarif, c’est comme un avocat". Le président, un brin agacé lui demande : "Mais qu’est ce qui vous permet de vous comparer à un médecin ou à un avocat ?" "Je réfute cette comparaison, je suis prêtresse, je travaille dans un temple. »

L'une des deux filles se présente comme membre du Crefom 

Viennent ensuite à la barre, les deux filles de la "prêtresse", dont l'une se présente comme membre fondateur du Conseil Représentatif des Français d'Outre-Mer (CREFOM). Chacune des deux filles s'applique à esquiver les questions du président sur les faits de complicité et de recel qui leurs sont reprochées. "Votre mère a-t-elle exercé une pression sur vous ?" Plutôt que de répondre, elle s'attache à dénoncer "les pressions des gendarmes au moment des interrogatoires" qui ont suivi les plaintes. S’agissant des sommes importantes versées par les victimes « elles étaient libres de refuser et de s'en aller". 

Les victimes, qui ont dû parfois lourdement s'endetter, voire vendre leur maison ou se couper de leur famille, rapportent diverses techniques d'intimidation et des humiliations, parfois violentes, en présence de l'assemblée. L'abus d'état d'ignorance commis par le dirigeant d'un groupe maintenant ses membres en état de sujétion psychologique est passible de cinq ans d'emprisonnement et de 750.000 euros d'amende.