30 nuances de noir(es) : une parade pour être visible

culture
30 nuances de noir(es) à La Courneuve
©KP
Samedi 23 juin, le public du festival La Courneuve Ville Monde a pu découvrir un spectacle afro-féministe. Son nom : "30 nuances de noir(es)". Cette parade est presque exclusivement composée de femmes noires. La chorégraphe martiniquaise Sandra Sainte-Rose Fanchine est à l'origine du projet.

Elles sont danseuses et musiciennes. Et se sont donnée une mission : s'approprier la rue pour dénoncer les discriminations dont sont victimes les femmes noires. 21 artistes ont assuré la dernière date avant les vacances d'été de 30 nuances de noir(es). Un spectacle au programme du festival La Courneuve Ville Monde
  

Décoller les étiquettes

A l'origine du projet : une chorégraphe née en Martinique. 30 nuances de noir(es) est la troisième création de Sandra Sainte-Rose Fanchine. Danseuse, graphiste et plasticienne, l'artiste a voulu contrecarrer les stéréotypes trop souvent collés à la couleur de sa peau. "On reste dans un imaginaire qui persiste à représenter les femmes noires comme des prostitués, des femmes de ménage, comme des dames pipi. Toutes ces représentations forcent la société à continuer à insérer les femmes noires dans certains secteurs, qui sont le prolongement de ces représentations (...). Tout ça, c'est le continuum d'une histoire qui a déjà été écrite par l'hégémonie, par la France blanche qui a assigné les personnes noires à certains endroits, et ça continue aujourd'hui. Sauf qu'il y a des femmes noires qui font des études, qui aspirent à un niveau de vie différent, qui ne sont pas du tout là-dedans."

Le but de 30 nuances de noir(es) est de changer le regard sur les femmes noires. 
Sandra Sainte-Rose Fanchine, chorégraphe


Donner un sens politique à la danse

Pour porter ce message, Sandra Sainte-Rose Fanchine a choisi le véhicule qu'elle connait le mieux : la danse. La Martiniquaise s'est inspirée du locking, du waacking, "des danses d'émancipation, de valorisation des minorités". Ces techniques nées aux Etats-Unis ont été popularisées par Soul Train. La chorégraphe ne manquait aucun épisode de cette émission de télévision emblématique pour tout danseur de hip-hop. 

Autour d'elle, sont réunies des artistes amateurs, semi-professionnels et professionnels. Elles forment une parade dansée, rythmée au son de reprises du répertoire de Missy Elliot, Nina Simone et Fela Kuti. Des femmes à l'énergie débordante comme Gilla Ebelle. La danseuse, trentenaire née d'une maman guyanaise et d'un père originaire du Cameroun, a d'emblée été séduite par le projet. 

Le fait d'être ensemble, c'est comme une armure. Ça donne un côté inspirant.


"Danser avec 30 nuances de noir(es), ça m'apporte du bien-être, de la force au quotidien. C'est une fraternité au féminin, une bienveillance, de l'entraide pour des personnes qui ont vécu des expériences similaires, avec qui j'ai pu partager", nous confie-t-elle. 

Une parade féminine... mais pas à 100%

Si le discours est afro-féministe, il n'exclut pas les hommes. Deux musiciens font partie de la parade comme Rémi Vert-Pré au saxophone. "Le constat est qu'on a été obligé de prendre des gars, parce qu'il y a très peu de femmes noires soufflantes. On cherche des trompettistes, saxophonistes, trombonistes. On espère en faisant ce projet susciter des vocations. C'est aussi par l'exemple et par notre présence qu'on peut agir", explique Célia Wa, flûtiste et coordinatrice musicale.

Développée dès la fin de l'année 2016, c'est en mars 2017 que 30 nuances de noir(es) a assuré sa première représentation. La parade a arpenté les rues de Cayenne en janvier 2018 avec une énergie digne des fanfares de la Nouvelle-Orléans, l'une de leurs sources d'inspiration.

Regardez le reportage de France Ô/La1ère : 
©la1ere

 

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